‹ L'école d'aujourd'huiChapitre 91 sur 113 · CHARLES DUPUY, ETC · texte numérisé non relu

CHARLES DUPUY, ETC

A. — M. Buisson, en mars lOOi, i'rkte.nd ai-i-orter a la bro-

CIIL'RK L'K .M. FrANGIIET, QUI KOICTK CKTTE EXCLUSION, l'aI'- J'ROBATION DE TOUS LES IIÉI'UBLICALNS.

{Journal n/'/iciel, 4 mars 100 i, p. 5821

M. liitissoii. ni/iporlcur. — [.à i'rlite Répiibluiuc a\iù[ poi^r à ses lecteurs celte (|iH'Slion : connaissez-vous des livres scolaires qui vousseiublenl ne pas répoudre au.\ exijj^ences el aux aspirations de l'espiil moderne? C'est une de ces euquOles auxquelles se plaisent aujourd'hui les journaux.

l'our douner à ce concours une sorte de jury qui rendrait compte des nombreux mémoires envoyés, on a l'ail appel à quelques députés, à quelques amis de l'enseignement populaire, à quelques prol'esseurs de l'Univcrsilé, on m'a l'ait l'Iionueur de me meltre dans le nombre. J'aurais pu, et peulèire (l(;s amis (|ui sont ici me l'ont-ils dit à ce moment même, j'auiais pu m'absl-nir de prêter mon nom à ce jury et à ce concours (]ui devait avoir évidemment une couleur socialiste, et provoquer de pi-éférence l'expression dos opinions les plus avancées.

Messieurs, jiï n'ai pas ij^'uoré les inccjiivénienis qu'il pouvait y avoir à donner mon nom, mais je l'ai donné, et si c'était à taire Je ne le refuserais pas davantage. Toutes les fois qu'un groupe de jeunes gens, d'instituteurs républicains, socialistes el librt's penseurs, — surtout <|uand les mots sont assembles

— font appel à mon concours, convaincu comme je le suis qu'il importe d'encourager leurs eflorts, ne fût-ce que pour faire contrepoids à d'autres influences souvent prédominantes, je me suis fait un devoir de répondre à leur appel, et je me propose de continuer ainsi. [Applaudissements à gauche et a l'exti-riue gauche.)

M. l'erroche. — Voilà un vœu perpétuel. [On rit.)

M. le rapporteur. — Je sais très bien qu'en le faisant il pourra se trouver dans les rencontres de ce genre que mon nom soit associé à celui de personnes dont je ne partage pas toutes les idi'es; il se peut qu'on émette des propositions que je ne signerais pas, des idées aventureuses ou critiquables à dilTérenls points de vue, c'est vrai, mais cet inconvénient, si grave soit-il, ne l'est pas autant que celui de me dérober, vieil universitaire et vieu.v n'pubticain, à la confiance des jeunes qui, aujourd'hui, veulent, dans l'université, soutenir l'idéal démocratique et la libre pensée. [Applaudissements à Vextrême gauche.)

M. Jules Coulant (Seine). — C'est tout à votre honneur.

M. le rapporteur . — J'estime que si mon âge et mon expérience me permettent d'être quelquefois de bon conseil pour ceux qui \ont trop loin, c'est à la condition qu'ils sachent que je suis prêt à me compromettre, s'il le faut, avec eux et pour eux; à ce prix seulement les vieux peuvent espérer que les jeunes écoutent quelque peu leurs conseils. {Applaudissements a gauche et a re-vtrème gauche.)

Combien y en a-t-il, dans la foule de ces extraits, auxquels je n'aurais pas donné mon adhésion [Exclamation au cerdre), je l'ignore. Beaucoup peut-être; mais là n'est pas la question. Je me borne à dire qu'à lire l'ensemble et à recueillir l'impression (jui s'en dégage, l'inspiration générale de ce petit livre est, en somme, celle de tous les républicains- [Très bien ! très bien! à gauche et à l'exlri'me gauche.)

320 L ÉCOLK D Al.lnl Kl) |IL1

/{. M. IklïMJN, F.N .H IN l'JUli, <K DKCllAP.GK

Ut: TOL ri: ki:«I'o\sabilité Miiniii'l i/ciiéral ili- l' Insliuclian j/rhiiaire, Jl juin lîlOo, p. 2!)H

M. hnciiiiilloii use (le ses avaiilages en conslalaiil (|iif mon nom se Irouvc en lèlc dn jury du concours oiivei l par la l't'lito liepuhiiquc pour examiner les mémoires demandes au.\ instituteurs sur les livres scolaires en usage. Je n'ai pu [irenilre aucune pari à cet examen, el j'avais écrit au journal pour en cHre déchargé. La commission lit diligence, et je ne connus le résultat de ses travaux que par la publication de la JHochure où mon nom avait été maintenu. Évidemment M. Rocquillon est dans son droit. Il en use jusqu'à me rendre ii'sponsable de toutes les opinions des auteurs de la broi:liure el sintuiit des arrière-pensées qu'il leur prête. Mcn culpa.

UNE ENQUETE RÉCENTE SUR LE PATRIOTISME DES ÉCOLIERS [La Dépêche de Lyon, 11 décembre IDOoJ

On a mulliplit', depuis quelques mois, les éludes sur Kpatiiolisnie à l'École. Livres, arlicles de journaux et de revues, enquêtes auprès des instituteurs sont venus nous apprendre quelle était l'attitude dos iu.sliluleurs primaires, on face des Itiéories pacidstes, antimilitaristes et anlipatrio- (iques.

Et malheureusement, les résultats des enquêtes faites auprès du corps enseignant sont généralement peu consolants. Les instituteurs osant proclamer leur foi patriotique, inié- 4,'rale et sans restriction, ne sont pas la majorité. La noble initiative de .M. Bocquillon n'est pas suivie comme elle devrait l'être. Les sophismes de l'humanitarisme ne manquent pas d'adeptes chez les instituteurs. Nombre d'entre eux ne parlent pas mal de l'antimilitarisme; il en est qui font profession d'antipatriotisme.

Le mal est constaté; il n'est même pas nié. .Mais quel est le résultat de cet état d'esprit d'un certain nombre d'instituteurs sur les enfants qui leur sont confiés? Le mal qui se manifeste hors de l'école, par des discours et des actes divers, produit-il tons ses effets dans l'école?

Kn un mot, trouverail-on, chez la masse des élèves, le reflet exact des défaillances qui sont constatées chez un trop grand nombre d'instituteurs?

L ÉCOLE D AUJOLRD MLI

l/acUon du maitrc d'école, pour être puissaulc sur Njeune cerveau qui lui est contié, n'est pas unique. Il y a le> obligations des programmes d'enseignement, il y a les livres, il y a surtout l'action de la famille qui, certainement, resti; presque toujours prépondiMaiite.

Qui' pensent de la patrie, du patriotisme, de l'Alsace-Lorraine, les enTants de nos écoles primaires, les enfatits de douze, treize ou quatorze ans, prêts à quitter l'école? Telltcst la question que se posent beaucoup de patriotes!

