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LE CONGRÈS D'AMIENS DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT

{Bulletin (le la Ligue de l'Enseif/ne/itent, octobredécembre 1904, p. 86 et suiv.)

Rapport de M. Belison

.1» nom de la première Commission

Mesdames, Messieurs,

Votre première Commission a eu à s'occuper, parmi tant de questions qui ont sollicité son attention, de VEnseignement des idées pacifiques, et je vous demande de commencer ce rapport par là.

Votre première Commission ne pouvait mieux terminer ses liavaux que par l'examen de cette intéressante question.

M. Cloftie, président de la première Commission, propose, comme débat préliminaire, la déclaration suivante :

« Le Congrès :

« Considérant que les efforts des peuples civilisés doivent tendre, de jour en jour, à résoudre les différends internationaux, non plus par la force, mais par le même respect du droit et les mêmes règles de justice appliquées aux conflits d'individus ou de groupes, dans l'intérieur de la nation ;

« Que la possibilité d'un tel l»ut, loin d'alVaiblir l'idée de patrie, ne saurait, au contraire, que la fortifier, l'élever et 1 épurer aussi bien dans la conscience individuelle que dans la conscience publique;

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" Oue les aspirations humanitaires sont un des trails de noirt' eararlèie national et une partie de ce patrimoine dont nous défendons rinlégrilé autant que celle de noire sol ;

« Qu'il importe doue que l'éducation entretienne notre jeunesse dans les sentiments qui on! Tait la erraudeur de l'esprit français;

" Considérant que le pays a virilement accepté et continue de remplir, sans hésitation, les devoirs qui lui sont imposés, en vue de la dél'euse nationale ; que l'accomplissement de ces devoirs sous la foiine que prescriront les lois mililaii'cs est une des obligations dont l'éducation morale et civique iloil pénétrer la jeunesse française;

« Que le scrupuleux et complet accomplissement de tous les devoirs militaires est compatible avec la conviction que le monde marche vers un degré supi-rieur de civilisation où la guerre de peuple à peuple sera considérée comme l'est di-jà la guerre de province à province, de village à village,

« Kmet les vœux suivants :

M i» Que l'éducation laïque et républicaine développe ou même temps les sentiments paliioliques et les sentiments humanitaires, le devoir envers la patrie étant la première forme et la plus concrète des devoirs envers l'humanité ; qu'elle doit inspirer aux jeunes Français le souci de rem|)lir fidèlement et cour'ageusemenl les obligations que la loi iiiililaire leur impose, tout en leur rappelant qu'ils conservent comme ciloyens le droit et le devoir de contribuer à la défense et à la propagande des idées pacifiques comme de toutes celles sui' les(]uelles repose la Hépublique. ••

M. IJoullaudeau, au nom il'uu certain nombre de membres de l'enseignement délégués au Congrès, i-appelle la douloureuse émotion ress(;ntie dans le corps enseignant ;\ la suite de la manifestation que provoqua l'intervention de notre éminenl président au Congrès de Nimi-s.

I,e Congrès sera unanime, comme la Commission, à voler la dtjclaralion si nette et si claire doni on vient d'entendre la lectiin;.

i.a déclaration est volée à l'unanimité cl la Comiuissioa adopte ensuite les vœux suivants :

« Le Congrès («mol le vœu que le Conseil fédéral s'inspire (les déclarations qui vitMinent d'èiro adoptées pour le choix d'une nouvelle devise de la l.i£;ue;

Il Que les pouvoirs publics s'inspirent des idées pacifiques dans la rédaclion des [)rogrammes de l'enseignement à tous ses degrés, et notamment:

« (Jne dans renseignement de l'histoire on s'attache moins à développer les scènes de carnage et des biographies de conquérants qu'à montrer les progrès delà civilisation, leselTorts des peuples vers leur émancipation et les travaux des grands bienfaiteurs de l'humanité ;

u (Jue dans l'enseignement des sciences, et en particulier de la géographie, on s'efforce défaire comprendre aux élèves comment les découvertes de l'esprit humain contribuent à rendre plus étroits les liens de solidarité de toute nature, qui unissent les membres de la grande famille humaine ;

n Que dans l'enseignement de la morale on s'inspire de cette idée que l'amour de la patrie se concilie avec l'amour de l'humanité ;

<i Qu'une place soit réservée spécialement, dans les programmes officiels, à l'enseignement des idées pacifiques et à l'exposé des efforts tentés par les nations civilisées pour résoudre par l'arbitrage les conflits internationaux. »

M. Bador demande de compléter les vœux qui précèdent par le suivant :

« Que des instructions précises dans le sens des vœux précédents soient données à chaque réunion aux membres des commissions d'examen. »

La Commission a adopté.

Enfin, M. Lechantre, de Saint-Quentin, fait adopter le vœu suivant :

« Que dans l'imagerie scolaire, qui produit une si vive impression sur les enfants, on substitue aux scènes violentes, aux images belliqueuses et barbares, des scènes de travail et de solidarité humaine qui inculquent aux enfants des idées de paix et de douceur et inclinent leur esprit, comme toutes le?, sa.\ul<i\vt'?. influences de r école, vers le devoir sacré entre tous : Fraternité. »

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M. Ferdinand Buisson, Président — Mesdames et Messieurs, nous prenons l'objet particulier que le rapporteur vient de (railer. Je dois des explications au Congrès sur la position même de la question, sans entrer dans le fond, il y a là une erreur d'interpr«'lation qu'il ne faudrait pas laisser commettre.

