‹ L'école et la vieChapitre 72 sur 113 · Berthelot, Science et Éducation · texte numérisé non relu

Berthelot, Science et Éducation

Mais il n'y a pas que les savants qui proclament la valeur éducatrice de la science. Les philosophes tiennent le même langage. « La science, dit M. Boutroux, est aujourd'hui notre parure et notre orgueil ; bien plus, c'est d'elle que nous vivons ; elle réagit sur l'esprit qui la crée et il semble qu'elle soit en train de le transformer jusque dans son fond. »

M. Fouillée signale comme l'un des premiers besoins de la société « la croissante nécessité des études scientifiques qui résulte de l'incessant progrès de la science, devenue elle-même le plus puissant agent de transformation dans la vie moderne. »

Nous ne sommes plus au temps, en effet, où l'on pouvait soutenir que les études scientifiques faussent l'esprit et dessèchent le cœur. Non seulement on reconnaît l'utilité des sciences, mais aussi leur vertu moralisatrice. Personne ne nie les services incalculables que rendent chaque jour à la fortune publique, au bien-être moral et matériel, la chimie, la physique, la mécanique, la physiologie, l'astronomie. Par la continuité de leurs progrès et par la variété de leurs applications, les sciences transforment les conditions mêmes de l'existence humaine. Agriculteurs, industriels,

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commerçants, soldats et iiavigaieuis, ingénieurs et médecins sont leurs tributaires. Aux uns elles apportent la richesse, aux autres elles donnent la sécurité et la puissance. Le mot de Bacon « le savoir, c'est de la force » domine notre époque. Si on proclame que les sciences servent merveilleusement les intérêts matériels, on sent aussi que les sciences portent en elles une source profonde d'émotion. Au système du monde qu'enseignaient les philosophes grecs et la Bible, a fait place le système réel du monde tel que les savants l'ont observé et décrit, et il se trouve que la réalité scientifique est incomparablement plus grandiose que les hypothèses, les rêves et les fables des imaginations les plus ardentes. Les découvertes de ces grands songeurs qui s'appellent Archimède, Galilée, Kepler, Newton, Lavoisier, Lamark, Laplace, Guvier, Le Verrier, Claude-Bernard, Pasteur, parlent au cœur autant qu'à la raison et éveillent en nous les plus nobles enthousiasmes.

Le rôle de la science, si grand qu'il soit, est pourtant limité, et le positivisme, lui-même reconnaît que la science ne peut tout expliquer, qu'elle ne peut répondre à toutes les aspirations et qu'elle reste hésitante devant le problème de la]]vie inté-

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rieure ^ Il y a dans l'àine humaine un désir de connaître les liens mystérieux qui unissent l'être et l'objet à l'idée, un pouvoir d'imagination, une inclination à donner un but idéal à l'activité de l'homme, à poursuivre dans le monde moral et réel la beauté et l'harmonie parfaites, « une faim des choses spirituelles >», selon le mot de Pascal, qui ne peuvent trouver leur apaisement que dans les spéculations philosophiques et dans ce genre d'études dont Cicéron disait qu'elles sont la joie de l'âge mûr et la consolation de la vieillesse.

La culture scientifique et la culture classique ne s'excluent donc pas l'une l'autre. Ces deux modes de perfectionnement de l'esprit se complètent, car ils répondent à deux besoins innés de l'homme. Les études classiques et scientifiques doivent se pénétrer, se prêter un mutuel appui, et sans désordre, sans rivalité, nous conduire vers le même but. Elles doivent concourir chacune par leurs vertus propres à préparer des esprits élevés et robustes, munis à la fois d'idéal et de connaissances positives.

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