LES LANGUES VIVANTES
L'enseignement des langues vivantes comportait une réforme radicale.
Sans doute, de grands progrès avaient été réalisés depuis vingt ans. On avait diminué l'abus de la grammaire, de la version et du thème, mais le fond du système restait le môme : on enseignait toujours les langues vivantes comme les langues mortes. Toutes les sanctions, compositions, examens de passage, baccalauréat, concours, en n'accordant aucune place à la lecture d'un texte improvisé, à la conversation, à la rédaction d'un bref récit, en enfermant, au contraire, toutes les épreuves
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dans des exercices écrits ou dans des explications d'auteurs déjà vus, faussaient cet enseignement.
Les élèves étaient groupés par classes : ces classes avaient peu d'homogénéité et comprenaient presque toujours des élèves de force inégale. Le professeur d'allemand, par exemple, avait en seconde ou en rhétorique des élèves qui avaient fait de l'allemand après la septième ou la sixième; d'autres qui en avaient fait avec des gouvernantes allemandes depuis le moment où ils avaient commencé à parler; d'autres, enfin, qui n'en avaient fait que depuis un ou deux ans. On voit le vice de ces groupements arbitraires. Les élèves n'étant pas arrêtés aux examens de passage, le peloton continuait à marcher avec ses traînards qui entravaient les progrès de toute la classe et dont l'ignorance grandissait à mesure qu'ils approchaient d-.u terme de leurs études.
Le moyen de remédier à cet état de choses, ce sera de substituer au régime des classes, celui des cours; il faudra arriver à grouper les élèves non d'après leur âge ou des hasards d'étiquette, mais d'après leur savoir, de manière à les réunir logiquement d'après leur parité d'ignorance ou de capacité. Avec les cours il importe peu que les élèves soient de provenance ou d'âge différents.
ce qui importe, c'est qu'ils ne soient pas de force inégale.
L'enseignement des langues vivantes était réparti sur un trop grand nombre d'années et il y avait trop d'intervalle entre chaque classe. Le seul enseignement capable de donner la possession effective d'une langue est l'enseignement oral, intensif et ramassé. Le souvenir des sons et des mots ne se fixe, les opérations mentales et physiques qu'exige l'étude d'une langue vivante, ne se coordonnent que par des exercices fréquents, sans cesse renouvelés, faisant bloc dans un espace de temps aussi bref que possible*.
On avait formé des professeurs ; on avait des maîtres d'allemand et d'anglais très savants et très zélés ; mais le résultat ne variait guère. Après sept ou huit ans d'études, les élèves de nos lycées et de nos collèges étaient, sauf de rares exceptions, incapables d'écrire ou de parler la langue enseignée. Les meilleurs d'entre eux déchiffraient péniblement, avec l'aide du dictionnaire, un texte facile, mais n'auraient pu écrire une lettre de trois lignes ou soutenir une conversation de quelques minutes.