Le vœu qui nous e?t propose et qui consiste en ceci : que le Conseil g''néral s'inspire des déclarations qui viennent d'être adoptées par le Congrès, pour le choix d'une nouvelle devise de la Ligue, ce vœu suppose une première question, à savoir qu'il y a une devise officielle de la Ligue, qu'il y en a eu une et qu'il y en aura une. Or, jusqu'à présent, nous sommes dans cette situation qu'il ne faut pas laisser travestir : jamais il n'y a eu une proclamation publique et officielle engageant la Ligue et disant que la Ligue aaccept<' une sorlf de marque de fabrique, une devise ayant un caractère obligatoire pour le Congrès, pour le Conseil général, pour le Comité parisien, pour une partie quelconque de la Ligue.

<Jue s'est-il fail ? A une époque lointaine qui pour beaucoup d'entre vous est de l'histoire ancienne, et que ceux qui l'on' connue apprécient mieux que les jeunes, à une époque où Ifcœur de la France était tout saignant et plein de douleurs que vous ne pouvez comprendre, vous qui ne les avez pas traversées, à ce monenl, Jean .Mac-, traduisant la pensée commune à sa façon à la fois poétique et pittoresque, patriotique et humanitaire, a fail faire à la Ligue ce que la France entière faisait : une manifestation de ce premier et élémentaire patriotisme qui était nécessaire pour vivre, pour que la France, dans cette heure atroce, ne proclamât pas elle-même sa déchéance, n'en prit pas et n'en fil pas prendre acte au monde. El, à ce moment-là, nous avons tous, même les plus antimilitaristes, reconnu que l'heure était venue de dire aux Jeunes Français que ce qu'il fallait sauver avant tout, c'était la Franee. c'était la République. La Képublique, à l'intérieur, étail combattue par des ennemis que nous avions le devoir d'arrêter dans leurs entreprises, en même temps que nous avions le devoir de maintenir l'existence même de la France républicaine au dehors. ' Ajiplnudi^aements.

Ce qu'a fail Jean .Macé, il l'a fait dans un de ces moments d'inspiration, je le répète, à la fois tout patriotique et poé-

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lique. L âoie de Jean Macê D'élait pas celle d'on savant froid et calme, qui opère suivant les lois des mathématiques; cétail un homme de cœur et d'élan, d'impulsion et d'enthousiasme. A ce moment-là, il a trouvé cette formule, qu'un de ses amis, un jeune artiste, a traduite en une vignette : • Sauvez la France... . Comment ? Eh bien » par le livre et l'épée ». C'était la déclaration que nous ne voulions pas, nous Français, écrasés, nous qui, à l'heure même où il l'écrivait, avions les Prussiens chez nous, nous qui avions l'iademnité de euerre à payer, que nous ne voulions pas nous déclarer vaincus, désarmés et résignés à périr ; c'est à ce moment qu'il a écrit celte parole que nous considérions fort belle et fort grande, au moment où elle a été écrite, et pour l'objet qu'elle avait en vue.

Mais cela appartient à l'histoire, c'est un passé que nous ne renions pas. De même que nous ne voulons pas de ce jeu stupide qui consiste à supprimer des chefs-d'œuvre, sous préteile qu'il rappelle des institutions dont nous ne voulons plus, de même nous ne voulons pas, de l'histoire de notre société, effacer tel ou tel mot, parce que les circonstances ont changé et qu'il ne correspond plus à l'élal de choses actuel.

Voilà dans quelle situation est la Ugue. Ce texte n'a aucune valeur officiel^ : il n'a jamais engagé qui que ce soit ; c'est au point de vue de l'auteur, au point de vue de Jean )lacé, une inspiration à laquelle il a cédé, qu'ont suivie ses collègues d'alors. Nous n'avons pas à les juger et surtout à leur donner, r»Hroactivement, une sorte de blâme, pour une des meilleures actions qu'ils aient pu faire. Applaudissements.

Quanl à la vignette, il s'est introduit un usage que je ne loue ni ne blâme : c'est de la papeterie, c'est une question de papier, d'administration et de bureau. On a trouvé commode de prendre cette vignette qui paraissait correspondre et qui correspondait, en effet, à des sentiments très rvpaodus, universels.

Faut-il continuer à reproduire cette vignette et celle devise? Sommes-nous liés par ce passé que nous honorons et respectons ? Sommes-nous tenus de les respecter passivement et indéfiniment ? Non, absolument pas, et il y a des

'M't i.'école d'ai'joliiuhli

raisdtis qui n'siillenl de l'état de ctioses nouveau, pt)ur qiiaiijoiir riiiii nous allirmions l'étal nouveau de la France, et pour que nous ayons été amenés à faire une nouvelle illus- Iralion, une nouvelle vignette, celle du 19 juin. Cette date du 19, juin marque une ('tape, non seulement dans rhisloirc de la IJgiie, mais dans riiisloire de la France. C'est cp que nous avons constaté. (Appluudissonenla.) C'est pour cela qu'à celte époque, tout naturcllenionl, sans faire violence à la mémoire de Macé, nous avons substitué, pour celle grande fêle, quia été vraiment une fôle nationale, où, je n'ai pas besoin de vous le lappeler, nous avons eu à la fois el le gouvernoment et la population laïque, nous avons, à la vignelle ancienne, spontanément (el c'était le droit du bureau) substitué la nouvelle vignette.

.\vons-nous, par là, désavoué Jean Macé ? Avons-nous déclaré que nous ne sommes plus des amis de la cause réi)ublicaiiie et patriotique qu'il a défendue ? Avons-nous ti-alii, désavoué la IJgue et déshonoré, pour ainsi dire, l'œuvre grandiose à laquelle Jean Macé a attaché son nom? Non, citoyens, nous avons fait ce que nous avions le droit de faire.

