‹ L'école et la vieChapitre 81 sur 113 · L EDUCATION · texte numérisé non relu

L EDUCATION

La tâche la plus importante de l'école c'est l'éducation.

L'instruction conserve et transmet à l'homme le trésor des vérités conquises ; l'éducation éclaire la conscience de l'homme, affermit son jugement et trempe sa volonté. Or, bien penser et bien juger, être habile à se gouverner soi-même valent mieux que savoir beaucoup»

Sans l'éducation, l'école est une maison sans âme, l'enseignement est une œuvre mécanique sans portée sociale, sans noblesse et sans lendemain.

Deux systèmes d'éducation sont en présence : l'un part de ce principe que l'homme est mauvais. D'où la nécessité de surveiller et de refréner ses instincts naturels, de plier son esprit à une étroite discipline, afin de le modifier et de le rapprocher le plus possible d'un type préconçu.

L'autre part du principe opposé. Il admet que l'homme est bon. D'où la nécessité de favoriser le développement de ses qualités naturelles et d'en diriger les élans au lieu de les comprimer.

Le premier système habitue l'homme à chercher les principes qui doivent diriger sa vie dans des préceptes tout préparés ou dans les ordres d'une volonté extérieure ; l'autre lui apprend à chercher ces mêmes principes en lui-même, à ses risques et périls, dans sa conscience et dans sa raison. Le premier système émousse la personnalité; le second la développe. Le premier système diminue la responsabilité, le second l'élargit. Le premier système prépare des esprits plus disciplinés; le second forme des esprits plus libres.

Le premier système est celui que les rivaux de l'Université ont pratiqué depuis le xvi® siècle. Le second est celui des philosophes de l'antiquité.

et celui des Montaigne, des Voltaire, des Rousseau, des Michelet. C'est celui de l'Université.

L'enfant n'est pas un être passif, une pâte malléable à merci. Sa tête n'est pas un grenier où le maître peut entasser à sa guise le bon ou le mauvais grain. L'enfant réfléchit et raisonne, dès qu'il commence à comprendre. Sa critique est sans doute bien incertaine, mais elle est. Ne dédaignez pas ce jugement qui s'éveille et ne faites pas douter l'enfant de lui-même. Que le maître s'applique, au contraire, à développer la confiance que l'enfant place dans sa jeune raison et qu'il fasse sentir que, cette confiance, il la partage.

Il y a chez l'enfant un sanctuaire intérieur qu'il ne faut pas profaner, parce que c'est là que s'élabore son âme et que sont déposés les germes qui forment son individualité * . Les caprices, les violences, les colères des enfants ne sont bien souvent que des excès de vitalité, que le débordement de forces inconscientes, qu'il s'agit d'ordonner et de régler, et non de briser.

Mater le caractère, dompter la nature, humilier la raison , tel a été pendant longtemps , tel

1. G. Lanson, L'Université et la Société moderne. — G. Gory, La lléfonnc libérale et l'éducation scolaire.

est encore, pour une certaine école, le principe fondamental de l'éducation. Conception fausse et barbare : une tutelle trop étroite pousse à la dissimulation; une défiance systématique pousse à l'hypocrisie. Toute pression injuste exercée sur la pensée et sur la nature de l'enfant est une atteinte portée à sa dignité, une diminution de son individualité, un affaiblissement de ses énergies actives et morales.

Dès lors, une question se pose : Quel est le bon éducateur?

Le bon éducateur ne peut pas être un théoricien, vivant hors du monde, étranger à sa génération et à son siècle. Pour que l'éducateur ait de l'action sur la jeunesse, il faut que la jeunesse se sente très près de lui ; il faut qu'il connaisse l'évolution des idées, les mouvements politiques et sociaux, les aspirations, les besoins de la vie contemporaine ; il faut qu'il connaisse, en dehors des principes immuables de l'éducation qui sont de tous les pays et de tous les âges, les influences et les contingences de temps et de milieu qui agissent sur l'âme de l'enfant ou de l'adolescent. Pour réprimer certaines révoltes, pour dissiper certaines illusions, il faut qu'il ait été lui-même capable de les sentir et d'en souft'rir.

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