Il serait dilTicile de c.herctier à avoir une réponse absolue Une vaste enquête ne permettrait pas de se faire une opinion exacte de « l'âme patriote » des enfants. Mais il est possible d'étudier sur un champ restreint la situation d'esprit de la jeunesse de nos écoles laïques.

C'est ce que nous avons fait en nous adressant à cent cnlanls pris dans la plupart des écoles communales de LyoI^ el de la banlieue.

Tous les jeunes gens auxquels nous nous sommes adressée ont de douze à quatorze ans; la plupart ont reçu leui- cerlitical d'études primaires. Nous leur avons posé les cinq questions que l'on trouvera plus loin, en demandant une réponse immédiate cl en faisant tous nos eiïorls pour obtenir que celte réponse soit simple, catégorique cl surtout sincère.

Inutile de dire que nous avons toujours trouvé dans le* r''p.)nses des enfants un certain écho delà pensée du maître, mais souvent, l'intluence familiale était plus sensible. Les s(mjIs petits I' antipalriotes déclarés violents, que nous ayons trouvés, tenaient leur doclrini^ des enseignements paternels.

Les cinq qn-^stions posées à chacun des enfants ont été Us- .sMJvantes :

1° Qu'est-ce que la Patrie?

2" Qu'est-ce qu'un patriote;?

.'t • I aiit-il èlre patriolf?

4" Pourquoi?

'■>» Que pensez-vous de rAlsace-I.oirainc?

llàlons-nous de dire que l'ensemble des réponses a été moins mauvais qu'on aurait pu le cruire. Certes, nous n'avons pas trouvé, au point de vue patriotiqu»', l'unanimité que nous aurions rencontrée il y a quinze aus ! lorsque aiorsnos maîtres d'école étaient tous unis dans la religion, le fanatisme du patriotisme, alors, on n'aurait pas osé montrer à l'école un" carte de France sur laquelle ne figurât pas l'Alsace-t^orraine teintée de violet, mais toujours renfermée dans les limites de la mère-patrie. Non, nous n'avons trouvé, ni cette unanimité, ni ce feu d'autrefois, mais nous avons trouvé des réponse? excellentes en grand nombre.

-Nous avons classé les réponses des enfants en six catégolies : (i Très bonnes, bonnes, assez bonnes, douteuses, mauvaises et très mauvaises. » Et ce sont, Dieu merci, les réponses très bonnes et bonnes qui dominent.

Voici comment notre classement nous a permis de répartir les réponses :

Trèï bonnes : quarante.

Fionnes : dix.

Assez bonnes : dix.

Passables : dix.

Mauvaises : dix.

Très mauvaises : vingt.

.Mais ce classement n'est rien, ne dit rien, si nous n'apportons, à l'appui, le texte des réponses.

Ne pouvant donner les cent réponses, — quelques-unes sont longues — nous clioisirons, dans chaque catégorie, celles qui nous ont paru donner le mieux la note moyenne.

Commençons par les « très mauvaises » réponses, par celles qui nous font penser à Hervé. Fait singulier, ki plupart des enfants nous ayant répondu dans ce sens ont pour maîtres des instituteurs notoirement éloignés de l'hervéisme. (Test, comme nous le disons plus haut, l'influence familiale qui explique les tendances de ces cnfan!?.

324 L KCOI.E D ArJOLRD HUI

Le pl'is enragé de ces jeunes antipalrioles nous a dit : ■ Noire Patrie, c'esl la France, mais je m'en moque, de ci^Ia; mon père n'a Jamais de travail, et ce n'est pas la Pairie qui lui en donne. >•

Un autre nous répond ainsi :

— Dis-moi voir ce que lu penses de la patri<'?

— C'esl là où on esl né!

— Penses-tu qu'un Français doive iHre patriote?

— Je ne sais pas, moi ! Le patriotisme, c'est de la vieille histoire. Puis, pourquoi est-ce que je n'aimerais pas les étrangers qui ne m'ont rien fait?

— Ksl-ce ton professeur qui fa dit cela?

— Non, il m'a jamais rien dit, mon maître.

— Et l'Alsace-Lorraine, crois-tu que nous la reprendrons?

— Oh! il y a déjà trop longtemps de ça!

Dans la catégorie des réponses, simplement ■ mauvaises», nous trouvons l'iiitluence de l'inslilulour paciliste. A plusieurs reprises, le mol « limite convcMitionnello •' remplace le mot frontière, mot qu'un elèse, muni cependant de son certificat d'éludés, ignore complètement.

Suivez cet interrogatoire d'un petit garçon très intelligent, à qui son maître d'école a souvent lu, me dit-il, des extraits «l'un journal radical-socialiste de la région :

— Qu'est-ce que la l*atrie?

— On ne ttr l'a jamais appris?

— A l'instructiftn civique, on ne nous apprend que les droits des citoyens, à quel ivj^e ou vole, ce que sont les élections.

— Alors, qu'est-ce qu'un patriote?

— Celui qui aime la France.

— Faut-il être patriote?

- Oui.

- Pourqu(»i ?

- Pour défendre les intérôts de la France, mais il ne faut |)as fairf de guerres.

— El l'Alsacc-Lorraine?

— l.e maîlre nous dit qu'on pourra peut-être la racheter ou l'échanger.

— El si l'on ne peut pas, faudra-l-il la reprendre?

— Oh !... il va bien déjà eu assez de lôtes cassées comme cela.

Celte réponse est la moins mauvaise de dix qui se ressentent des prêches pacifistes de maîtres d'école bien voisins de M. Hervé, mais encore soumis aux formules peu compromeltaiiles delà Ligue de l'enseignement.

Voici, à présent, le type de dix réponses que nous ne classerons que comme passables. On nous trouvera peut-être un peu sévères, mais si l'on tient compte de l'état d'esprit si vivement patriote qui règne dans les écoles à l'étranger, on nous permettra d'appeler « passable » seulement ces réponses françaises peu catégoriques, peu enflammées.

— Qu'est-ce que la patrie ?

— La pairie est l'endroit où on est né.

— .Mais eufm, n'y aurait-il pas une autre définition à donner delà patrie?

— .Mais non, la patrie, c'est là où on est né, c'est son pays.

— Devons-nous èlre patriote?

— Oui, pour combattre l'ennemi.

— .N'y a-t-il que pour cela que l'on doit être patriote?

— -Mais oui, pour repousser les invasions étrangères.

— Que penses-tu de r.\Isace et la Lorraine?

— Je ne sais pas. Pour moi, je crois qu'on devrait les reprendre.

La série suivante, encore de dix réponses, que nous classerons « assez bonnes •>, ne diffère de la précédente que par plus de vivacité, un accent plus catégorique.

326 l'école l)'Al,l()rRl)'lILl

— QiiVst-ce que la patrie?

— I.a patrie, c'est la France.

— Ne pourrais-tu pas me dire autre chose siw la patrie?

— Non, la patrie, c'est la France.

— Faut-il être patriote?

— Certainenietil, pouragrandir nos colonies, ci puis encore pour nous défendre sur terre et sur mer.

— El penses-tu qu'- nous reprendrons un jour l'Alsace et la Lorraine?

— Ah ! je sais pas, ça on verra ; mais on le devrait !