J'ajoute qu'il ne me semble pas possible que le Congrès, s'ingéranl, pour ainsi dire, dans une question de bureau, vienne prescrire à l'administration de la F.igue l'emploi de lelle ou telle formule, de telle ou telle vignette, de telle ou telle note de marge qui servirai! à l'envoi de nos imprimés. Ceci n'appartient pas au Congrès. Il faut que chacun garde SCS altribulions. Une admii\islialion fait de i'administialion, el un congrès fait de la propagande universelle. Vous êtes lin congrès et non des bureaux. Vous n'avez pas à vous mêler, ici, à ce qui se fait dans les détails intimes dos opéralions d'adminislralinn de la Ligue.

Il n'y aurait qu'un cas où vous auriez le droit d'émellre un vœu et je m'y associerais alors : ce serait le cas où il y aurait une devise officielle de la Ligue qu'il faudrait changer. Je l'avoue, je serais avec vous s'il y avait une devise oKirielIc i\u\ nous engage; à une espèce de manifestation de chauvinisme. Alors, je dirais à ceux qui seraient les autours^ de celte pro[)osilion : — Ni>us ne pouvons pas éterniser et le geste et le mol (|ui correspondaient à la situation de IS72.

Mais, je le répèle, il n'y a rien de semblable et je ne vois pas pourquoi le Congrès nous demanderait, par une n'-solution, d'adopter une devise.

Pourquoi une devise ? Comment voulez-vous que nous menions dans une devise toute l'œuvre de la Ligue de l'Enseignement ? Comment voulez-vous que nous y rc'-sumions seulement ce que nous avons fait dans cet après-midi ? Comment voulez-vous, en une seule formule, dire tout ce qu'il faudrait dire ? Il y faudrait dire tout l'enscignemenl laïque, il y faudrait dire riiumaiiilé, il y faudrait direjustice, il y faudrait dire solidarité, il y faudrait dire évolution humaine... Et quoi encore ? Ce n'est cerlainemenl pas vous, <}ui sentez la portée de ces grands principes, qui voudrez enfermer dans une espèce de formule de catéchisme la pensée vivante, souple, libre et progressive de la Ligue de l'Enseignement.

Pour ma part, je propose à l'assemblée la question préalable, non pas du tout pour maintenir la devise ancienne qui n'existe pas, qui n'a aucun caractère officiel, dont nous avons nous-mêmes pris la liberté de nous passer en faisant figurer sur les nouveaux imprimés la vignette que vous connaissez tous; je demande à l'assemblée de poser la question préalable, parce que vouloir imposer aune société comme la nôtre la rédaction d'une devise, c'est vouloir que nous promulguions un catéchisme — peu importe qu'il ne contienne que quatre ou cinq mots. Or, nous n'en voulons pas et nous ne pouvons pas en avoir. Par conséquent, je prie l'assemblée de bien vouloir prendre en considération les observations du bureau qui se résument en ces mots : « Poser la question préalable parce qu'il n'y a pas de devise officielle delà Ligue et parce que nous demandons qu'il n'y en ait pas. "

M. GrandviUiers. — Je demande la parole.

M. le Président. — La parole est à M. GrandviUiers.

M. GrandviUiers. — Après le discours que nous avons entendu, il est très difficile de contredire un homme qui, comme .M. Buisson, possède à la fois l'aulorilt- de l'éloquence et l'autorité de la situation, ^éanmoins, je tiens à rappelei'que cette •devise : « Par le iiNre et par l'épée!» a été par nous tous, par tous ceux qui nous entourent et qui nous fréquentent, consi-

dérée comme une devise officielle. En 1902, au Congrus de Lyon, des hommes que je rcpretle de ne pas voir parmi nous, des hommes comme Chauvelon, Téry, une femme comme Maria Vérone, ont abordé la même discussion; je suis malheureusement au-dessous de ma tâche, mais je liens à dire que dans la devise de la Ligue — car celle devise existe — une partie au moins doit être supprimée, ce sont les mots : (( Parl'épée! » [Applaiidiasemoitti.)

Si M. le Président et le Conseil général de la Ligue considèrent qu'il n'y a pas de devise oflirielle, s'ils ne veulent pas en prendre la responsabilité devant la Ligue elle-même, devant ceux qui la regardent et l'espionnent, ils doivent du moins prendie devant nous l'engagement de la supprimer purement et simplement. (Souvcaux (ipplaudisscmoils.ï

Je liens à ajouter autre chose, quitte à paraître incorrect, inconvenant même. Je tiens à protester contre les paroles de M. le Président disant que le Congrès île la Ligue n'a pas à s'immiscer dans les affaires administratives. C'est lànnegrosse question; j'estime que nous représentons la Ligue, et que vous, -Monsieur le Président, vous, Monsieur le Président du Conseil général, vous êtes nos mandataires, comme les Députés, les Conseillers généraux et les Conseillers municipaux sont les mandataires de leurs électeurs. Vous êtes ici pour exéculf-r nos <lécisions et non pour nous imposer les vôtres.

}t. le Président. — La parole est à M. Le Foyer.

U. Lucien LeFoi/er. — Messieurs, je suis particulièrement gêné pour i)rendre la parole, mai> il me semble que j'ai un devoir à i'em[)lir; puisqu(> jt; suis un peu connu comme i)acifisle — bonne on mauvaise rfiiomméc - el ([Uf, d'autie part, je suis membre du Conseil général de la Ligue, — bonne renommée assurément...

J(! voudrais vous rappeler ce que la Ligue a fait pour la pro- |)agalion des idées pacifistes, depuis peu de temps sans doute, mais en tous cas avec une admirabb' décision el uni^admii-abb' ardeur.

