Gréard, Éducation et Instruction, t. II, pp
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précisé en quelques formules saisissantes, le caractère de sa réforme : « L'étude des langues classiques à la fois ajournée et concentrée, la composition latine cessant d'être le point culminant, le but final, la sanction suprême des études, la leçon de choses, le calcul mental, les premiers éléments de l'histoire naturelle et des sciences expérimentales substitués, dans les classes élémentaires, au culte assidu des déclinaisons; une construction pédagogique par périodes triennales ou par étages permettant d'opérer, aux différentes phases de l'adolescence, les sélections nécessaires que réclament également l'intérêt des familles et la variété des aptitudes; l'élève et le maître associés d'une manière plus étroite dans un labeur commun, le professeur s'élevant au rang d'éducateur et tous ces progrès accomplis par une Université ayant repris le gouvernement des études, affranchie du régime de défiance et d'amoindrissement qui avait pesé sur elle depuis 1870, formant un corps vivant, organisé, ayant son initiative et sa liberté, sa dignité et son indépendance . »
La réforme de 1880 fut suivie, en 1882, d'une réforme de l'enseignement spécial. Il devait en être ainsi jusqu'au jour où nous avons pu réaliser
enfin l'unité de l'enseignement secondaire. Après avoir tenté de réformer l'un, on essayait de réformer l'autre. Une Commission spéciale, sous la présidence de V. Duruy, avait été chargée d'élaborer un projet. La Commission du Conseil supérieur, dont M. Morel fut le rapporteur, édifia la réforme sur ces premiers travaux. Quel en était l'esprit? C'était, pour employer les termes mêmes de M. Morel : « une répartition nouvelle comprenant, outre un cours élémentaire dont les programmes seront les mêmes que ceux de la division correspondante de l'enseignement classique, deux séries d'études graduées et méthodiques, en d'autres termes, un cours moyen et un cours supérieur, l'un de trois, l'autre de deux années. Le premier suffirait aux élèves qui veulent entrer le plus tôt possible dans les carrières auxquelles conduit naturellement l'enseignement spécial ; le second recevrait ceux qui désirent pousser plus avant leurs études, et aborder après une préparation plus sérieuse toutes les professions pour lesquelles la connaissance du latin n'est pas exigée* ». On voulait, en remédiant aux désertions fâcheuses et aux déchets que subissait
1. Rapport prèsenlé au Coîiseil siipéneur au nom de la Cotnmissien de renseignement spécial, p. 3.
l'enseignement spécial en cours de route, créer un enseignement secondaire d'un nouveau type.
« Nous entendons, ajoutait M. Morel, combler dans la mesure du possible la distance qui sépare le spécial du classique, et non seulement munir les élèves de notions pratiques et immédiatement utiles, mais aussi leur donner un peu de cette culture désintéressée et supérieure qui est le but et l'honneur de l'enseignement secondaire ; enfin, s'ils n'ont pas le privilège d'étudier directement l'antiquité grecque et latine, du moins la leur faire connaître par son histoire et ses principaux monuments littéraires autant qu'il est nécessaire aux honnêtes gens d'un pays comme le nôtre* ». De là, par une conséquence inévitable, la création de ce baccalauréat de l'enseignement secondaire spécial qui bientôt, allait réclamer ses sanctions.
La double réforme de 1880-1882 ne subsista pas longtemps dans son organisation première. Tout d'abord, en ce qui concerne l'enseignement classique, de bons esprits ne tardèrent pas à s'apercevoir que, sur certains points, le but avait été dépassé. On avait été emporté en 1880 comme
1. Rapport jirésenté au Conseil supérieur au nom de la Commission de r Enseigne ment spécial, p. 4.
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par une sorte d'ivresse scientifique, on avait élargi si considérablement les programmes, qu'on y avait fait tenir tous les résultats acquis de presque toutes les sciences. L'excès était frappant : « Apprendre moins de choses pour en savoir mieux quelques-unes, a écrit M. H. Michel mais étudier celles-ci d'après les principes et selon les méthodes inaugurées en 1880, voilà ce que les élèves et leurs familles désiraient, voilà ce que les professeurs, en grande majorité, réclamaient ^ »