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Renan, Bnmus

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Cette date de 1598 est une date capitale dans l'histoire de l'enseignement secondaire.

Ici commence la grande lutte qui s'est poursuivie depuis Henri IV jusqu'aux dernières années du règne de Louis XV entre l'Université et l'Ordre des Jésuites. Ceux-ci, après avoir ouvert le collège de Clermont en 1563, avaient été condamnés et chassés à la suite de leur procès avec l'Université et de l'attentat de Jean Chatel. Mais ils avaient été rappelés en 1603, et avaient obtenu de nouveau l'autorisation d'enseigner. Leur force réside dans leur ténacité qui a usé les hostilités les plus vives et lassé les plus longues patiences. Ils ont exercé une influence profonde sur notre pays, car ils ont été à la fois des éducateurs habiles et les adversaires les plus redoutables de la société moderne.

Comparons, à cette minute décisive, leurs programmes avec ceux de l'Université.

Voici quel était sous l'empire des statuts de 1598 le plan d'études des collèges royaux'.

1. Nous rappelons que sous l'ancien régime il n'y avait aucune distinction précise entre renseigneinentsecondaire et l'enseignement supérieur, que la Faculté des Artsétait comme le vestibule des autres Facultés et que les collèges étaient si bien agrégés aux Facultés des Arts qu'ils se confondaient avec elles*

Tout d'abord, maîtres et élèves étaient tenus de parler latin.

« Dans les classes inférieures consacrées à l'étude des règles de la grammaire, on expliquait quelques pages des lettres familières de Cicéron, des comédies de Térence et des Bucoliques de Virgile ; un peu plus tard, Salluste, César, les Offices de Cicéron, ses discours les plus aisés, l'Enéide, les Métamorphoses et les Héroïdes d'Ovide ; en seconde et en première ou rhétorique, les Tusculanes, les dialogues De Oratore et De Claris Oratoribus, les Partitions oratoires, les Topiques et les grands discours de Cicéron, les Institutions de Quintilien, Virgile, Horace, Catulle, Tibulle, Properce, Juvénal, Plante et Perse. La connaissance du grec que Bude, Danès, Turnèbc, Henri Estienne et les autres hellénistes du xvi^ siècle avaient restaurée en France, n'était pas, à beaucoup près, aussi négligée qu'elle l'a été depuis, et les élèves des classes d'humanités se familiarisaient avec Homère, Hésiode et Théocrite. Ils voyaient quelques dialogues de Platon, quelques discours de Démosthène et d'Isocrate, les hymnes de Pindare et d'autres ouvrages encore, au choix des professeurs. Ainsi, l'antiquité grecque ou latine, dans ce qu'elle avait produit de plus

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accompli, se trouvait appelée à former le jugement et le goût des nouvelles générations*.

« En développant les objections d'Aristote contre les philosophes qui l'avaient précédé, les statuts recommandent au professeur de rejeter les questions oiseuses que la barbarie scolastique avait introduites, mais que réprouve, dit le législateur, la politique du siècle, bien que certains

1. « La gradation des classes n'est pas établie clairement par l'ordonance de réformation, toutefois, dès cette époque, le cours des études était partagé en six années, non compris la philosophie- On possède encore le programme de l'enseignement du collège de Narbonne pour l'année 1599; les objets d'étude y sont répartis de la manière suivante: en sixième, le rudiment, les genres et les déclinaisons des noms ; en cinquième, les prétérits et les supins des \erbes avec la revision des déclinaisons et des genres; en quatrième, la syntaxe, la quantité, la grammaire et la revision des prétérits et des supins ; en troisième, la quantité, les figures, un abrégé de rliétorique et la revision de la syntaxe et de la grammaire grecques. Le programme ne fait pas mention de la classe de seconde. La rhétorique proprement dite est consacrée à l'étude approfondie de la langue grecque, à la versification et à la lecture des auteurs. Rien de semblable n'existe dans les statuts ^e 1598 : ils contiennent seulement un assez grand nombre de dispositions sur l'emploi du temps. Ainsi, sur six heures de classe qui avaient lieu chaque jour, une Jieure devait être consacrée à l'élude des préceptes ; les cinq autres à l'explication et à l'imitation des auteurs, et aux différents l'xercices qui formaient les élèves à parler et à écrire. Chaque jour, deux heures, la sixième du matin et la cinquième du soir, étaient employées à des compositions en vers ou en prose, à des disputes de vive voix. Jl était recomramandé aux écoliers de s'exercer à réciter de mémoire et à déclamer. Tous les samedis, ils présentaient au principal leurs travaux de la semaine, et ceux qui ne présentaient pas au moins trois thèmes latins ou grecs, signés de leurs professeurs, étaient punis. La rhétorique devait être enseignée par

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esprits trop sévères prétendent les maintenir parmi les objets d'étude * ».

Le statut de 1598, après avoir réformé les programmes, assurait par des mesures sévères la loyauté et la moralité des examens. Il exigeait des élèves un certificfit d'identité et de bonne conduite et des juges le serment de rester étranger à l'intrigue et de n'admettre au baccalauréat que les candidats qui en seraient véritablement dignes.

Mettons en regard des programmes de l'Uni -

un seul professeur; les statuts allaient jus(|ua défendre d'eu avoir deux, l'un pour le matin, l'autre pour le soir; c'était une sorte de protestation contre un usage récent que les Jésuites avaient introduit. Mais l'enseignement qui donna lieu aux dispositions les plus détaillées, c'est celui de la philosopliie. Les écoliers, aux termes des statuts, ne devaient point passer en philosophie avant que les principaux se fussent assurés qu'ils avaient étudié la grammaire et la riiétorique, et qu'ils savaient le grec et le latin. Le cours durait deux ans qui étaient consacrés à la lecture jwur ainsi dire exclusive des livres d'Aristote dans l'ordre suivant : première année, le matin, les ouvrages de logique, d'abord l'Introduction de Porphyre, les Catégories, puis successivement le traité de l'Interprétation, les cinq premiers chapitres des premiers Analytiques, les huit livres des Topiques, enfin les derniers Analytiques où se trouve contenue la théorie de la démonstration que le maître était invité à expliquer avec un soin tout particulier. Le soir : explication de la Morale d'Aristote. Seconde année, le matin : Physique d'Aristote ; le soir : sa Métaphysique: si le professeur ne jugeait pas pouvoir l'expliquer tout entière, il devait insister sur les livres I", IP et XP, et en approfondir l'exposition. A dix heures, le matin, on étudiait la sphère et quelques livres d'Euclide.-» Jourdain, Hhtoire de l'Université de Paris.

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