Arrêté du 28 septembre
mission en Allemagne pour étudier le fonctionnement des écoles bourgeoises et Guizot, par la loi de juin 1833, créa l'enseignement primaire supérieur. Cet enseignement fut organisé d'abord à part et en dehors de l'enseignement secondaire. Mais, pour lui donner plus de prestige, Villemain le rattacha, en 1841, au collège classique. Il vint se fondre avec les cours spéciaux créés dans le même but par M. de Vatimesnil. Enfin, en 1847, M. de Salvandy tenta de lui donner sa charte: «A partir de l'année scolaire 1847-1848, disait le statut de 1847, il sera établi successivement dans les collèges royaux et communaux un enseignement spécial différent de l'enseignement littéraire et parallèle à cet enseignement, où les élèves, sur le vœu de leurs familles, seront admis après la quatrième : cet enseignement comprendra trois années. » Nous le retrouverons bientôt.
De 1830 à 1848, les questions d'éducation et d'instruction tiennent une grande place dans l'opinion publique et dans les travaux du Parlement ; on cherche des solutions ; on les trouve ; mais on hésite quand il faut passer de la théorie au fait ; les moyens d'exécution manquent. On imagine beaucoup; on réalise peu.
Le rénovateur par excellence eût été Victor Cousin, s'il avait agi comme il pensait. Le premier, après son voyage pédagogique en Allemagne en 1830, il proclama qu'en France il n'y avait rien entre l'école primaire et le collège. Le premier encore, dans son mémoire sur l'instruction secondaire dans le royaume de Prusse, il entrevit en partie ce que, soixante-dix ans plus tard, devait organiser notre réforme de 1902 : « La division des classes inférieures, écrivait-il, comprendrait trois ou quatre années, depuis la sixième jusqu'à la quatrième ou la troisième inclusivement. Ce temps est à la fois nécessaire et suffisant pour éprouver et cultiver les dispositions des élèves par un bon ensemble d'études. Dans cette première division, ce qu'on a besoin de savoir, quelque profession qu'on embrasse plus tard, un cours d'histoire générale avec un cours spécial, substantiel et précis de l'histoire de France. De même pour la géographie. Le cours de mathématiques, en trois ou quatre années, embrasserait aisément tous les éléments ; on y joindrait un peu de physique et d'histoire naturelle. Pour les langues anciennes, il faudrait s'attacher beaucoup plus à la solidité qu'à l'étendue de l'enseignement. Le grec ne devrait commencer qu'en quatrième. Le
latin devrait commencer au moins en cinquième pour être conduit plus loin que le grec, parce qu'il est d'une utilité plus générale. Je voudrais enfin que, dans les deux dernières années, il y eût un cours spécial de langue française où les jeunes gens fussent exercés à écrire et à composer en différents genres et initiés à la lecture de nos écrivains classiques. 11 faudrait ajouter à cela un cours de langue moderne, de la musique et un peu de dessin... Quiconque voudrait passer dans la division supérieure subirait un examen sévère, dont les professeurs de cette division devraient être chargés, sous la présidence d'un délégué du ministère... Celle-ci serait subdivisée en deux sections : les sciences et les lettres et, à la fin, un cours commun de philosophie. '^Bien entendu, il y aurait des cours^de littérature pour les savants et des cours de sciences pour les lettrés; mais enfin la spécialité dominerait. C'est alors que dans la section des lettres, les études grecques et latines pourraient être poussées assez loin, puisque les élèves de cette section se destineraient aux carrières pour lesquelles le grec et le latin sont jugés nécessaires ou très utiles. L'enseignement historique porterait alors très convenablement sur l'antiquité aussi bien que sur les temps modernes.
Ainsi seraient exercées, par une culture spéciale, les forces de tous et de chacun * . » Le passage est suggestif; il faudrait tout citer. Victor Cousin fut ministre de l'Instruction publique du 1" mars au 29 octobre 1840. Que lui manqua-t-il pour appliquer ses idées? La volonté, ou le temps? Ni l'un ni l'autre. Mais Victor Cousin se laissa arrêter par l'obstacle auquel se sont heurtés tous les ministres de l'Instruction publique qui ont entrepris de réaliser des réformes : la liberté de l'enseignement. Sous le régime de Juillet, les meilleures volontés furent paralysées par ce principe qui, inscrit dans la charte de 1830, ne cessa jamais d'être réclamé par les libéraux et par les conservateurs.
1. Mémoire sur l'instructibn secondaire dans le royaume de Prusse. Applications à la France. Édition de 1837.