Encore dix réponses bonnes et qui ont un accent de foi qui lait plaisir; car, pour un enfant, ôtre patriote, n'est-ce pas d'abord croire à la grandeur, à la force de sa pairie?

Voici la manière de ces dix réponses:

— Pourrais-tu me dire ce qu'est la pallie?

— C'est le pays que l'on habite.

— Devons-nous être patriote?

— Oui. pour défendre sa patiie.

' Que penses-tu de l'.^lsace el de la Lorraine?

— Je pense qu'on les reprendra penl-("^lre bien un jour si notre armée est forte, cl elle est maintenant plus forte que celle des Prussiens.

Knfin, nous arrivons à ces quarante bonnes, très bonnes réponses, (jui nous font penser à l'école étrangère, à cette école allemande, que M. Grosjean, dans son livre récenl. nous niotiire imbue entièrement d'un palrinjisme ardent, exclusif.

Citons trois tie ces quarante réponses:

Voici cf'lle d'un gareonnet de douze ans, élève d'une écolo <in quartier Poiraelie. C'est nel et excellent :

— Uti'''"*l-ce (|ue la patrie ?

— C'esl l'ensemble des Français !

— Ou'esl-ce que le palriolisine ?

L'amour de la leire de nos pères.

Faut-il èlre patriote el pourquoi?

— Oui, pour aiuier et défendre la pairie.

— Que pensez-vous de l'Alsace-Lorraine?

— Que nous la reconquerrons.

Un autre entant du quartier des Terreaux nous parle iiinsi :

— Qu'est-ce que la pairie?

— Le pays où l'on est né.

— Qu'est-ce qu'un patriote?

— Celui qui veut défendre sa patrie el au besoin mourir pour elle.

— Pourquoi faul-il être patriote.'

— Parce que c'est le devoir.

— Que pensez-vous de l'Albace-Lorraine ?

— Le maître dit qu'»n la reprendra. Il faut nous instruire, devenir forts, être prêts.

Terminons par les réponses d'une fillette, la seule que nous avons interrogée. On va voir que celle petite donne avec ■clarté d'excellentes définilions du devoir patriotique :

— Quelle est la patrie?

— Ma patrie est la France.

— Es-tu patriote?

— Oui, je suis patriote.

— Pourquoi?

— J'aime ma patrie parce que j'y suis née; je l'aime parce <|ue là ont vécu mes ancêtres; c'est là aussi que sont enterrés ceux que j'aimais; c'esL là enfin oi!i habitent mes parents et mes frères.

— Quelle est la première puissance du monde?

— La première puissance du monde est la France !

Que conclure de tout cela?... Que l'hervéisme fait moins de progrès qu'on l'a dit ? Cette conclusion serait peut-èlre fausse, •car la contamination du corps enseignant existe réellement

328 I. ÉCOLE D AUJOLRD IILI

et se manifeslo trop souveni, mais on peul en conclure que pour la jeunesse lyonnaise le mol de Pairie exisle encore, grâce peul-ôlro à ce que parmi nos instiluleurs lyonnais, on Irouvc moins d'hervéisles ou de pacifisles que parmi leurs colK'trues d'aulres régions. Il faut surlout. croyons-nous, lenir comple de rinlliience raniilialf.

Kl n'oublions pas que, malgré loul. \ingl enfanls sur cent nous onl dit (juc ■• |a palri»', c'esl de hi blague ■■. N'oublions pas non plus qu'après l'école, le jeune liommt', enire quatorze el vingt ans, est saisi par des organisations post-scolaires d'un es|)rit très souvent douteux, el dans lesquelles l'hervéisnif plus ou moins atténué, plus ou moins déguisé, se donne libre cours.

Souvenons-nous qu'en Allemagne, en Italie, en Angleterre, cent enfants sur cent nous auraii'nt monlré sans liésiialion Inuto l'ardeur d un palriolismc exclusif el fier.

I*. S\MinR[)UR.

LE CONÙRÈS NIMOIS DE LA PAIX (19C4)

A. — La THÉoniE : tOMiULE ne i'atriotisme pacifiste

(Deuxième Congrès national des sociétés françaises de la paix, compte rendu, p. 61-63, Nîmes, 1904)

M. Ferdinand Buisaon, député de la Seine, rapporteur. — Je ne veux pas faire un long discours. Les considérants qui accompagnent ma proposition feront connaître assez clairement ma pensée. Je tiens seulement à rappeler les faits qui ont donné occasion au rapport que je présente.

Il y a quelques jours, a été publié à Paris, dans la revue scolaire Apres l'École, sous la signature d'un homme respectable et distingué, M. F. Comte, instituteur à Paris, un document auquel le Bureau et la Commission ont pensé qu'il était bon que le Congrès répondît pcir couper à un malentendu.

Je dis un malentendu, car je suis persuadé que l'auteur du maniresle n'a pas eu l'intention de faire la guerre aux idées pacifiques. Mais d'autres pourraient tirer contre nous de ce document un parti que l'auteur n'a ni prévu ni voulu. Songez qu'il s'agit d'un appel adressé à 120.000 instituteurs par un homme qui a une situation considérable, puisque ses pairs l'ont désigné comme leur représentant au Conseil Supérieur de l'Instruction publique.

Or, que dit le manifeste des fondateurs de la Lifjue des Instituteurs Républicains et Patriotes? Il représente les pacifistes comme une poignée d'égarés qui osent prêcher la négation de lu patrie et la dissolution de l'armée; — qui affirment que la guerre a fait son temps, alors qu'il y a eu 12 grandes guerres

L ÉCOLE D ALJOI m» m I

licpiiis 50 ans; — qui annoiice:il faiibi: proche du (lt'';?arn!ciiu'ut, alors que les nations niarchaiidcs ellos-tih'ines Ira- \ersont une crise de nationalisme et d'impérialisme ; — qui enlin répandent en France les illusions quVnlretenaienl déjà, en 1870, les journaux soudoyés par Bismarck ; etc.

C'est cette caricature du pacifisme qu'il faut empêcher dr prendre consistance; ce sont ces légendes et ces calomni< < qu'il faut tuer dans l'œuf: el, à ce dessein, je soumet? au Congrès li's considi'ranls et la résolution dont voici les termes :

« l.e Congrès, dont ratlcnlion a été appelée sur le coiillil possible des idées pacifiques avec le sentiment palrioti<|U(', notamment dans l'éducation de la jeunesse française,

«Après avoir pris connaissance d'un récent appel aux insUtuleurs el institutrices de France, en vue de fonder une nouvelle Ligue dénommée « Union des instituteurs laïcjues patrioles ».

