Discours du Concours général du 4 août
une méthode de culture générale et humaine, mais ne pas confondre ces deux enseignements, tel a été le dessein de M. Léon Bourgeois, tel a été le but poursuivi de 1880 à 1891.
Les résultats n'ont pas répondu aux espérances qu'avait fait naître ce long effort. L'esprit de la réforme ne paraît pas avoir été compris. L'entreprise répondait, par la place plus large qu'elle donnait aux sciences et aux langues vivantes, à des nécessités économiques et sociales évidentes. Que s'est-il donc passé ? Il semble que, dès la mise en œuvre des nouveaux programmes, la pensée qui les avait inspirés a été faussée. Une déviation de départ a produit en quelques années des conséquences imprévues et regrettables. L'enseignement nouveau qui devait être un et autonome, qui devait avoir une personnalité distincte, est devenu une doublure de l'enseignement classique. Du moins on lui a adressé ce reproche et c'est ce qui l'a le plus gravement compromis. D'autre part, les partisans du nouvel enseignement demandaient pour le baccalauréat moderne, scindé lui aussi en deux parties, l'équivalence avec le baccalauréat classique. Sans cette équivalence, disaient-ils, ce moderne menait les jeunes gens dans une impasse. Mais les classiques pré-
tendaient qu'en admettant que les deux enseignements fussent égaux en valeur, ils étaient inégaux en durée et que c'était accorder un 'privilège exorbitant, une prime injustifiée au moderne que de lui donner l'équivalence des sanctions, car il était plus court d'une année que le classique. Ils faisaient remarquer, en outre, que par cette équivalence on encouragerait un grand nombre d'établissements libres d'enseignement primaire supérieur, congréganistes ou laïques, à se transformer, en mettant un bachelier à leur tête, en établissements d'enseignement secondaire pour le plus grand dommage de l'enseignement public et du niveau général des études... Les esprits impartiaux, — et ils sont nombreux dans l'Université, — demandaient à leur tour, si l'enseignement moderne, tel qu'il était, évoluant autour d'un axe non point scientifique, mais littéraire, quoique sans latin et sans grec, correspondait aux nécessités de la société moderne et constituait l'enseignement fort et pratique que l'on avait souhaité. On le jugeait trop littéraire pour un enseignement réel et trop scientifique pour un enseignement classique.
« La direction de l'enseignement moderne doit être surtout scientifique , disait M. Ber-
thelot devant la Commission d'enquête de J899, tandis qu'aujourd'hui on en a fait, en somme, un second enseignement classique d'un ordre inférieur, c'est-à-dire un enseignement littéraire et fondé sur les langues modernes au lieu de l'être sur le grec et le latin. Or, c'est là une conception fausse et qui paralyse tout l'essor du nouvel enseignement et les fruits que l'on espérait en tirer...
» A l'heure actuelle et dans l'état présent de la civilisation des races européennes, il faut que l'esprit de nos enfants s'habitue de bonne heure aux conceptions et aux méthodes scientifiques... Ce sont ces conceptions, ces méthodes, ces idées qui devraient prédominer dans l'enseignement. A ce point de vue, je pense que l'enseignement moderne a été en partie faussé.
» Au début, on lui avait donné une forme scientifique assez générale que l'on a restreinte de plus en plus jusqu'à un degré tel que l'on en a fait une véritable doublure de l'enseignement classique ^ »
Et plus tard revenant sur cette question capitale, M. Berthelot ajoutait :