A. Debidoui'j L'Église H l'État en France, p
La grande maîtrise fut supprimée ; on lui substitua une commission d'instruction publique où la plupart des membres de l'Université furent rem- ]>lacés par des ecclésiastiques choisis parmi les plus ardents meneurs de la réaction. Les écoles primaires furent mises sous la surveillance et l'autorité des curés. La cocarde tricolore fut de nouveau proscrite et considérée comme un emblème séditieux. Dans les collèges, les tambours ne battaient plus la diane, c'étaient les cloches qui sonnaient le réveil. Les messes expiatoires pour Louis XVI et Marie-Antoinette et les requiems pour les victimes de la Révolution remplacèrent les Te Deiim des victoires. Dans les cours que traversaient jadis les héros de la grande épopée, lorsque partant pour la Vistule ou le Rhin ils venaient serrer leurs fds sur leur poitrine chamarrée, on ne vit plus que des hommes inconnus et des prêtres qui parlaient de ramener la France à ce qu'elle était sous ses rois légitimes. Des régiments étrangers campaient sur les places publiques. On racontait que des soldats de Marengo et de Friedland mouraient de misère sur des grabats, que des généraux étaient fusillés et que les baïonnettes autrichiennes mettaient à la raison 1g8 patriotes qui, las de tant de honte, s'insur-
geaient contre le régime nouveau. La jeunesse des écoles supportait en frémissant ces humiliations*. Elle regrettait l'Empire et son régime de fer qui du moins lui versait l'ivresse de la gloire. Elle avail salué avec enthousiasme le retour de l'île d'Elbe et aux Cent Jours elle avait souscrit pour équiper des soldats ^. Elle voua à la Restauration une haine implacable. Des révoltes éclatèrent dans les lycées et dans les collèges et comme l'administration ne put pas les réprimer, les ultra s'en prirent encore à l'Université et réclamèrent de nouvelles garanties contre les « libéraux » et les « sabreurs ».
Mais soudain on se ravisa; on vit que le système napoléonien avait du bon, qu'il ne s'agissait que de le plier aux besoins de la Restauration et de l'accommoder à ses principes. On l'y accommoda si bien qu'on finit par l'incorporer au pouvoir plus étroitement que sous l'Empire ^ Alors, par l'ordonnance du l^'" novembre 1820, on établit un Conseil royal de l'instruction publique ; on rétablit la grande maîtrise en 1822 et, le 26 avril 1824, on créa le Ministère de l'Instruction pu-