(Vest eti li»()2 que la question du pafiiisn)e, de la paix par la justice, de la paix par le droit, l'ut mise à l'ordre du jour dun Congrès de la Ligue. C'était un acte de hardiesse. Sous ()iiellc forme cela s'est-il fait? Sous la Ibrme d'une >< commii-

iiicalioii » sans vote. Depuis, je liens à le dire, on a prisl'iniliative, au bureau de la Ligue, d'introduire la question de l'enseignement des idi'es pacilistes dans l'ordre du jour du XXIV" Congrès d'Amiens, sans qu'à ma connaissance ceux qui, parmi les membres du Conseil général, sont le plus attachés aux idées pacifistes, aient eu besoin de faire une proposition. C'est spontanément, par la voie particulièrement précise de la parole écrite, c'est-à-dire mûrement réfléchie, longuement méditée et destinée à porter ses fruits, à produire tous ses effets, c'est, dis-je, par la voix de M. Robelin que la Ligue a exprimé, hier, dans cette salle môme son adhésion solennelle aux principes de la paix. {Ajiplaïulissements.'

Je voudrais maintenant vous faire remarquer combien vos doctrines ont été hautement publiées par ceux qui sont à la tète de cette Ligue, et qui sont les méritants — disons le mot ^ que vous savez.

Qui vient de prendre la parole tout à l'heure? C'est Ferdinand Buisson, celui qui, dès 1869, si je ne me trompe, a été traité par la réaction de « sans patrie », parce qu'il voulait l'union des peuples! (Vf/s applauilisscments.)

El puis, nous vous disons ceci : Non seulement la voix du corps électoral, que vous êtes, a été entendue, mais l'initiative a été prise par l'organe central de la Ligue, par son bureau, il s'engage dans la voie des idées pacifistes; eh bien! Citoyens,, n'ayez pas l'air — vous ne le voudriez pas et cela ne répondrait pas à votre pensée — d'infliger un désaveu à. un corps élu qui représente si fidèlement, qui représente si profondément les idées non seulement légitimes mais généreuses des mandants qui l'ont nommé. [Trèsbien.) Ne brisons pas ce mafriiilique faisceau symbolisé dans le faisceau républicain des licteurs, ne brisons pas ce faisceau de bonnes volontés qui constituent la Ligue française de l'Enseignement. Non, n'ayons pas l'air d'infliger un pareil désaveu quand ou vous comprend si bien, quand on répond si bien à votre pensée et à vos sentiments intimes.

Je comprends qu'on ait pu s'imaginer — et je me l'imaginais bien un peu moi-même — que la devise de la Ligue de l'Enseignement était une devise officielle, et, en vérité, puisqu'elle figure sur un papier imprimé, cela ressemble bien à

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une devise officielle. Ce qu'il y avait de gèiianldans ce caractère officiel que nous croyions reconnaître à celle devise, c'est qu'il eût fallu une décision du Congrès pour la modifier, la transformer ou la reléguer au second plan. Mais nous voyons qu'il n'en est rien; il n'est pas besoin de la volaliou d'un Congrès pour défaite, changer ou améliorer ce que la volatioii antérieure n'a pas l'ait.

La direction delà I>igue, le Conseil général et son Président, à l'époque où il fallait sauver, avec la Krance, les idées littérales, les idées révolutionnaires, les idées avancées, a fait briller cette épée. C'était bien, il le fallait alors. Mais maintenant l'heure est passée; et c'est du côté du livre que nous nous tournons; ruainlenanl notre devise, — si tant est qu'il y en ait une, pour moi il n'y en a pas — mainlciiaiit la vignette, si vous voulez une vignette, c'est celle du 10 juin.

Kh bien, citoyens, permellez-moi de conclure dans ce sens. Oui, nous nous dévouerons plusque jamais avec unefoi apostolique, avec une foi dogmatique pour accomplir notre œuvre. Ou craint quelquefois, dans ces congrès, de faire du dogmatisme, d'être affirmatif, de livrer à un idéal toute sa pensée, de lui donner tout son cœur, mais, moi, je suis un dogmatique el je désire que nous le soyons tous, car ce que nous voulons, c'est le progrès social, c'est le bonheur humain, c'est la paix entre tous les hommes. Nous ferons de ce doguiatisme, età coup ?ùr nous irons vers une moisson plus ample. Mais nous ne loferons pas en nous divisant entre nous; nous le ferons avec rins|)iration que nous croyons juste, bonne, républicaine, démocratique des membres du Conseil général el des membres du bureau de la Ligue. Je parle du bureau de la Ligue parce que je n'en fais pas partie ; ceux (|ui le composent sont de tout cœur avec nous. .Mais ne nous divisons pas; réunissons-nous au contraire avec les idées généreuses que nous échangeons. {Applaudissements.)

M. le l'iésideut. — La parole est à M. Rodrigues.

M. liodriijucs. — .Messieurs, ji; regrette d'avoir à prendre la parole après l'apostrophe très éloipicnte de mou ami Le Koyi-r. .Lai cru comprendre, dans quelques-unes de ses paroles, ainsi que dans celbis (h; M. l-'enliiiand Huisson, que peut-ôlre il y aurait un terrain d'entente entre ceux des con-

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pii'ssistes — et j'en suis — qui considèrent que sinon officicllotneiit, sinon en vertu de la votation d'un congrès, du moins moralement, notre Ligue a, en quelque sorte, adopté comme sa devise ce qui se trouve au bas de cette ligure « Par le livre et par l'épée >>, et ceux qui sont d'un avis tout opposé.

Pourquoi voir figurer cette devise comme elle figure encore aujourd'hui...

M. le Président. — Ce n'est pas une devise. Vous n'avez pas remarqui^ qu'elle n'y est pas. Il y a une vignette, ce qui est une question de papeterie, et, sur la devise, ce qui est une autre question.

M Hodrlguci;. — Je voulais dire qu'il y a une circulaire qui porte la date du 20 août 1004 et au-dessous de la vignette je vois la devise — ne l'appelons pas la devise, si vous voulez — je vois les paroles de Jean Macé.

