s'agit d'articles publics par M. Buisson
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F. — I.K CRI d'alarmi dk m. (îkougks LKvt;i;iib {Petite Gironde. 2.'; juin ul l'J juillet 1905)
Pendant que notn» rliplomatie nons enlizait dans une l'ondriiTL' d'où nous aurons peine à sortir sans dommage ; pendant que l'on enlevait à nos forces oirensives et défensives leur cohésion et qu'où endormait la nation dans une fausse sécurité par la promesse d'un âge d'or de fraternité et de paix, auquel ceux mêmes qui l'annonçaient ne pouvaient croire, une œuvre plus funeste encore s'acconiplissail. [.a vie nationale était empoisonnée dans sa source, et c'est dans l'àme de notre jeunesse que l'on semai! les plus abominables ferments de révolte et de haine.
C'est dans l'enianl, qui sera le soldai et le citoyen de demain, que l'on s'ellorcait de détruire les plus élémentaires nolions de devoir et de patriotisme, d'éloulfer les mâles el {généreuses vertus qui ont porté si haut le nom de notre |tays. On pi'oscrivait la Marseillaise, on chantait Vlnternatioiialc, el on rnseiirnait que, le cas échéant, on devrait refuser d'obéir aux ordres de mobilisation...
I.e mé|)i-is de l'autorité, res[)til d'indiscipline et d'anarchie, le dégoût de tous les devuirs civi(|ues el niiiilaires, la ditVusiou des doctrines iulei'nalioualisles franchissant le seuil dt' l'i'cole, — malgré la plupart de nos instituteurs qui sont, je l'alllrme, de bons el solides patiioles, — et pénétrant dans les casernes, malgré les protestations indignées de nos officiers, les menaces aux personnes et aux biens, tout cela toléré, ?inon encoui'agé par le gouvernement d'hier, a réduit la l'rance aux pires extrémités.
Il n'esl plus temps ni dedispulei' ni de récriminer. Oui ou non, viiulous-noiis \ivre? Toulr la question est h'i. .Si oui, il faut ré'ai-'ir sans délai, sur l'heure et par des actes.
Notre malaise est profond parce qu'il y a des organcsessenlit'ls (|ui sont atteints. I/écolc, dans certaines régions de la
France, est menacée. Nos instiliileurs sont pour la presque unanitiiité de très fermes patriotes; mais sous lo couvert de noms qui leur sont chers, et sous des ap;)arei)ces vaguement philaiittiropi(]ues, on a lait pénétrer el accrédité parmi Ijeaucoup d'entre eux les doctrines les plus pernicieuses. Ces maîties ont cru rester fidèles à l'idéal de la Révolution en propageant ces doctrines. Je sais par des confidences autant que par des écrits publics que le plus grand nombre est désabusé.
On leur a montré avec une inlassable ténacité le côlé brutal, injuste et odieux de !a guerre; on leur a caché ce qu'il y a de noble dans l'acte de l'être qui dévoue sa vie à une grande cause ; ou leur a désappris que la puissance militaire est le seul bouclier capable de protéger, avec notre honneur, notre terre, nos moissons, nos usines et notre foyer; ils planaient dans de hautes et pures régions; on leur a cassé les ailes, on les a violemment rejetés sur la terre. Héroïsme, sacrifice, gloire, solidarité nationale, effort pour la suprématie morale ou pour la victoire ; on leur a dit que tout cela n'était que mystification et duperie; que c'étaient des mots et des sentiments inventés par les régimes monarchiques et qu'il fallait les bannir à jamais. Ils l'ont cru. et, insensiblement, ils ont glissé des doctrines pacifistes aux doctrines de M. Naquet et de M. Hervé.
Certes, il y a entre ces doctrines des différences essentielles, et sur certains points des antinomies fondamentales; mais les esprits cultivés seuls les perçoivent; pour les esprits simples, le fond est le même ; la ditrérencc n'existe que dans la forme. Les esprits simples raisonnent simplement et ils disent : (( Puisque la guerre est un fléau; puisque l'acte du « soldat sur le champ de bataille est un acte ignoble; puis- " qu'il ne doit plus y avoir de conflit entre les peuples; '< puisque notre frontière et notre existence ne sont plus me- " nacées par personne, il est inutile d'entretenir une armée .. et une flotte, l'argent employé au budget delà défensedoit -I être employé à des œuvres sociales, le devoir militaire est « une corvée inutile et tyrannique, et la désertion devient " légitime. ■■
Ce raisonnement est irréfutable. Voilà où ciuidnisent l'alun
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(Je* l'ormiiles creuses, la scnsibln'iej'aveuglempnt olle iiiamiue de courac;e de ceux qui oui mandai déclairer le [leuple, et qui no lui disetil pas la vérilé.
Dans la crise que nous Iraversons, ce n'est pas le peuple qui a tort, car il est sincère, brave et désintéressé. Les coupables sonl ceux qui empoisonnent dans son àme la source de ces mâles vertus.
Ceux qui, par leur situation sociale, leur culture ou les fondions qu'ils remplissent, sont appelés à exercer la plus légère influence sur l'opinion, n'onl pas le droit de se dérober ou de se réfugier dans l'équivoque. Ils ont l'obligation de parler.
