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A. Croizet et Boissier, Enquête parlementaire

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D'autres se sont laissés séduire à l'idée d'un examen intérieur, analogue à l'examen de sortie des gymnases de certains pays étrangers. Les discussions ouvertes à ce sujet ont fait écarter ce système. Il ne saurait être appliqué sans soulever beaucoup de difficultés. Le sentiment de la justice et de l'égalité, si vif dans notre pays, no permettrait pas de condamner une catégorie d'élèves à un régime d'examen déclaré inapplicable aux élèves de l'Enseignement public, en raison dps nombreux inconvénients qu'il présente. Au surplus, même s'il était appliqué à tous les élèves indistinctement, ce ne serait pas sans danger. Il provoquerait entre les lycées et les collèges un genre de concurrence qui ne serait pas de bon aloi. A bref délai, il déprécierait la valeur des diplômes ; on verrait bientôt monter le nombre des bacheliers et baisser le niveau des études, le système exposerait les maîtres, juges de leurs propres élèves, à des sollicitations, à des imputations, à des rancunes, qui aggraveraient singulièrement la difficulté de leur tâche ; la politique s'en mêlerait et il est aisé de prévoir ce qui se passerait dans les collèges par exemple qui dépendent des conseils municipaux, s'il se rencontrait des professeurs intransigeants avec leur

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devoir et leur conscience. On voit ce que pourrait produire dans un tel milieu l'hostilité sourde ou déclarée d'une ligue des refusés.

Nous n'avons donc pas supprimé le baccalauréat Nous l'avons réformé.

En réalité, tous les inconvénients du baccalauréat, et ils étaient graves, résultaient d'un manque d'unité et d'harmonie entre le travail normal de la classe tel qu'il était réglé par les plans d'études et les épreuves de l'examen.

Établissons la concordance entre l'examen et les exercices essentiels, de telle sorte qu'il y ait ici et là, même programme, même niveau, môme esprit et l'élève n'aura plus qu'à faire simplement une bonne classe pour passer un bon baccalauréat. Il sera débarrassé du même coup de l'inquiétude de se voir interrogé sur des matières qu'il n'a pas étudiées et de l'obligation d'entreprendre dans la dernière année cet immense travail de récapitulation, à coups de manuels, cet effort démesuré de mémoire où son intelligence succombe.

Dans nos plans d'études, pour toutes les classes et dans toutes les sections, si l'on y regarde de près on est amené de reconnaître que la part faite à la mémoire, aux choses qu'il faut apprendre et

retenir n'est guère que la part strictement nécessaire. Bien plus importante au contraire — et c'est la caractéristique des études secondaires françaises — est la part réservée à l'intelligence, à la réflexion, à l'imagination, à la recherche, à l'invention, à l'efl'ort personnel. Une comparaison attentive des régimes d'études en France et à l'étranger fait ressortir cette différence essentielle. Partout plus que chez nous, on attache du prix au savoir précis, positif, aux faits, aux lois, qu'il s'agisse de grammaire, d'histoire, de géographie, de littérature, de sciences naturelles ou mathématiques. En France, nous en attachons davantage à la formation du jugement et du raisonnement, au bon goût, à l'art de penser, de composer, d'écrire. Nous cherchons moins à meubler les esprits qu'à les former ; nous visons moins l'acquisition des connaissances que le développement des capacités et la création des habitudes. Il suffît d'assister à quelques-unes de nos classes, ou de jeter un coup d'œil sur le tableau hebdomadaire du travail imposé à nos écoliers pour s'en convaincre, ce sont des versions et des thèmes, des narrations, des discours et des dissertations ; des explications de textes, des problèmes qui constituent l'exercice le plus ordinaire et servent

pour ainsi dire de pain quotidien. Si donc l'examen est fait exactement à l'image et à la ressemblance de la classe, la classe étant telle qu'on vient de le dire, et plus que jamais elle le sera, ce n'est point par l'entassement d'une énorme quantité de matières dans la mémoire que l'élève sera tenté de préparer l'examen.

Le Baccalauréat ne porte pas en soi, dans son principe même, de vice essentiel, incurable et rédhibitoire.

Les inconvénients qu'il présente proviennent, comme nous le disions plus haut, d'une divergence entre le régime des études et le régime de l'examen. Que l'accord succède à la divergence, et les inconvénients auront du même coup disparu. L'objet des dispositions nouvelles introduites dans le régime du baccalauréat a été de réaliser cet accord.