Je crois qu'il est facile d'arriver à nous entendre. Puisqu'on effet c'est là une question de papeterie, attendu que M. Buisson vous a montré qu'actuellement, sous la nouvelle vignette, ne figurent pas les paroles de Jean Macé, j'estime qu'on pourrait retirer l'ordre du jour qui a été déposé.

M. le Président. — La parole est à M. Hauser.

M. Hauser. — Je ne voudrais pas, si avancée que soit l'heure, laisser le Congrès sous l'impression qu'une question aussi grave que celle-ci, c'est une question de papeterie : il s'agit en réalité de tout autre chose.

Il s'agit de savoir si la Ligue veut rester fidèle à un idéal tracé au moment de sa constitution, ou si pour des raisons qu'elle aie droit d'avoir, elle change d'attitude.

M. le Président, dans un langage à l'éloquence duquel on ne peut que rendre hommage, a rappelé le passé de la Ligue, et avec un courage plus mi'titoire qu'on ne le suppose, n'a rien renié de ce passé dont il a fait partie. Dans ses fonctions antérieures il a joué comme éducateur national un rôle qu'on lui reproche dans certains cénacles soi-disant avancés.

Non, mon cher président, vous n'avez rien à regretter. Le jour où vous avez envoyé à tous les instituteurs les instructions qui sont dans toutes nos mémoires, où vous avez suscité

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cet admirable mouvement qui a relève la Fiance devant l'étranger et qui a lait surgir la moisson d'or des blés à l'abri des baïonnettes, je liens à vous dire que ce Jour-là vous avez bien mérité de la patrie et de l'humanité. {Applaudissements. )

(Ml (lit que la situation a changé, que la Fiance n'est plus menacée, mais pourquoi? Parce que des hommes commeJcan Macé ont fait un vigouri'ux ellort. Vous dili's (]ue cet elTort n'est plus nécessaire. Qu'en savons-nous? nous sommes des idéalistes, il nous plaît de rêver une humanité nifill(>ure où les Irontières ne seront plus que de simples limites analogues à celles qui sépai'Ciit les anciennes piovinc<'s. .Mais pour cela il laut être non pas deux, mais des centaines .|ui nous garantissent que les visées humanitaires qui font honneur à la France seront partagées par ceux qui nous enlourent.

Qui nous dit que les choses se passeront ainsi? On pense à la fraternité des peuples et on se réveille sous la boite de l'ennemi, vl vous savez ce que nous coûtent de pareils réveils [ApplaitdisRemeyits. )

Lorsque nous rétléchissons aux choses actuelles que voyonsnous? La France n'est pas une nation ordinaire, c'est une nation qui fait des expériences pour rhiimanilé, elle opère pour son propre compte et elle l'ail bénelicier l'humanité de ses ex[)ériences redoutables.

Que fait-elle en ce moment? File entreprend d'élever un peuple avec les seules lumières delà raison, de faire l'éducation en iM\ d(îmandantrien à des puissances su[)érieiires. Cela ne s'est jamais fait el cela ne se fait nulle pari.

File essaye également de constituer un gouvernement des hommes par eux-mômes; c'est encore une expérience, et de plus elle a entrepris des expériences sociales de la plus haute gravité. KUe voudrait créer un étal social où tous les hommes aient la juste rémunéialion de leur travail, et elle entrevoit l'heure lointaine sur le cadran de l'humanile où les relations du capital et du travail auront disparu, puisqu'au travail salarié sera snbstilué le liavail associé.

Qui nous dit (|ue les institutions capitalistes étrangères el les or-g.inisalions cléricales ne feront pas contre la France révoliiiioMuaire du xx° siècle ce qu'elles ont fait contre la U6volution (In xvnr siècle? {Trrs hirn ! Tirs bien!)

Cetlo Révoliilion s'ôtait faite par le livre à la suite de, Voltaiie et de Huiisseau, mais ce n'est pas par le livre qu'elle a pu st! défendre, c'est par l'épée ou le cauon, — les événemeiils qui se passent actuelleuienl nous en donnent une preuve, — qui sont encore la dernière raison des peuples.

Cette question est donc plus haute qu'une question de librairie : c'est une question d'orientation.

Je parle ici à des instituteurs elàdes institutrices et je leur dis : vous avez cette responsabilité redoutable d'élever des Français, vous avez à défendre non pas seulement la patrie française, mais tout l'idéal humain que la France porte en elle. Àllcz-vous dire à ces enfants : vous défendrez la France par le livre, puis ce sera tout; si on vous attaque, pas d'épée, c'est un vilain instrument?

Vous avez à faire l'éducilion non d'une secte, mais d'un peuple libre. Ce peuple doit rester libre non pas seulement parce que c'est la France, mais parce qu'il porte en lui le trésor de rhunianitr.

Je demande qu'on ne change rien à la devise de la Ligue. Qu'elle soit officielle ou pas officielle, il ne faut pas la réduire.

Je supplie le bureau delà Ligue de rester fidèle àJeanMacé, et M. le Président de la Ligue de rester fidèle à lui-môme, de rester fidèle à son glorieux passé. Nous atteindrons ainsi tout naturellement notre idéal d'aspirations pacifiques et patriotiques; par le livre, s'il se peut, et par l'épée s'il le faut. {Applaudissements.)

M. Albert Surier. — Citoyens, personne ici n'a plus que moi un respect mêlé de sympathie profonde pour le Président de la Ligue. Mais il me permettra de lui poser une question. Oui ou non ces mots : -. Par l'épée » figurent-ils dans la devise de la Ligue de l'Enseignement? S'ils n'y figurent pas, je suis en droit de dire à notre Président qu'il a dépensé sa chaude éloquence pour une chose qui n'existe pas, et que nous demandons la suppression d'une chose qui n'est pas. Il y a là quelque chose de paradoxal.

