Aristote et Platon
Je ne parle pas ici de l'éducation religieuse, car je ne m'occupe que des devoirs de l'État. Or, l'État n'enseigne aucun dogme. L'éducation religieuse appartient à la famille et aux ministres des différents cultes. Si l'État n'enseigne aucune religion, il ne doit faire obstacle à l'affirmation d'aucune croyance ni à l'exercice d'aucun culte. La liberté de penser, qui est le principe fondamental de l'État républicain, est inséparable de la liberté de croire. Le domaine de la conscience est inviolable. En matière religieuse, chacun a le droit de se dire détenteur de la vérité ; mais nul n'a le droit d'imposer sa foi ou son incrédulité aux autres. La plus légère contrainte soulèverait les âmes délicates et fières.
Ne commettons pas la faute, si profitable à nos adversaires, de confondre des choses qui ne doivent pas être confondues ; évitons de nous donner môme l'apparence de combattre, à la fois, Tesprit religieux sincère qui est une force philosophique et morale digne de tous les respects, et l'esprit clérical qui ne prend sa source ni dans la morale ni dans la foi.
L'esprit clérical est de tous les pays et de tous les temps. Il est aussi de toutes les religions. Il y a des cléricaux protestants et juifs, comme il y
a des cléricaux catholiques. Le cléricalisme n'est qu'une puissance de réaction en guerre ouverte avec la société civile. Entre la religion et lui il n'y a rien de commun.
La neutralité religieuse ainsi entendue ne porte aucune atteinte à l'indépendance du maître. Le professeur n'abdique aucun de ses droits d'homme et de citoyen en entrant dans l'Université; mais par une discipline volontaire qui rehausse sa dignité et qui confirme son autorité, « il se fait un devoir de respecter les convictions des familles dans l'âme de ses élèves * » et « il accepte pour limite des droits de sa pensée les droits mêmes de la conscience de l'enfant^».
L'éducation doit être 'physique pour assurer par l'épanouissement des énergies vitales le développement normal de l'être humain, la perpétuité et l'amélioration de la race ; pour donner au corps la souplesse, la vigueur et la beauté.
L'exercice exclusif des facultés cérébrales amène l'atrophie des forces physiques. Il y a entre les unes et les autres un équilibre que l'on ne peut rompre sans compromettre l'existence même de l'individu.
1. A. Croizet, l'Éducation morale dans l' Université. Introduction.