« A. - En ce qui concerne la question de principe :

« Considérant que le but poursuivi par toutes les Socir'tésde la Paix est d'acheminer l'Iiumanilé vers un régime qui consisterait à résoudre les difl'éronds internationaux, non plupar la force et la violence, mais par le même respect du dio i el les mûmes règles de justice que tous les peuples civili^ appliquent à tous les conllils d'individus ou de groupes daii.> rinlérienr de la nation ;

« Que la poursuite d'un tel but n'est pas de nature à dégrader, ni dans la conscience individuelle, ni dans la conscience publiqu«\ l'idée nationale ; qu'au contiaire, notre patrie à tous nous sera d'aulanl pins chère et nous apparaîtra d'autanl plus grande (ju'elle sera élevée tout entièr-e à une plus haute coriception de la société hirmainc et aura idenlilié ses inté rôts avec ceux de la justice, de la liberté et du pr'ogrès social ;

« Que telle a été, en particulier, l'ambition de la France depuis 1789, puisque, en publiant une Déclaration non pas des droits du Frariçai-i, mais dtîs dr-oils de l'homme, en proclamant la IVaternité des peuples, en déclarant hautemenl fiu'elle ne leur apportait avec les pr-incipcs de la Hévolalion qire le ilroil d'élre libres tl le moyen de \ivre en paix, elle

DOCIMENTS 331

affirmait comme un (!•'« moyens d'action de la politique nationale la diiri]<ion iii)ivor>ello des idées libérales et pacifi(}ncs;

« (/Misidéraiit qu'idjaiidonner ces tradilions de la première Répiililique et répudier ces grandes espérances ne serait pas accrfiîire chez nous la force de la notion de patrie, mais la iliminiier; que les aspirations humanitaires sont un des traits de notre caractère national et une des parties de ce patrimoine dont nous défendons l'irilégrité autant que celle même de noire sol; qu'il importe donc que l'éducation entretienne noire jeunesse dans les sentiments qui ont fait la grandeur de l'espi'it français et qui font l'originalité de la France répu- •Ltlicaine;

« Considérant, d'aillours, que les revers qu'a valus à notre pays le régime impérial ont imposé à la nation des devoirs moraux qu'elle a virilement acceptés et qu'elle continue de remplir sans hésitation, en vue de la Défense Nationale; que l'accomplissement de ces devoirs, sous la forme que prescrivent les lois militaires, est une des obligations dont l'éducation morale et civique a dû et doil encore pénétrer de bonne heure la jeunesse française ;

« Mais que le scrupuleux et complet accomplissement de tous les devoirs militaires n'entraîne nullement l'espiit militariste i'I chauvin, et est au contraire parfaitement compatible, chez les enfants d'une Ilépub'ique démocratique, avec la conviction que le monde marche vers un degré supérieur de civilisation où la guerre dépeuple à peuple sera considérée comme l'est déjà la guerre de province à province, de village à village;

« Le Congrès estime que l'cducalion laïque et républicaine peut et doit développer en môme temps les sentiments patriotiques et les sentiments humanitaires, le devoir envers la .pairie étant la première forinc, et la plus concrète, des devoirs envers l'humanité;

'< Qu'elle peut et doit exhorter tous les éducateurs de lajeunesse à ne rien négliger pour inspii-er à leurs élèves le souci de remplir fulèlement et courageusement les obligations que la loi militaire leur impose, tout en leur rappelant qu'ils conservent, comme citoyens, le droit et le devoir de contribuer

332 L ÉCOLE D AUJOURD IILI

à la propagande et à la défense des idées pacifiques, comme de loules celles sur lesquelles repose la Hépublique déniocralique el sociale.

« D. — En ce qui concerne l'appel des inslituleurs précités :

« Considérant que la date môme où paraît le manifeste, à la veille des rleclions luiiiiicipales, constitue, à tout le nioin?. une coïncidence fàcîieuse ; que cet appel au patrioli«mt semble venir à point pour appuyer, surtout dans la capitale, les prétentions d'un parli dont le principal moyen d'action a été, jusqu'ici, de s'identifier lui-même avec la Pairie Française en qualifiant ses adversaires de « ministère de l'étranger » ;

« Considérant que les auteurs de l'appel n'ont sans doute voulu signaler, comme ils le disent, « qu'une poignée d'égarés »; mais que la rédaction du document tend à envelopper dans une même réprobation tous les partisans des idées pa cifiques en arfeclaiit de les confondre avec les « sans patrii\ agents inconscients d'invasion el de réaction ><; qu'en particulier le manifeste ose écrire ce qu'avaient à peine osé insinuer les pires organes du borraparlisme, en donnant à entendre que les journaux français qui, avant 1870, s'opposaient avec Thiers et Cambetta, avec Jules Kavre el Jules Simon, à la folie belliqueuse de l'Kmpire, étaient •< soudoyés » par- Hismarck, calomnie indigne encore d'un groupe d'insliluteurs publics qui prétend donn<'r à ses collègues une leçon d'histoire et de patriotisme;

■( Considérant enfin qu'err loul état de cause il ne leur appartient pas de s'arroger publiquement le titre « d'instituteurs patriotes », comme pour irrdiquei' que les autres le soirl moins qu'eux, pas plus qu'il ne siérait à urr groupe d'officiers de se dénommer << Union des officiers valeureux ", ou à un groupe de magistrats « Union des juges intègres » ;

« Le Congrès,

« Proteste contre les allégations inexactes et offensantes de •' l'appel aux irrstiiuteurs ", soit à l'égard de l'opposition républicaine sous ri^mpiri', soil à l'égard des partisans actuels de la l'aix par le Droit ;

" Regrette que les auteurs de ce manifeste, au lieu de se borner à recommander renseignement du patriotisme tel qu'ils l'entendent, n'aient pas vu les inconvénients d'une rédaction qui, contre leur- intention sans doute, semble dénoncer bruyamment à l'opinion publique, si prompte à s'alarmer en pareille matière, tous ceux de leurs collègues qui ne pensent pas comme eux parce que, tout en étant aussi patriotes qu'eux-mêmes, ils ne veulent être ni dupes ni complices de la réaction nationaliste ;

« Recommande aux instituteurs et institutrices amis de la Paix et résolus à poursuivre l'œuvre pacificatrice de la Révolution, de s'abstenir également et de toute adhésion à cet appel et de toute contre-manifestation, l'une et l'autre démarche ne pouvant que prêter à des équivoques que tous les républicains doivent prévenir.

(• Il invile enfin tous les amis de l'école laïque à montrer par leur attitude qu'ils ont de la patrie une idée trop haute pour vouloir la mêler aux luttes des partis, et qu'il leur répugne également, ou d° mettre en doute le patriotisme d'autrui, ou de faire parade du leur. » (Vifs applaudissements. }

La résolution de M. F. Buisson est votée par acclamation, ainsi que celle de M. Spalikowski, tendant à assurer à ce document la plus large publicité.

Reprenant la parole, M. Buisson, insistant sur ce fait que le manifeste des •' Instituteurs I\i''publicains et Patriotes ■> est particulièrement grave à l'approche des élections municipales, soumet an Congrès la résolution suivante :

'< Considérant que la date du manifeste des « Instituteurs Républicains et Patriotes » coïncide avec les élections municipales,

« Le Congrès proteste contre l'attribution faite à eux-mêmes par ces instituteurs de l'épithète de patriotes, impliquant que les autres instituteurs ne le seraient pas. » [Adopté.)

.V. Gravin, au nom de V Amicale des Instituteurs du Gard, lit une déclaration qui souligne l'importance du rapport de M. Buisson et témoigne de l'impression profonde que ce rapport est appelé à produire dans le personnel de l'enseignement primaire.

