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Traité des Éludes, liM-e IV

France ne figure pas dans ses programmes. Pourtant, les meilleurs esprits d'alors et au premier rang d'Aguesseau, un des plus sincères admirateurs du 7raité des Etudes, se rendaient compte de l'urgente nécessité pour les jeunes gens de ne point rester étrangers dans leur propre pays : « Quoique l'on puisse profiter dans l'étude des historiens de toutes les nations, écrivait-il en 1716, c'est cependant à celle de notre pays que nous devons principalement nous attacher. Les unes sont pour nous l'agréable et l'utile, l'autre c'est l'essentiel et le nécessaire; nécessaire pour tout homme éclairé qui ne veut pas vivre comme un étranger dans sa patrie, encore plus nécessaire pour un homme destiné à servir la République, qui ne saurait bien la servir sans la connaître parfaitement*». Rollin ne donne pas non plus aux sciences le rang qu'elles méritaient d'occuper. Le Traité et le projet de réforme des règlements de l'Université préparé en 17^0 sous son influence, font mention de la physique et de l'histoire naturelle, mais sans les dégager des mathématiques et en les confinant, comme ces dernières, dans la classe de philosophie. Les sciences n'ont pas

1. Instructions sia^ les éludes propres à former un magistral, première instruction.

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de maitre spécial; elles sont considérées toujours comme une dépendance de la vieille logique. Leurs méthodes diverses, l'inductive et la déductive, sont trouvées depuis un siècle, et les pédagogues les mieux intentionnés et les mieux informés, comme Rollin, n'ont encore aucune idée de leur utilité et de leur importance dans la formation des esprits.

Cette erreur a pour conséquence d'isoler l'Université du mouvement scientifique et philosophique du xvm^ siècle. Qu'il s'agisse de VEsprit des Lois de Montesquieu, du Contrat social de Rousseau, du prodigieux mouvement d'idées nouvelles auquel d'Alembert, Diderot et les autres encyclopédistes ont attaché leur nom, qu'il s'agisse de l'œuvre de Buffon, où la doctrine de l'évolution est en germe, du de l'œuvre de Lavoisier, qui a ouvert la voie à la chimie contemporaine, tout cela se produit et s'élabore en dehors de l'Université.

Vers le milieu du xvni^ siècle, les esprits anxieux sentaient crouler un monde et attendaient le trait de lumière qui éclairerait les routes (le Favenir. Le Discours préliminaire fut la lueur souveraine et libératrice. Le Discours inaugura le

lègne de Im science. Or il se trouva, par une

inéluctable logique, que le mouvement philosophique était en même temps un mouvement pédagogique. La plupart des philosophes du xvH^' siècle ont une doctrine de l'éducation. On connaît celle que d'Alembert a développée dans l'article collège de V Encyclopédie, où il demande que les langues mortes soient apprises, non pour les parler, mais pour les entendre, que le français, l'histoire, la géographie et même les langues vivantes soient les matières essentielles de l'enseignement, et que les sciences, les mathématiques et la géométrie en particulier, y tiennent la place d'honneur. On connaît aussi celle que Rousseau a colorée de sa passion éloquente, tant dans le mémoire présenté à M. Dupin pour l'éducation de son fils (1749) que dans V Emile. « Des mots, encore des mots et toujours des mots » lui paraissent comme la fin dernière de c( ces risibles établissements qu'on appelle collèges », alors que l'enseignement des réalités et des faits devrait précéder tous les autres, et qu'il faudrait faire primer tous les livres par le grand livre de la nature. On se rappelle enfin celle que Diderot a mise en lumière dans son Plan d'une Université russe et qui se compose d'étages superposés avec des connaissances

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nouvelles d'une ulililé de moins en moins grande. On commence en bas par les mathématiques, on continue par les sciences expérimentales, et l'on finit par les langues anciennes, la poésie et l'éloquence. Parallèlement et pendant toute la durée des études, deux enseignements essentiels se développent : d'un côté la métaphysique et la morale, de l'autre l'histoire et la géographie, auxquelles s'agrège l'économie politique et sociale.

Lorsque les jésuites furent expulsés en 1762, le Parlement voulut profiter de cet événement, non seulement pour mettre l'enseignement dans la dépendance de l'État, mais encore pour rajeunir les Universités, en renouvelant leurs programmes et leurs méthodes. Il y eut, de 1762 à 1767, une période féconde. Après bientôt un siècle et demi, les idées qui furent défendues alors n'ont pas vieilli. Elles semblent dater d'hier, tant par le souci de protéger les conquêtes de l'esprit philosophique que par le sentiment des nécessités d'un enseignement secondaire vraiment national. Les Parlements — et ici il importe de rectifier une erreur fréquente — n'ont pas été les ennemis des Universités. Lorsque La Ghalotais, dans son E.'imî sur réchication nationale, écrit ces lignes si

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françaises : <f Gomment a-t-on pu penser que des hommes, qui ne tiennent point à l'État, seraient capables d'élever et d'instruire la jeunesse d'un royaume? L'enthousiasme et les prestiges de la dévotion avaient livré les Français à de pareils instituteurs, livrés eux-mêmes à un maître étranger. Quelle inconséquence et quel scandale! Je prétends revendiquer pour la nation une éducation qui ne dépende que de l'État, parce qu'elle lui appartient essentiellement, parce que toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d'instruire ses membres, parce qu'enfin les enfants de l'État doivent être élevés par les membres de l'État* » ; lorsque Guy ton de Morveau, dans son mémoire au Parlement de Dijon, écrit à son tour : « Il s'agit de former des citoyens, de graver dans l'âme de l'enfant l'empreinte de la patrie et lui donner des connaissances qui le préparent aux diverses fonctions de la vie civile^ » il est bien évident que ce ne sont pas les Universités que visent La Chalotais et Guyton de Morveau; ils n'en veulent pas à leurs privilèges; c'est au contraire pour elles et avec elles qu'ils

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