Nous sommes fondés à dire nettement que nous ne sommes pas venus seulement comme membres de la Ligue, et comme membres de renseignement, mais que nous sommes venus

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apporlcila parole socialiste et l'esprit socialiste. (Applaudissements.)

Nous soiimies en train de demander la siippressici de mots qui sont, dans une institution quasi officielle, uiu" sorte de menace pour les peuples étrangers. [Mouvement.)

Je savais, citoyens, que je soulèverais quelque tempête...

M. Fouquct. — A propos de quoi?

M. Surier. — C'est mon habitude d'agir loyalement et l'ranchement.

M. Fouquct. — C'est abominable de jeter de pareiilt's paroles après une journée de travail telle que celle-ci. iliruit.)

Le Président. — Laissez parler l'orateur.

M. Fouquct. — Je demande la parole. Je demande que tons les orateurs se fassent inscrire suivant qu'ils sont pour ou contre le maintien de la devise.

M. Surier. — Ces mots ne sont pas pour m'empècher de parler. Je demande à tous ceux qui sont ici si, dans la Ligue, ils veulent faire œuvre pacifique ou tenir un glaive au-dessus des peuples?

M. Fouquct. — Dites sur quoi le glaive a pesé!

M. Surier. — Ces mots : " Par l'épée >•, au sein d'un Congrès de la Ligue qui a passé deux jouis de discussion labolieuse à défendre une sorte de symbole guerrier!...

J'ai entendu, au cours de la discussion, tous les rapports présentés devant vous; je n'ai vu qu'une seule fois un appel à la fraternité universelle des peuples et à l'amour des liommes les uns pour les autres! {.'{pplnudissciucnls.)

J'entends bien, on défend un symbole. Mais (]u'est-ce que lépée a à faire dans la Ligue? Vous unissez des mots qui jurent de se trouver ensemble, <■ par le livre et par l'épée! » (Applaudissements.)

Je demande simplement qu'on sii(ii>rime cette devise, qu'on avoue une bonne fois qu'elle n'existe pas, et je demande au Congrès, sans renoncer à la grande œuvre de Jean Macé, ni sans diminuer en quoi que ce soit cette grande figure, sans porter la moindre attaque à sa mémoire et tout en respectant luufondément .M. l'eidinand Unisson, je demande que nou> nous déi-larious i)aeifis!es.

.Nous devons iléclarer liautemenl que l'épée n'a rien à voir

parmi nous, que nous n'avons que des sentiments d'estime, d'all'ection et d'amour pour tout le monde. C'est cela que nous voulons enseigner dans les écoles et pas autre chose {Applaudiiiscinents.)

Ferdinand Buisson a prononcé tout à l'heure des paroles qui m'ont choqué, je dois l'avouer, et qui m'ont d'autant plus choqué qu'elles sortent de la bouche d'un homme dont les senlimonls profondément républicains et démocratiques ont fait leurs preuves.

II nous a dit tout à l'heure: C'est une tâche qui appartient au Conseil général de la Ligue. Le Congrès n'a pas à intervenir dans celte discussion.

. J'ai déjà suivi bien des Congrès; eh bien, un Congrès n'a d'ordre à recevoir de personne, il est souverain. [Applaudissements.)

il donne des ordres mais n'en reçoit pas.

Ce qui sortira de cette discussion que je ne veux pas envenimer, mais dans laquelle j'interviens avec ma conviction profonde de républicain et de socialiste, ce ne sont pas des vœux, ce sont des ordres que nous donnerons.

Vous direz, vous Congrès, si vous voulez la suppression de ces mots, mais je vous supplie avant de voler, de réfléchir qu'à celle heure encore si vous maintenez dans cet exergue de la Ligue ces mois « par l'épée », vous paraissez donner un semblant de raison aux obscurs et misérables fantoches de l'enseignement primaire qui se groupent sous les oripeaux d'une réaction agonisante. (Applaudissements.)

M. Lucien Le Foyer. — Je m'excuse. Monsieur, de revenir une dernière fois devant vous. C'est qu'il me semble impossible que cette discussion très haute et un peu passionnée n'aboutisse à un vote et à un vote d'union.

Je crois qu'il serait bon, plutôt que d'ouvrir de nouveau demain un débat qui a déjà été singulièrement ardent aujourd'hui, de tirer la morale et de dégager la conclusion de ce débat, et je pense qu'on peut le faire de la façon suivante :

Oui, le Conseil général et le bureau sont l'émanation du Congrès. Oui, ils doivent tenir compte — et croyez bien qu'ils en tiennent compte — des opinions exprimées à droite et à gauche. Leur devoir et leur raison d'être sont de maintenir,

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pour ainsi parler, ri'qiiilihre onln> les plateaux de la halaiirp, riiarmonie entre les rraclions du Congrès.

Ksl-il quelqu'un ici qui voudrait voir la Ligue, le Congrès d'Amiens, sur une question si haute, se diviser? Messieurs, qu'il se lève! Qui veut la division parmi nous? Personne ne veut la division. {Applaudissements.)

Kh bien, je crois qu'après celle délibération sensationnelle (passez-moi le mot vulgaire mais expressif), il y a ime autre parole formulée, il y a un nioinent de marqué, dans cette évolution de la Ligue que je vous signale. Messieurs, la l.iguc évolue. La Ligue s'éloigne de l'année terrible, la Ligue, sans cesse, davantage, s'attache aux idées de droit, aux idées de paix, de justice inletnalionale. Kh bien, après avoir, daiis celle discussion mémoiabli-, mieux marqué, comme vous le marquez au cours de raiinée par des lettres fréquentes que reçoit notre secrétaire général, n'est-ce pas, mon cher Robelin?... {M. Léon Hobelin fait un signe d'assentiment.)

M. Lucien Le Foyer. — ... Chacun verra l'orientation que les sociétés adhérentes à la Ligue veulent voir se préciser dans l'année qui va venir.