334 L ÉCOLK D ALJOLRD 111 I

D. — I.A Pr ATIQUK

KISiXSSIO.N KT VOTE DU CONGUES ItE LA PAIX AU SUJET DES CO.>SCIlITS QUI SE HEFUSE.NT A PUlITEU LES AUMES

(Compte reiiilii. [>. lO-.il,

L'ordre du jour appelle la discussion du vœu présenté pai M. Allégret, au sujei des conscrils qui relusent de porlcr les arme? par scrupule de conscience. M. Allégret prend la parole el soumet iuimédialenienl au Congrès le lexle de sa pioposilion :

" Le 11" Congrès National de la Paix :

« Considérant que certains conscrils, tout en se déclarant prols à payer leur dette à la patrie, se refusent, par molil de conscience, à porter les armes, el nolainmeiit à ap[)reiidi'i> le maniement du fusil qu'ils considèrent comme un engiu meurtrier,

" Kxprimc le vœu :

« 1" Que ces conscrits soient soumis à une enquête sérieuse sans punition préalable;

" 2" Que les résultais de celle enqiiélc soient transmis directement au Ministre de la Guerre, à qui il aj»parliendra do slaliior sur leur sort ;

<> '.]" Que, par décision minislérielle, si l'enquéle leur est favorable, ils soient autorisés à remplir leur devoir militaire, soit dans les services accessoires de l'armée, soit dans la seclion des infirmiers coloniaux. •>

M. AUé'jrct ajoute : Ce vani a été présenté au Congrès in- Icrnalional de Itouen. On l'a écarté à cause de son caraclèn.parlii'ulicr et l'on a laissé aux Congrès nationaux des dilTércnls pays le soin de le résoudre.

C'est pour cela qu'il revient ii'i aujourd'hui.

Je sais qu'il a soulevé de tous les côtés loules sorles d'ohjeclioiis, et des plus vives.

On a dit tout d'abord : il n'est pas palrioli(|ue ; son adoption sera mal interprétée ; on va dire que vous poussez à la déser'tion !

(]ela est faux, attendu que nous n'avons en vue que les eonscrils qui ne désertent pas, qui vont, au contraire, courageusement au-devant des punitions les plus cruelles. Ils ne reluscnl pas de servir leur patrie, ils s'otTrenl à accomplir les l)esognes les plus rudes, les plus dégoûtantes, les plus dangereuses, mais ils ne veulent pas tuer. Tout, disent-ils, mas non cela! Tne autre objection a été présentée par M. Hubbard. .M. Hubbard a dit qu'il n'était pas admissible que la conscience individuelle se mîtau-dessus de la loi. Celte objection ne porte pas pirsque nous ne voulons pas enfreindre la loi : nous ne voulons pas refuser le service imposé par la loi! Nous demandons que l'on ne nous traite pas comme des réfraclaires et des criminels qui refusent de s'incliner devant la loi et fuient les responsaldlilés. Nous ne demandons qu'a faire notre service d'une autre manière; notre conscience nous interdit de tuer; or, il n'est pas nécessaire de tuer pour servir la patrie, c'est aussi en se faisant tuer qu'on la sert. Cette manière ne nous effraie point. Nous peut-on faire un crime de préférer recevoir la mort que de la donner?

D'ailleurs ce que nous demandons est bien modeste. Ce n'est pas un privilège nouveau !

Il fut admis sous la Révolution que les anabaptistes pourraient être dispensés de manier les armes. Des circulaires du ministère allemand de la guerre aduieltent que les membres d'une secte analogue pourraient être versés dans les services auxiliaires.

Ou nous a objecté encore : <> Mais alors pourquoi ne pas laisser aux conscrits de cette espèce la gloire de leur martyre? Pourquoi demander pour eux une sorte de martyre au rabais? Au contraire, il faut leur laisser encourir toutes les sévérités du code militaire, et les encourager dans celle altitude ! » [Oui! oui .']

.Messieurs, celle objeclion n'en est pas une. Je considèrecninmc un devoir d'adoucir la souffrance partout où je la

336 L ECOLE D Al JOLKDilLl

rencontre ; ces jeunes gens sont dignes de mon admiration et de ma sympathie; et, si j'ai le droit de courir moi-même au devant du martyre, il ne m'appartient pas d'y pousser les autres ! {Applaudissements).

Je supplie donc le Congrès de ne pas abandonner ces courageux jeunes gens, qui peuvent bien avoir des torts, dont les scrupules sont i)cut-ètre exagérés (et, pour ma part, je déclare hautement que tel est mon avis!), mais dont, après tout, le crime n'est pas si grand qu'il n'appelle lindulgence du législateur, ou, tout au moins, de radmiiiisttalion militaire.

Mon vœu, tel surtout qu'il a été amendé depuis le Congrès de Rouen, présente un système de précautions et de garanties qui permettra de distinguer les sincères des simulateurs, <[ qui soumettra à des épreuves suflisantes ceux qui voudront se prévaloir de leurs scrupules.

Si vous adoptez mon vœu, vous ne porterez atteinte ni an sentiment pali-iolique, ni à la dignité de la loi, et vous aur<'/ manifesté par un acte votre sympathie pour ceuv qui, api-ès tout, ne sont capables que de prendre trop à la lettre l.i niiîxinie dont nous nous prévalons tous ici : •■ Tu ne tueras point! » iApplaiHlissemcnts.)

M. le Pri-nidcnt. — M. ilubbard a la parole.

M. llnbbard. — Je viens supplier le Congrès de ne pas udoptrr le vtru de M. Allégret. .Son adoption présenterait les |)lus grands dangers. Nous devons, ici plus (lu'ailleuts, éviter toute brèche qui serait faiti' dans le principe de l'égalité devant la loi. Si un scrupule doit animer ce Congrès, c't'st bien celui de ne pas porter atteinte à ce principe!

Mais il est permis d'élever le débat. Il est permis d'exaniiner la valeur morale et philosophique du scrupule qu'on nous présente comme imposint le respect et même l'admiration ! Ce scrupule est un sophisme d'egoïsme. A qui songentils, en efTct, ces conscrits qui ont l'horreur du sang versé? A eux et à eux seuls!

Oui ! ce sont des égoïstes qui se corilrntent de songer à nieltte sim|)K'ment et iudiviiluellemcnt leur conscience en repos sans se soucier du bien général! Mystiques et religieux avant tout, ils regardent comme rien la conlingence d'ici-bas,

DOCUMKNTS 337

les tlt'voii's que la société impose, cl ils fout passer avant ces devoirs la Iranquilliti'' de leur âme. Jugeant qu'il vaut mieux ne pas luer, puisque leur croyance individuelle leur dicte cette conduit»', ils refusent de porter le? armes; mais ce n'est pas par amour de l'humanité, par souci de lajustice et dans le but de faire disparaître la guerre de ce monde! C'est tout simplement en vue d'umi satisfaction intérieure et purement individuelle. Ce sont des égoïstes, vous dis-je, et non autre chose !

Et alors, que vient nous proposer M. Allégret, sinon des avantages individuels qui n'auraient d'autre résultat que de multiplier des cas de conscience de moins en moins «in- •cères !