C'est à cette fin que nous avons modifié les programmes de l'examen, les formes et conditions des épreuves, ainsi que la composition des jurys.

Le programme de l'examen ne dépassera plus, en aucun cas, le programme de la classe qui y prépare directement. Il en comprendra tous les enseignements et tous les exercices ; il leur assignera une importance proportionnelle à celle

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qu'ils ont dans la classe même ; les jurys ne seront plus exclusivement composés de membres de l'enseignement supérieur. Ils comprendront des professeurs ou anciens professeurs de collège ou de lycée, et chaque examinateur interrogera sur la partie des épreuves relevant de sa compétence spéciale. Enfin, la production du livret scolaire sera obligatoire et aucun candidat ne pourra être éliminé sans que les notes du livret aient été consultées et que le jury en ait délibéré.

Ces dispositions auront pour effet de laisser l'élève à sa classe et à son maître et de le délivrer, autant que faire se peut, de l'aléa inhérent à tout examen. Ainsi réformé le baccalauréat deviendra effectivement pour les études secondaires une garantie et une sanction.

Mais c'est moins le baccalauréat lui-même que les prérogatives qu'il confère qui constituent pour les études la sanction véritable. C'est la nature des prérogatives attachées à tel ou tel diplôme qui, entre plusieurs genres d'études, détermine le choix.

A quoi bon avoir conçu, dans le plan d'études général, des sections diverses pour répondre aux aptitudes et aux besoins divers, si, par l'inégalité des sanctions attachées à chacune d'elles, cer-

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taines sections se trouvaient d'avance discréditées? A quoi bon avoir offert en apparence aux familles une entière liberté de choix si, en fait, la préoccupation naturelle, de la part des parents, d'assurer à leurs enfants l'accès au plus grand nombre possible de carrières imposait, d'avance et dès l'origine, l'entrée dans telle ou telle section ?

La consécration de la réforme, c'était l'égalité des sanctions. Il n'y avait plus d'ailleurs d'illusion à se faire : ce qu'on n'aurait pas accordé par un traité de paix équitable eût été, à bref délai, emporté de haute lutte. A la Chambre, en 1897, sur la proposition de M. Jules Legrand, il s'en était fallu de deux ou trois voix seulement que l'enseignement moderne, quoique d'une durée plus courte, fût mis en possession de toutes les sanctions de l'enseignement classique. Depuis cette époque, la thèse de la prétendue égalité, qui n'aurait été que la plus criante des inégalités, avait fait du chemin. Les études classiques étaient menacées du plus grand danger qu'elles aient eu à courir. La Commission parlementaire inclinait vers l'équivalence des sanctions, et je sentais que si je livrais bataille devant la Chambre je succomberais. Ma défaite eût entraîné la perte irrémédiable des humanités.

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Au point de vue social, l'égalité pure et simple telle que la voulaient les défenseurs du moderne aurait eu les plus funestes résultats, car elle aurait précipité vers les carrières libérales déjà encombrées une foule d'élèves qui n'y pensaient pas et qui n'auraient pas manqué d'y aspirer dès qu'on leur aurait offert pour y aboutir une voie plus facile et plus courte. On allait vers un but diamétralement opposé à celui que l'on prétendait atteindre ; mais on y allait sans vouloir même regarder si on ne s'était pas trompé de chemin. Le sentiment de l'égalité est si fort dans notre démocratie et domine à ce point tous les autres, que l'on aimait mieux accorder à une partie de la jeunesse des avantages identiques à ceux dont jouissait l'autre partie, môme si elle n'en avait que faire, plutôt que d'organiser à son usage et pour son bien un enseignement nouveau.

Il n'y avait qu'un moyen de conjurer le péril, c'était de donner une égale durée aux cours d'études et, dans des cadres égaux, d'organiser des enseignements divers comme matières et pour le reste équivalents. Dès lors, l'égalité foncière de culture étant assurée, l'égalité d'efforts étant imposée, on pouvait accorder l'égalité de sanctions, et on le pouvait sans danger, l'équivalence des ensei-

gnements garantissant l'équivalence des capacités.

C'est sur ces bases que l'égalité des sanctions a été établie.

vu

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