Lt puis, il y a 3.300 sociétés adhérentes et je crois qu'il serait bon, sur une question comme celle-là, que l'on procédât comme on l'a lait pour des questions qui touchent moins intimement à la pensée profonde et au cœur de la Ligne. Si nous ne faisons pas un référendum, du moins, nous écouterons et nous suivrons la pensée des sociétés adhérentes.

V.n dernier mol : on a insisté sur la devise figurant avec la vignette sur les imprimés de la Ligue; on a parlé de «papeterie-), et il faut bien en jiarler (après tout, c'est une sorte de bulletin de vole indiquant l'orieMlation de la Ligue); eh bien, le président de la Ligue vous a montré que depuis le VJ juin, avec du papier nouveau rappelant cette admirable fêle, la Ligue a marqué son orientation, semblable à la vôtre.

Finissons sur une pensée d'union. M. Ferdinand Buisson n'est pas suspect, je ne suis pas suspect non plus, je crois? {No)i! non! — Apjilaudissevieuls.)

Finissons paj- une pen'^ée d'union et bornons-nous à dire,

si vous le voulez bien, que le Conseil génér-al soumolira l'année prochaine au Contrrês la question de la devise et qu'il vous donnera salislaclion.

M. le l'rcsident. — Messieurs, nous sommes une assemblée de flélégues, nous sommes composés de représentants de 3.000 sociétés ; vous voyez qu'un certain nombre de représentants ne sont plus en séance et, dans ces conditions, nous pourrions terminer.

Il n'y a moyen de terminer ce soir que si nous pouvons nous entendre sur une pensée d'union, comme dit notre ami, M. I.e Foyer. Je ne cherche pas du tout à presser le vote en ce sens, mais je vous demande et je demande en particulier à nos amis socialistes et au citoyen Surier, dont je connais très bien la droiture, et à qui je reconnais le droit de poser toutes les questions qu'il m'adresse {Applaudissements): Que voulez-vous faire? Quel genre de manifestation voulez-vous faire ? Voulez-vous faire une manifestation socialiste et liaeifisle?

Sur plusieurs bancs. — Oui.

M. le Président. — Kh bien, je ne vous dénie pas le droit de le faire. Mais avez-vous l'intention de faire cette manifestation socialiste et pacifiste au prix de l'union entre nous tous, membres de la Ligue de l'Enseignement? Voulez-vous, vous, socialistes, tirer la couverture à vous à ce point qu'il n'y en ait pins que pour vous et que vous soyez seuls les maîtres?

Ou bien — je pose loyalertient la question à Surier, — (parce que je sais très bien qu'il n'y verra pas une injure, pas plus qu'il n'y avait d'injure dans la question qu'il m'adressait), je dis : si ce n'est pas votre intention, — et je suis convaincu que vous n'avez pas l'intention d'enlever un vole in extremis, un vote pénible pour tout le inonde, au point de vue du sentiment, et très compromettant pour l'existence d'une société, — de compromettre l'existence d'une société qui a un long passé et, permettez-moi de le dire, un glorieux passé, qu'est-ce que vousvoulez?Vous voulez qu'il soit bien avéré que la Ligue de l'Enseignement ne s'est pas affiliée cl en quelque sorte attachée indéfiniment à l'une de ces formules historiques par lesquelles elle a passé. Vous nous demandez qu'il n'y ait pas -de devise officielle, de mots qui peuvent être interprétés

aiti L ÉCOLE UALJÛLKDULI

dans un sens chauvin. Kh bien, citoyen?, réfléchissez que vous vous ballez ici contre une supposition purement cliiinériquc.

Vous êtes en présence d'un bureau qui relève de voii>^, qui lire en effet de vous tous ses pouvoirs, mais il y a un pouvoir qui est au-dessus del'assemblée, c'est la force des choses. Les faits sont là: je vous mets au défi d'apporter une délibération quelconque d'un congrès quelconque, décrétaiil qu'il n'y a jamais eu de devise officielle à la Ligue.

J'ai donc le droit de dire qu'il n'y en a pas et je le déclare an nom des faits. Vous vous battez contre une supposition.

Oui, il pourrait arriver qu'on dit : cette devise n'est pas l.i devise oITiciolIc, mais elle passe pour l'être, l-ln effet, vous seriez exposes à ce risque si nous vous deniaudions de la maintenir. Mais nous ne vous demandons pas cela. Voilà nos circulaires d'aujourd'hui et l'on n'y trouve pas cette devise. Contre quoi vous battez-vous, si ce n'est contre des moulins?

Vous voyez bien que nous ne défendons pas celte devise, sinon comme une des formes de la pensée nationale et républicaine que nous ne voulons pas désavouer. C'est du passé qu'il s'agit. Nous ne rougissons pas de ce qu'a fait Jean Mac»', ni de ce qu'il a écrit et signé en 1872. Des républicains militants d'alors, tous les violents les jeunes étaient alors violents) se sont ralliés au mouvement énergique de défense matérielle, militaire, (|u'onl provoqué les républicains et dont le grand honneur a appartenu à Ciambetta.

Nous nous sommes ralliés autour de Jean Macé, nous avons dit que c'était notre devoir de républicains de nous défendre par l'épée et je ne rougis ni pour moi, ni pour la Ligue, ni pour les républicains, de cette formule qui n'a jamais été une devise officielle, mais l'expression écrite du cœur de Jean .Macé et de tous les patriotes d'alors.

J'aimerais mieux donner immédiatement ma démission de président de la Ligue [non! non!) que de consentir à infliger, sous quelque forme que ce soit, un vole de blàuie à la mémoire de Jean Macé et à la conduite de ceux de nos prédécesseurs qui élaienl avec lui.

