ÉCOLES ET ÉCOLIERS AU MOYEN AGE
L'enseignement secondaire date de la première apparition du Tiers-État; il est contemporain des croisades et des communes. Il prend naissance dans l'Université de Paris, c'est-à-dire à l'origine, dans la réunion des étudiants et des maîtres qui fréquentaient les écoles fondées par Abélard et l'école cathédrale installée dans le cloître de Notre-Dame.
L'Université de Paris, fondée au xii*" siècle, se
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développa rapidement ^ Elle n'avait d'abord que deux Facultés, bientôt elle en posséda quatre. Au xiv^ siècle, au moment de sa plus grande prospérité, les Facultés étaient classées dans l'ordre suivant : théologie, droit, médecine, arts. La Faculté des arts préparait à toutes les autres Facultés. Elle enseignait le trivium et le quadrivium. Le trivium comprenait la grammaire, la rhétorique et la dialectique. Le quadrivium comprenait l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie ^ Cet étroit domaine s'élargit peu à peu avec le temps et, après deux siècles d'efforts, la Faculté des arts brisa le cadre où l'avait enfermé sa puissante rivale, la Faculté de théologie, et ouvrit ses portes aux lettres, aux sciences et à la philosophie. Alors, elle inscrivit dans ses programmes, le français, le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe, le provençal, la poésie, l'éloquence, l'histoire, la métaphysique, la morale, la politique, le droit, la physique et la navigation ^
1. Nous ne nous occupons dans cette étude que de FUniversité de Paris qui était, alors comme aujourd'hui, le régulateur des études. Les Universités provinciales furent fondées après elle. Les plus anciennes après Paris sont celle de Montpellier qui date de 1220 et celle de Toulouse qui date de 1233.
2. « Trive et cadruve » contenaient tout l'enseignement des sept arts* 3» Victor Le Clerc, Hisloire liUérairede la France, p. 419 et suiv.
(( Le caractère distinctif de la Faculté des arts, c'est que l'enseignement y était nettement séparé des épreuves qui précédaient la collation des grades. Cette différence tenait sans doute à la jeunesse des étudiants qui étaient autorisés à suivre les cours avant l'âge de quinze ans et à la nature de son enseignement qui servait à la culture générale de l'esprit sans préparer à aucune profession... Les études de la Faculté des arts correspondaient donc à ce qu'on appelle aujourd'hui les classes supérieures de lettres, troisième, seconde, rhétorique et philosophie ^ »
Les écoliers du moyen âge prenaient tous le nom d'étudiants. Ils se groupaient selon leur pays d'origine, et le groupe constituait une nation. Il y avait les nations France, Picardie, Normandie, Angleterre, Allemagne.
Les écoliers formaient dans toutes les Universités un petit monde à part, ayant ses privilèges, sa discipline et sa justice.
A Paris, ils étaient confinés dans l'ile de la Cité ; mais au xni^ siècle ils passèrent la Seine et s'installèrent dans la partie de la ville comprise entre le pont de la Tournelle, la montagne Sainte-
1. cil. Thurot, De l'Organisation de l'tnseUjnemeiit dans l'Université de Paris au moyen âge. p. 36.
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Geneviève, la porte Saint-Jacques et la tour de Nesles.
Le long du fleuve, s'étendait jusqu'à l'endroit où se trouve actuellement l'esplanade des Invalides, le Pré-aux-Glercs, vaste prairie bordée de peupliers et de saules où les écoliers allaient s'ébattre et vider leurs querelles.
L'Université était très jalouse des privilèges dont elle jouissait sur le Pré-aux-Glercs et sur la rive gauche de la Seine. Vers 1170 un habitant de Paris ayant ensemencé du blé sur le Pré-aux-Glercs, le recteur de l'Université se rendit en pompe sur les lieux, suivi des doyens, des régents, des chantres et des écoliers, et arracha le blé de ses propres mains. En 1278, les moines de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés ayant disputé aux étudiants le droit de pèche dans le petit bras du fleuve, ceux-ci se ruèrent sur les moines, les armes à la main. Les moines ripostèrent. Il y eut une bataille en règle. On ramassa des morts des deux côtés ^
Les maîtres et les étudiants vivaient entre eux connue les membres d'une grande famille. Leur âge^ la communauté de leurs études et aussi la communauté de leur misère les rapprochaient.