‹ L'école et la vieChapitre 79 sur 113 · Hovelacque, Firmery · texte numérisé non relu

Hovelacque, Firmery

On enseignait partout la même chose, comme si les besoins des régions n'étaient pas différents.

De l'espagnol et de l'italien on ne se préoccupait guère, et l'anglais était obligatoire à Perpipignan comme à Calais; on imposait l'allemand à Nice comme à Lunéville. Les programmes étaient surchargés de matières inutiles. Les auteurs qu'on devait avoir lus étaient la plupart du temps des écrivains, des critiques ou des philosophes fort difficiles à comprendre pour quiconque n'a pas pénétré le génie des langues étrangères. Beaucoup d'élèves et même de professeurs de nos Facultés auraient été embarrassés d'expliquer tel texte que l'on donnait à étudier en seconde ou en rhétorique.

Il était visible que l'enseignement des langues étrangères ne donnait pas ce qu'on pouvait attendre des sacrifices que l'État s'était imposés, du nombre et de la valeur des maîtres. On vivait d'illusions ; on se payait de mots.

Les plaintes arrivaient de tous côtés ; on ne les entendait pas. Des négociants étrangers racontaient qu'ils étaient obligés, pour leurs affaires, de prendre des jeunes gens allemands, « parce qu'ils sont capables, disaient-ils, de rédiger nos lettres commerciales et de s'entretenir indiffé-

remment soit dans leur propre langue, soit en anglais, soit en français* ».

Des industriels français, des armateurs, des coloniaux, se plaignaient d'être obligés de s'adresser à des Belges, à des Suisses ou à des Allemands, parce cfu'ils ne trouvaient presque jamais parmi les élèves sortis de nos lycées ou des établissements libres (car le mal était le même partout), des jeunes gens capables d'écrire ou de parler les langues étrangères. Les Chambres de commerce m'avaient fait parvenir leurs doléances et la Commission d'enquête avait recueilli sur ce point des témoignages décisifs.

L'étude des langues prend de jour en jour une importance plus considérable : elle est à la fois un instrument de haute culture, indispensable pour tout homme qui veut arriver à la connaissance sérieuse de la littérature, de l'effort scientifique, du génie et de la civilisation des peuples étrangers et un moyen de communication et de propagande nécessaire pour le négociant et l'industriel ^.

Les exigences croissantes de la concurrence universelle, l'accession progressive à la vie économique des nations qui, hier encore, étaient

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