Personne au monde ne vous demande d'ériger en dogme cette formule qui n'était, je le répète, que le cri du cœur

d'un patriote. Nous n'avons pas à la rayer comme devise; otficielle, puisqu'il n'y en a jamais eu, et ce n'est pas en 1004, au Congrès d'Amiens, après avoir volé ce que nous avons voté tantôt, que nous allons proclamer la nécessité d'une devise officielle : autant vaut nous demander d'avoir un catr-cliisme. Nous n'en voulons pas. Vous battez-vous contre l'absence de devise?

Avouez alors que vous voulez faire, sous prétexte et à l'occasion d'un détail, une manifestation de dissolvants dans la Ligue.

Telle ne peut pas être l'intention dos socialistes qui sont en même temps, parceque socialistes, de fermes républicains. Us ne veulent pas, en ce moment, dissoudre le bloc. Nous sommes un bloc intellectuel, logique, comme à la Chambre il y a un bloc parlementaire; et il n'importe pasà laconscience de nos amis soéialistesde remporter sur nous celte victoire néfaste, de démolir le bloc républicain de libres penseurs que représente la Ligue de l'Enseignement. {Applaudissements.)

iNous demandons par conséquent à nos amis de constater que la formule et que l'image dont il s'agit appartiennent à l'histoire de la Ligue. Non seulement le bureau ne vous propose pas de maintenir éternellement la vignette et la formule, mais il a, au contraire, pris l'initiative avant vous et sans vous de les supprimer dans les papiei's qu'il vous distribue.

Vous êtes donc en présence d'un bureau qui va spontanément où vous voulez le mener. Mais, si voulez le mener par la force d'un vole qui aurait, aux yeux du pays, le caractère odieux d'un désaveu et d'un blâme infligé au patriotisme de Jean Macé et de ses contemporains, nous n'y consentirons pas. {Applaudissements.)

M. Grandvilliers. — Après les déclarations que nous venons d'entendre et devant l'ennemi qui guette à nos portes, .ie crois inutile de prolonger la discussion. [Mouvements divers.)

Tout ce qui devait être dit l'a été. Je crois que nous avons dit tout ce (jue nous avions dans l'esprit et dans le cœur et que nous devons clore ainsila discussion :

Prenant acte de la déclaration loyale du Président de la Ligue faite au nom du Conseil général :

378 L IXOLE d'aLMOLHDIILI

t** F.e Congrès vole un ordre du jour de confiance au l*résidenl el au Conseil général.

2° I^eCongrès se réserve d'agiler ulléiieuretnenl, dans une prochaine réunion, la question qui avait failli jeter la discorde dans celle-ci.

M. le Président. — Je demande qu'il n'y ait pas de devise, parce que la question qui se présente aujourd'hui se teprésenlei-a aussi bien dans un an; ce sera toujours l'acheinincinent à une l'ormule soit politique, soit sociale; nous ne voulons pas, nous, bureau actuel, nommé par vous, nous ne voulons pas de formule; nous sommes di-s hommes libres comme vous, nous accomplirons notre mandat, el nous en rendrons compte, mais nous ne voulons pas l'aire ce que nous reprochons à toutes les éf,'lises d'avoir fait; elles ont ruiné la liberté de la pensée humaine en l'enchainanl à de petites formules, à des mots «Dieu »,« Foi", << Ame», <- Immortalité », à deux ou trois mots comme ça; avec ces deux ou trois mots, on installe la (vrannie, et on installe précisément loiille contraire de la libre pensée. .Nous vous demandons de ne pas nous imposer dans le présent, ni dans l'avenir, une devise ayant un caractèrt^ politique, social ou autre. Après la déclaration que nous faisons qu'il n'y a pas eu de devise officielle, nous vous prions de voter l'ordre du jour suivant :

'< Le Congrès prend acte des déclarations du Président affirmant qu'il n'y a pas de devise olficielle de la Ligue, et passe à l'ordre du jour. » (ApplaïulùiscmentsprolonQcs.)

M. A. Surier. — Citoyens, s'il a pu un seul instant se former dans la pensée de notre l»résident que j'avais pris la parole ici pour faire uneteuvrede dissolution, il s'esl l[(»iiipé ou je me suis mal exprimé, el je lui en demande pardon. [Bravos. — Très bien!)

J'ai 8im()leMienl apporté ici des idées qui me sontcommunes avec un certain nombre de membres de cette assemblée ; mais je prends acte des déclarations de notre Président, à savoir qiK! celle devise qui avait pour nous une apparence quas» olliciplle, je dirai môme olficielle, n'existe pas, qu'elle n'a jamais existé, qu'elle ne figurera sur aucun des papiers officiels de la Ligue. Cela faisant, s'il est parmi vous (|uel- •qu'un qui veuille proposer un ordre du jour de confiance à

Fcrdiri.'inil lUiisson (il au Conseil général de la Ligue, je le vole des deux mains,et, j'en suissùr, nous ne nous séparerons pas sur une pensée de désunion. Nous ne donnerons pas à la France républicaine ce spectacle que nous, des hommes de paix cl de l'ralernité, de bonlé et d'accord, nous nous en allions en nous montrant lepoiiig; et c'est jusiemcnl au nom des mêmes principes que j'ai decnandi' la suppresion de ces mois; c'est au nom des principes de fraternité universelle et d'accord commun que j'ai souscrit à la proposition qui a été faite ici, en vue d'une action commune, fraternelle, pour la même œuvre de vérité et pour la République, le socialisme n'attendant son succès que d'elle. [Applaudissements.]

M. le Président. — Citoyens, je vous propose Tordre du jour suivant :

" Le Congrès, prenant acte des déclarations du Président, allirmant qu'il n'y a pas et qu'il ne saurait y avoir de devise oiticielle de la Ligue, passe à l'ordre du jour .»

L'ordre du jour est adopté.

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