Mais surtout, ce que je n'admets pas, c'est que l'on encourage un tel scrupule qui est la négation môme du principe de roljéissance à la loi; c'est que l'on puisse permettre à un citoyen de faire passer ses besoins, si mystiques, si religieux soient-ils, avant les besoins de la collectivité, de la nation !

Il y a une solidarité sociale dont on ne saurait s'abstraire môme lorsque, en nous inclinant sous la loi, nous blessons nos sentiments intimes! Aujourd'hui c'est la loi militaire dont l'application nous paraît injuste, demain ce sera la loi fiscale. Jusqu'oùira-t-ondanscette voie? Admettre le scrupuledonlon nous parle, le prendre en considération, c'est ouvrir la porte à toutes les révoltes individuelles, c'est mettre l'individu audessus de la loi, c'est lui permettre de discuter un intérêt qui lui est supérieur : l'intérôt de tous.

D'ailleurs, la tâche du Congrès n'est pas d'opérer, ainsi que je le disais tout à l'heure, des sauvetages individuels, elle ne doit pas consister à ôter le fusil des mains de quelques individualités, celte tâche doit consister à faire déposer les armes à tous les soldats et dans toutes les nations à la fois ! [Applaudissements.)

M. le Président. — M. Frédéric Passy a la parole.

M. F. Passi/. — Je viens supplier le Congrès d'étudier avec sang-froid la question très délicate qui lui est soumise. Cette question aurait pu ne pas lui être soumise, c'est vrai ; mais, déjà présenté au Congrès international de J\ouen, le vœu de M. Allégret nous revient aujourd'hui.

338 L Éa)Li-: d aljuluu jili

Nous sommes ici dans un Congrès national, eiilrc nous, cf il ne serait pas disnc de celle Assemblée de refusei- (rexaminor un problème moral de celle importance. Il y a des faits connus de vous tous. Il est inulile de rappelerle nom de ces jeunes gens qui n'ont pas craint de s'exposer aux pires maux pour mettre leurs actes d'accord avec leur conscience. Nous n'avons pas à savoir à quelle source, reliixicuse ou purement liumaine, ils ont puisé leurs scrui)ulH>. (^es scrupules, ils les ont proclamés harilimeiit; ils n'ont pas cherché des échappatoires, ils n'ont pas intrigué pour se fairr renvoyer dans leurs foyers ; ils sont allés au régiment et là, connaissant les sévérités des lois qu'ils bravaient, ils ont refusé de loucher aux armes de mort. Cela est un fait. Ce l'ail, nous ne pouvons l'ignorer. On nous demande de dire noln> sentiment, cl de nous prononcer sur une proposition au sujtl de ces conscrits : nous ne devons pas nous dérober. (Applaudissements.)

Pour ma part, et à plusieurs reprises, j'ai manifesté nioi> a\is sur la question du devoir militaire. J'ai toujours blàmr ceux qui voulaient, individuellemenl, se soustraire à ces devoirs. La désertion est une faute et la plupart du temps unt» lâcheté. Or, nous ne sommes pas ici des lâches ! Et j'ai à plusieurs reprises ramené par mes conseils dans le chemin du vrai devoir et du vrai sacrifice des jeunes gens qui étaient venus sur ce point chercher mes conseils. [Applnvdisscmcnts.)

Mais M. ilubbard est allé liop loin dans ses accusations contre l'égoïsme ; il a vu des actes d'égoïsnie pur là où li'S mobiles élaient plus complexes et cerlaincineut pliK nobles.

\il puis, en condamnant si violemn)ent ce qu'il appelle de l'égoisme, n'a-l-il pas tait trop bon maiché de la libeilt- individuelle? {Appldudisscments.)

Tous les sentiments, même lorsqu'on ne les partage pas,^ même lorsqu'on les com|)rend mal, ou qu'on ne les comprend pas, méritent le respoct ! [Applaudiaxeincnts.)

Aussi j'eslime que le Congrès se doit à lui-même de ne pas écarler dédaignt'usement ce grave piobleme et de chercher sa solution avec calme et avec sincérité (Applaudissements).

DOCLMENTS 339

M. Kellermann apporte le texte d'un arrèlô du Comité du Salut public de la Convention, qu'il a déjà produit, il y a vingt-trois ans, devant le Conseil de guerre de Lyon, en défendant un conscrit qui refusait de porter les armes. Cet arrêté ra|)pelle que des anabaptistes d'Alsace ont envoyé à la Convention des délégués, pour exposer le si-rnpule religieux qui leur interdit de porter les armes et invile les autorités Compétentes à employer de préférence les hommes de cette secte au service du charroi ou môme à les exonérer à prix d'argent. On a essayé, ajoute M. Kellermann, de vous émouvoir ce matin par le péril d'une invasion. Or, sous la Con. verition, la France devait lever quatorze armées pour défendre la patrie en danger. Gomment aurions-nous moins de scrupules que les Conventionnels? I.e roi de Suède et de .\orwt'ge a pris une décision ordonnant que les conscrits retenus par des scrupules analogues fussent affectés à des services auxiliaires ; il en a été de même en Suisse; en Angleterre, on pousse le respect jusqu'à exonérer certaines sectes du servico de la milice et de la garde nationale. Et nous, républicains français, nous hésiterions à consentir les mêmes concessions ! Nous sommes des pacifistes, nous recherchons la fin de toutes les querelles, et nous n'arriverions pas à concilier les droits de l'I^tat et ceux de la conscience individuelle ! An ri'ste, l'armée n'a pas brsoin que de combattants, elle peut alfecter à des service? utiles ceux pour qui le meurtre est une impossibilité morale.

M. Jacobson. — Je serai d'autant plus concis que je suis un iiouveau venu dans les Congrès de la Faix. Mais j'ai la conscience qu'une faute énorme va être commise. Celte faute, on î)Ourrait en faire remonter la responsabilité à ceux qui ont insisté pour maintenir à l'ordre du jour une question qui devrait en è're rayée.

On nous di-mande de nous en remettre au .Ministre de la Guerre pour laire une enquête sur le degré de sincérité plus ou moins grande de ceux qui se livreraient aux manifestations dont il s'agit. Nous ne pouvons laisser venir en discussion pareille proposition, car il n'est pas dans notre rôle de couvrir des manifestations individuelles qui n'ont rien de commun avec l'idéal do notre parli. (Jiie dirtz-voiis des manifes-

340 l'école d'aujourd'hii

(allons rt^cenlos d'officiers qui, au nom Je leurs sentimenis Ffli^rieux, se refusent à pirlrr la main à l'expulsiou des ordres monastiques? N'v-a-l-il pas danger à laisser l'indiscipline entrer dans l'arniée, soit par en haut, soit par en bas ?