G. — Ce qce doit Être f/koucation PATRionorK n'APRi^:s .M. Ceorges Lkygces
ficorges Leygues, L'Ecole et la vie, p. 252-2ît6. Paris, Lévy, 190^';
L'éducation sera patriotique, parce que le patriotisme doit être plus et mieux que l'amour de la gloire, qu'un sentiment généreux et obscur de dévouement et de sacrifice, que la poussée d'un enthousiasme guerrier qui éclate en paroles sonores et en défis orgueilleux, que l'ignorance ou la haine systématique de l'clrangor. Le patriotisme, lui aussi, a besoin d'j^tre éclairé. Il doit être plus rclléchi pitur devinir plus profond et plus sur; pour se manifester dans tous les actes de notre vie civique; pour nous apprendre que plus glorieuses sont les traditions nationales, plus haut est le devoir de les conserver et de les transmettre; pour nous rappeler que les générations sont solidaires et que les hommes d'aujourd'hui, vivant dans une France piiissanle et honorée, n'onl pas le droit de répudier l'héritage de souvenirs et d'espérances que leur ont légué ceux (|ui connurent les déchirements des heures
I. .Nous reniercion.s NL fieorges Lcygue;? d'avoir bien vuulu nous autoriser à reproduire ces pages.
de deuil ; pour subordonner les inlénHs individuels aux intérêts supt^rieurs de la collectivité; pour tendre à i'tieure décisive le ressort des âmes et provoquer dans un élan suprême des volontés et des cœurs le déctiainenient de toutes les éner- Sries morales et actives de la nation.
On parle beaucoup de fraternité universelle, d'arbitrage, de paix inviolable et de réduction des charges militaires. Prenons garde. Il ne sied pas à une nation qui n'a pas réparé ses défaites, de parler trop fort de désarmement, ni de manifester une confiance trop bruyante dans la justice internationale. On pourrait se méprendre sur la hauteur de ses sentiments, on pourrait croire quelle se résigne aux injures de la fortune et quelle n'entend plus la voix des grandes douleurs inconsolées. Or une nation n'inspire le respect et la confiance que si elle garde jalousement l'unité et la dignité du sentiment national.
La civilisation n'est pas encore parvenue à accréditer dans lesprit des gouvernemenls et des peuples le principe élémentaire de la solidarité internationale ', et nous n'apercevons nulle part les signes avant-coureurs de l'ère de justice et de bonté fraternelle que nous appelons de tous nos vœux.
.lamais les faits n'ont démenti plus brutalement les espérances des philanthropes. Une nation vient d'être effacée de la carte du monde. Des milliers et des milliers d'êtres humains ont été sacrifiés au fanatisme et aux haines de race depuis le jour où les congrès ont proclamé que désormais la justice remplacerait la violence dans les relations internationales et que les contlits entre les peuples se régleraient par l'arbitrage.
Le monde aime les forts : il a peu de pitié pour les faibles.
Bien des jours passeront avant que les nations consentent à soumettre à des arbitres les litiges qui peuvent intéresser leur liberté ou l'intégrité de leurs frontières. El, le jour où
1. La oonlerence de la Haye, réunie sur rinitiative de l'empereur Nicolas, marque une grande date dans l'iiistoire du .\ix° siècle. Elle a posé la question de l'arbitrage et de la justice internationale.
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h's nations auront accepté les principes do larbitragr:, c'est encore la guerre (|ui si'ra la seule sanction capable d'assurer l'cNôcntion delà sentence si la partie qui succombe refuse de rexécuterde bongré.
Kst-cc une l'aison pour renoncera l'idéal de la paix universelle? Non. I.utionssaiis trêve contre les piéjugés et les malentendus qui divisent les peiq)les ; travaillons sans nous lasser à éveiller dans les cieui'S le sentiment de la Iraternité liuuiaiue. Mais évitons tout ce qui serait de nature dans nos actes et dans nos paroles à obscurcir, dans la conscience, l'idée du dévouement que l'on doit à son pays. Répandre sou amour sut- l'humanité tout entière, c'est beau; il est plus beau de !•■ liiinner d'aboni à un être moins va^ue qui exige de nous des devoirs plus rigoureux et des sacrifices plus grands.
i,e successeur d'Auguste Comte, IMerre l.allitlc, a écrit :
■' I.a notion d'humanité, telle qu'on la présente actuellement, est une notion révolutionnaire et non pas positive, car elle spécule sur un organisme collectif qui n'existe pas, en \ sacriliant les devoirs réels et précis qui nous lient à l'ôtio collectif auquel nous appartenons. C'est toujours le même procédé de sacrifier les devoirs réels, vérifiables et elleclirs, à des devoirs hypothétiques qui ne prescrivent rien de précis, mais qui troublent la réalisation des obligations réellesetvérdiables.
- Le danger d'introduire ces notions troj) vagues d'internationalisme dans les cervelles enfantines est évident, puisqu'on dispense l'enfant de la conceplion d'oblii: dions l'r'clles. Ce <iui ne veut pas dire qu'on ne doit |)as lui apprendre la possibilité de cnmbinei' le plus ardent patriotisme avec les sentiments d'humanité, suivant l'exemple qu'ont donné les grands hommes de la Bévolulion française qui surent rester humains en étant [lalrioles et cti eoinbatlard én(>rgiqiu^mcnl pour la patrie. ■>
L'heure n'est pas venue de désarmer notre patiintismc. Il est imprudent de bercer la jeunesse d'illusions et de lui pronii'llre je ne sais (|uel âge d'or prochainoù le rôle desarmées ne consistera plus (|u'en d'iUolVensives parades.
Ce serait un beau rêve, mais (iu<d rêve! Soyons donc paci liques, mais soyons forts.
Kn stitnulanl les énergies iialionalos, lédiication palrioli(Iiic m^ nous enlèvera ni le moyen ni l'espoii' de réconcilier les lioinnies; mais elle nous préservei'a de courir à des aventures dont riionneur et l'existence pourraient fHre le prix.