‹ L'école et la vieChapitre 73 sur 113 · LES GROUPES A OPTION · texte numérisé non relu

LES GROUPES A OPTION

l'enseignement réel — LE BACCALAURÉAT

Le grand défaut de nos études était l'uniformité qui résultait de la rigidité des programmes. Tous les cerveaux étaient soumis aux mêmes disciplines ; tous les esprits étaient coulés dans le même moule.

Cette uniformité faussait l'enseignement luimême et dévoyait les vocations. Combien d'élèves qui, faute de trouver dans les études classiques un aliment qui répondît à leurs aptitudes et à leurs besoins, s'isolaient dans la classe, indifférents à ce qui se faisait autour d'eux et peu à peu découragés ou rebutés, finissaient par renoncer à tout

effort et n'emportaient du collège que le dégoût de l'étude et de l'action!

Beaucoup de ces mauvais élèves, à charge au professeur et à eux-mêmes, auraient été peut-être de brillants sujets dans un autre ordre d'enseignement. Ces élèves étaient des déclassés dans les études gréco- latines. En les rendant au milieu dans lequel ils auraient été capables de se développer, on les aurait sauv(''s et on aurait relevé du même coup les humanités. Celles-ci ont, en effet, tout à gagner à n'avoir pour clients que ceux qui les aiment. Elles formeront une élite ; c'est le but véritable qu'elles doivent poursuivre K

L'uniformité présentait un autre inconvénient. Elle entraînait la surcharge des programmes. Gomme on sentait que toutes les intelligences n'étaient pas de même qualité et que les jeunes gens n'avaient pas les mêmes aptitudes, on avait été amené, par des additions successives, à mesure que le champ de la science s'étendait et que des besoins nouveaux se manifestaient, à faire de nos programmes de véritables encyclo-

1. Les rapports parvenus au Ministère de l'Instruction publique après une première année d'application des réformes de 1902 et malgré les tâtonnements de la mise en œuvre, constatent que la branche gréco-latine est prospère et que jjcnnroup d'élovcs sont restés fidèles au greo.

pédies où chacun devait trouver ce qui lui était utile.

Mais comment débrouiller ce chaos? Gomment choisir ? Beaucoup de jeunes tètes pliaient sous le poids des connaissances dont on les accablait. L'essentiel pour obtenir de bonnes études, ce n'est pas d'avoir des programmes fortement nourris , c'est d'avoir des programmes bien ordonnés, simples et clairs, « car sans cela, dit Daunou, on peut, dans la jeunesse et à tout Age, parcourir, efïïeurer, traverser un grand nombre de connaissances, sans en acquérir aucune ».

Le système était condamné. Il fallait débroussailler, aérer le champ des études, séparer nellement les différentes cultures.

Dès lors le meilleur moyen était de créer, à côté des anciennes humanités, une forme d'éducation positive et pratique qui répondît aux besoins des professions agricoles, industrielles, commerciales et coloniales.

Le système nouveau a été édifié d'après ce principe. Il repose sur une forte base primaire et se compose de quatre t3^pes, assez souples et assez complets, pour répondre à toutes les vocations et à toutes les aptitudes.

Le cours d'études est divisé en deux cycles : l'un de quatre ans, de la sixième à la troisième, et l'autre de trois ans.

Le premier cycle comprend deux groupements de matières : l'un avec latin obligé et le grec facultatif, où prédomine le caractère classique des anciennes humanités ; l'autre sans latin, où prédomine le caractère scientifique.

Les programmes sont établis de telle manière qu'il soit toujours possible de corriger une erreur de direction, et que les élèves puissent passer d'une branche à l'autre sans difficulté. Les matières sont groupées de telle sorte que l'élève, qui abandonne ses études après le premier cycle, emporte un bagage formant un tout complet de connaissances utilisables, au lieu de n'emporter, comme autrefois , que des lambeaux incohérents de différentes matières.

A la fin de ce cycle, les professeurs pourront délivrer à l'élève un certificat d'études qui sera, pour celui qui continuera ses classes un sérieux examen de passade et une excellente note à produire au moment du baccalauréat et qui constituera pour celui qui quittera le lycée une attestation de bonne culture élémentaire.

Le second cycle se subdivise en quatre branches;

la variété s'accuse, les programmes se diversifient de plus en plus.

Les pelotons qui marchaient dans la même colonne se séparent. Les élèves qui se destinent aux grandes écoles et qui iront s'inscrire aux Facultés, ne restent plus confondus avecles autres. C'est la dernière étape où l'on se dit adieu. Autrefois tous les élèves, qu'ils se destinassent à la médecine ou au droit, à l'industrie ou au commerce, marchaient dans les mêmes sentiers, subissaient les mêmes épreuves ; rivés à la même chaîne, bon gré mal gré ils se suivaient, l'un traînant l'autre. Maintenant, la chaîne est brisée et chacun peut choisir librement sa voie : greclatin, latin -sciences, latin - langues vivantes, sciences-langues vivantes et se munir du bagage de connaissances qui servira le mieux ses projets et ses intérêts.

On remarquera que le latin, qui formait la base des humanités traditionnelles, figure dans trois types et que les sciences et les langues vivantes entrent chacune dans la composition de deux types.

Désormais plus de rivalité entre le classique et le moderne, plus d'équivoque, plus de difficultés pour les familles. Les mots de classique et de

l'école et la vie. 2il

moderne disparaissent. Les deux enseignements sont équivalents en valeur et égaux en durée, et l'épreuve qui les couronne confère les mêmes privilèges.

Enfin, sur le tronc commun vient se greffer, à partir du second cycle, une cinquième branche, la branche courte, qui représente l'enseignement réel. Celui-ci n'aura qu'une durée de six ans ; il ne donnera lieu à la délivrance d'aucun diplôme. Il aura surtout le caractère pratique et reposera sur les sciences et les langues vivantes enseignées en vue de l'application.

Ce dernier enseignement ne sera pas seulement caractérisé par une durée plus brève et par son orientation utilitaire ; il le sera aussi par la souplesse de ses programmes qui varieront avec les régions. Entre l'enseignement primaire, dont les programmes sont fixes et l'enseignement secondaire qui est sensiblement le même partout, nous aurons un enseignement dont les cours d'études, essentiellement variables, seront arrêtés par les Conseils municipaux, les Conseils généraux, les Chambres de commerce et les Chambre d'agriculture d'accord avec les recteurs des Académies et avec l'approbation du Ministre et qui se pliera aux nécessités économiques du pays.

L'enseignement à branche courte ne sera pas le même dans les régions industrielles, que dans les régions maritimes et dans les régions agricoles. Cet enseignement répondra aux besoins de cette clientèle toujours plus nombreuse qui a besoin de sortir de bonne heure de nos écoles pour peupler les ateliers, les comptoirs, les colonies et les champs et qui, sans aller jusqu'au secondaire proprement dit, a besoin de s'élever plus haut que le primaire*.

Nous aurons ainsi réalisé un grand progrès social ; car dans l'enseignement secondaire réformé nous aurons fondé un régime capable de développer toutes les aptitudes et de donner à chacun l'instruction appropriée à ses besoins et à son milieu.

On dira que nous avons enlevé à l'enseignement secondaire son antique simplicité. C'est vrai ; l'unité des grands âges classiques est passée. La vie est plus diverse et multiple qu'elle ne le fut jamais et le champ de la science s'élargit chaque jour davantage. La diversité croissante de l'instruction est la conséquence inévitable de la diversité croissante des aspirations et des besoins.

Page 1