Kt M. Jacobson dépose le vœu suivant :

« Le Congrès, eslimanl qu'il n'entre pas dans son caractère d'émettre des vœux tendant à modifier l'application des lois existantes, — écarte toutes les n)olions qui tendent à examiner les difficultés soulevées par des cas de conscience. »

M. Spalikoiiski s'affirme au-^si contre l'adoption du vœu. Il approuve et complète les dédaralions de M. Ilulibard. Si les partisans du scrupule étaient logiques, ils liaient jusqu'au bout de leurs théories et en viendraient à préconiser la désertion. La question se délimite nettement à SfS yenx : désertion ou obéissance passive; on ne peut sortir de là.

iW. Bahut. — M. Spalikowski risque d'égarer la discussion. Il n'y a pas de bloc piolestanl. Nous ne plai<lons pas ici une cause personnelle, car l'immense majorité d'entre nous acce|»te les lois militaires du pays. Il s'agit de cas très exceplionnpls, mais qui n'en impliquent pas moins une question de principe. Au restf, la question nous est renvoyée par le Congiès International de Houen. Je demande à tous ceux qui y étaient présents si, au cas où un vole serait intervenu, il n'aurait pas été rendu dans le sens des scrupules de conscience dont il s'agit. Ne traitons donc pas ces scrupules avec trop d(! dédain.

M. Ilubbard a [laru dire co malin (jue les scrupules de conscience n'étaient qu'une sorte de déguisement mystique de l'intérêt imlividucl. Or, il ne s'agit pas ici d'une question de salut éternel, mais d'une puissance intérieure qu'il faut savoir respecter, dans une démocratie plus que dans toute autre organisation politique. Si l'I^tat cessait de respecter la Conscience, lui-même cesserait d'être respectable.

M. Habul reconnaît d'ailleurs que la question échappe à la compétence du Congrès; mais, du moment qu'elle est posée, il considère comme impossible de l'éliminer purement et

DOCU>IE^TS 3il

siiniili-mcril de l'ordre du joui': et, sans préconiser aucune soluUon, il propose au Congrès de demander qu'aucune peine dt'-slionoraiite ne frappe comme dos criminels vulgaires des hommes (ju'un impératif catégorique empfktie de tuer leur semblable.

Il dépose en consé(|uence le vœu ?ui\anl :

.( Le 11» Congrès national de la Paix, sai.-i d'un vœu concernant le scrupule de conscience chez les hommes appelés au service militaire, vœu renvoyé par le 12° Congrès international à l'examen des Congrès nationaux ;

« Considérant qu'il s'agit là d'une question d'application ou même de modification des règlements militaires, question qui n'est pas de la compétence des Conjrès de la Paix et (ju'ils ne sauraient se proposer de résoudre sans risquer de nuire à l'ensemble de leurs revendications juridiques et légales ;

« Mais considérant, d'autre part, que les cas de conscience dont il s'agit tendent à devenir toujours plus nombreux dans tous les pays civilisés ; qu'ils témoignent incontestablement des progrès de l'idée pacilîque dans les consciences; que les pacifistes sincères ne sauraient sans hypocrisie et sans lâcheté répudier toute solidarité avec des hommes pénétrés des mêmes convictions et poursuivant le même but;

u Déclare ne vouloir préciser aucune solution particulière de la question qui lui est soumise et s'en remettre, en ce qui concerne la France, à la sagesse et à la bienveillance de M. le Ministre de la Guerre ;

« Émet toutefois, d'une façon générale, le vœu qu'aucune peine déshonorante ne frappe des soldats qui auraient fait la preuve qu'ils sont, non des réi'ractaires ou des indisciplinés, mais des hommes qui, soumis d'ailleurs aux lois de leur pays, ne peuvent par scrupule de conscience se résoudre à faire tout ce que comporte actuellement le devoir militaire. »

M. Allégret conjure l'assemblée de discuter avec calme un vœu qu'il a présenté, en évitant tout app^'l à la passion. Kn fait, on a tort d'apercevoir au fond du débat une préoccupa-

342 L ÉCOLE D Al JOLKD HLI

lion relipipupe; mais le Congrès se trouve en présence d'un fail qu'il ne peut méconnaîlro: les soldats (iontaudier, Grasselin et Delsol étaient d'Iionnôles gens ; l'enquête l'a prouvé, à tel point que l'autorité militaire, après avoir condamné et puni ces soldats, s'est décidée à les verser dans les services auxiliaires. Or. ce que demande le vipti, c'est simplement que telle décision soit prise avant l'inlerveiiliondes punitions alllictives. Dans l'intérêt militaire mênie, il vaudrait mieux que la décision fût prise avant, prévienne la révolte du soldat an lieu de la sanetionner.

M. Noitijori-de appuie les dernières paroles de M. Allégret. Il serait stupéfiant, à son avis, (juedes congressistes se montrent plus rigoristes que le Ministre de la Guerre lui-même. Le rejet du vœu serait, en somme, un blâme à la clémence de l'autorité militaire, une mise en demeure morale de se montrer plus rude à l'avenir. Il ne peut concevoir que le Congrès agisse de la sorte.

M. Bougie. — J'ai l'intention de rabaisser ce débat. Lorsqu'on veut travailler à une œuvre durable, il ne faut pas se laisser aller à des émotions sentimentales. Je me placerai au point de vue de l'utilitarisme le plus plat.

.Nous voulons faire de la pro|)agandc pour no.s idées, donner de l'élan aux forces pacifistes qui s'ébranlent, et, par ce moyen, rendre possible des lois de paix. Demandons-nous donc si nous préparons les forces morales dont nous avons besoin et les formes juridiques qui consacreront notre idéal; si, en votant la motion qu'un nous propose, nous n'écarterons l»as plus encore 'les timides, qu'on a elnignés en dressant entre eux et nous un mur d'équivoques. A Toulouse, j'ai ropondii |tubliquement à M. C.avaignac, prétendant que nous voulions alfaiblir et démolir l'armée : ■• C'est une calomnie 1 ■• Je veux pouvoir le répondre encore.

Nous voulons la Paix par le Droit; nous voulons faire passer la société internationale de l'état anarcbique à l'état légalitaire. Pour construire cl édifier, il faut avant tout ne pas désagréger les sociélés qui existent et exiger le respect des lois déjà consacrées.

Admettez d'ailleurs les scrupules (pii inli'ressent M. Allégret, vous serez logiquement amenés, par la <uite, à ad-

tiiellre ^j^alement le scrupule de l'officier qui refus»! de faire .•ippliqiier les lois nalioiiules, le scrupule du soldat qui ne veut pas marcher coolre les grévistes, et môme le scrupule de Coppée qui refuse de payer l'impôt, le scrupule du pi-re de famille repoussant pour ses fils l'instruction de l'Etat. €'esl dans l'avenir admettre, par avance, le scrupule de la nation qui reîusera de se soumettre à la loi d'arbitrage.

En résumé, si j'admets que l'on adresse un hommage resf)ectueux aux consciences sincères, je demande qu'on écarte toute menlion incompatible avec le caractère légalitaire du ^'ongrès. On pourra agir en faveur de mesures de clémence, <,'ar il faut encourager la pillé, mais sans perler atteinte à la juste égalité devant la loi.

L'oraleur dépose l'ordre du jour suivant:

« Considérant que, dans l'étal actuel des relalions inlernationales, ïrs doctrines pacifistes ne sauraient, en aucun cas, préparer des prétextes pour le refus du devoir militaire;

<( Que ceux qui travaillent à l'établissement de la Paix par le Droit attendent le progrès de leur cause d'une extension •de l'esprit légalitaire;

" Regrette de ne pouvoir demander aux pouvoirs publics aucune mesure d'exception en faveur de ceux — si respectables que puissent être leurs scrupules — qui croient devoir se soustraire à la loi de leur pays, égale pour tous. "

.M. llichet. — Je tiens à dire pourquoi le vétéran que je 5uis de l'armée pacifique considérerait comme une erreur de voler la proposition Allégret.

Ici, nous éprouvons des sentiments unanimes: au dehors, on nous ignore, el on nous comprendra moins encore si nous cherchons, pour des individus mus par des scrupules exceptionnels, un moyen de tourner le principe absolu de l'égalité de lous devant la loi.

J'ai eu l'occasion de recueillir moi-même l'opinion de Tolstoï sur ce point. 11 me disait: <( N'atténuez pas le sacrifice de ces conscrits scrupuleux; laissez-les se dévouer jusqu'au boula leurs convictions. » Et Tolstoï, s'il admirait les martyrs de la conscience, conseillait à ceux qui le consultaient

(le no pas se dérober au service mililaire. Imitons son exemple.

M. Michel dépose en conséquence l'ordre du joui' suivant :

u Considérant que le caractère essentiel d'une lui est d'obliger tous les citoyens sans (iistincliun de relij-'inn ni de caste.

« Le Congrès national de la Paix, tout en admirant la noblesse des sentiments qui interdisent à certains iiomnies de s'armer contre leurs frères, estime qu'il n'y a pas lieu de proposer en faveur de ces hommes géuéreux une mesure d'exception qnelconcjuc. »

M. Mcl. — 11 serait oxtraorditiaiie (ju'un ouvrier n'apporlàt pas dans ce débat l'opinion de la classe ouvrière.

II y a, dans ce qu'on vient de dire, bien des rélicences ou des contradictions. Malgré ses alfirmalions sincères, M. Allégret n'a pu faire autrement que de défendre le parti protestant. D'autres nous disent : il ne faut pas loucher à l'idée de patrie ni à l'armée. Oi-, qui dit paix, dil suppression des armées permanentes ; le Congrès pacilisle est le prélude des congrès antimilitaiisles.

Vous parlez des cas de conscience religieux. Que ne parlot-on des scrupules encore plus impérieux des soldais que l'on ftirce de marcher contre leur père ou leurs frères grévistes? C'esl là un cas de conscieni-e autrement lerrilianl que celui d'offenser ou de ne pas oll'enser un Dieu quelconque.

Jo trouve assez ridicule que l'on s'estime mieux en règle avec sa conscience, parce qu'au lieu de porter un fusil, on passera son temps, comme ouvrier de la guerre, à fabriquer des cartouches ou, comme secrétaiie d'etat-major, à transcrire un ordre de mobilisalion. (Jue diriez-vous du voleur (jui aiderait un compère à l'scalader une maison pour la dévaliser et se croirait innocent parce qu'il n'aurait pas en le courage de le suivre dans l'opération criminelle?

Toutefois, M. Niel estime que tous ces cas de conscienci! échappent à la compétence du Congrès et propose l'ordre- «lu jour suivant :

DOCUMENTS 34r>

« Le Congrès, admirant le courage de ceux qui ne veuleiil pas porter les armes,

« Dt^clare qu'il est incompétent pour indiquer une conduite quelconque ilans dus cas qui relèvent uniquement de la conscience imlivitluclle. »

jj/mo ^iircrine. — Kn vérité, j'ai écouté avec stupeur les orateurs qui oui discuté la légitimité dos cas de con-cience, et j'ai cherrh(''des yeux la cuvette de Ponce-Pilate. Vous êtes les chefs; vous suscitez des enttiousiasmes, plus grands peut-être que vous ne le croyez; et, cela (ail, vous ne voulez pas aller jusqu'au bout de vos maximes! Soyez logiques 1 Vous voulez que certaines questions ne soient pas posées : quoique l'on dise, quoique l'on fasse, les soldats qui refusent de porter l'arme meurtrière seront toujours les disciples des promoteurs de l'idée pacifiste.

On a parlé des scrupules de l'officier qui refuse de marcher pour faire respecter les lois ; mais que l'on considère un moment la difrèrence de traitement appliqué pour ce refus d'obéissance.

Le rejet pur et simple du vœu Allégret ne serait rien moins qu'une abdication. N'oublions pas que « le juge qui tient compte de l'opinion publique est un juge prévaricateur ».

iU. Jouel. — Je crois devoir prolester contre l'interprétation donnée par .M"* Séverine à l'opposition des adversaires du projet. Les révoltés du service militaire ne sont à aucun titre des disciples de nos idées, et il serait infiniment dangereux de le laisser croire; nous sommes, non pour la révolution, mais pour l'évolution.

M. Arnaud. — Nous sommes de ceux qui vont jusqu'au bout de leurs doctrines. Mais il ne faut pas nous prêter des doctrines qui ne sont pas les nôtres. Nous pensons que l'État a le droit d'exiger des sacrifices de ses sujets. Il peut et doit assurer sn di'lense. Il ne peut aller au-delà et faire servir le soldat à autre chose. Tant que la nécessité de la défense n'aura pas disparu, nous considérerons comme un devoir de préparer nos forces défensives. Noire enseignement est double : donner à la patrie ce qui est nécessaire à sa dé-

346 l'école OAU.ioi bd'iu I

ft^n?o et travailler à drmontrer quo la guerre est un ar- <'liaïsnie qui doit disparaître.

.Nuiis sommes des patriotes dans le l)on sens. Nous ne forons rien qui puisse diminuer la patrie. Tout cela ne signifie pas que nous adressions un reproche à ceux qui <'omprennenl autrement leur devoir.

M. Arnaud dépose en conséquence Tordre du jour suivant :

<< I,e II* Congrès National des Sociétés Françaises de la Paix, saisi d'une proposition relative à la situation des jeunes soldats qui, par motifs de conscience, se refuseraient à porter on à manier les armes;

'( Est d'avis que tous les Français doivent se soumettre, sans restriction, aux obligations mililairer que leur impose la loi française ;

" Émet le vœu que, préalablement à toute |)unition, ces jeunes soldats soient soumis à uneeni|uôle dont les l'ésullals seraient transmis au .Ministre de la (iuerre, à (pii il appartiendra de statuer sur leur sort. Dans le cas denquùle favorable, le Ministre pourrait, s'il le juge nécessaire, afTectei' ces jeunes soldats à des services accessoires de l'arméi-, môme les plus pénibles, ou encore au service des infirmiers coloniaux. »

M. AUéijrcl déclare se rallier à la proposition de M. Arnaud et précise qu'il n'a jamais entendu vouloir faire de classification entre les scrupules, conirairement à ce que lui a reproclié .M. NicI, qui a dû mal l'ciilendre ou mal lire la rédaction de son vœu. il ne partage aucun scrupule, mais il les comprend Ions et veut (ju'on les respecte.

La discussion est déclarée close après ces dernières paroles. \.c président donne lecture des projets dordre du jour duni il csl saisi.

M. Le Foyer propose la priorité pour Tordre du joui- Hichel.

Cette proposition est l'Cpoussée.

La prioiiti' est également refusée, par 1 14 voix contre 80 ', à Tordre du jour Arnaud accepte par M. .Mlégrel.

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