‹ L'école et la vieChapitre 85 sur 113 · J.-J. Weiss, Notes et Souvenirs, p · texte numérisé non relu

J.-J. Weiss, Notes et Souvenirs, p

qui ont à produire des négations tranchantes sur toutes choses et qui se sentent capables d'en prouver le bien fondé par raison démonstrative. Leur Ame desséchée ressemble à une source tarie.

Que l'enfant reste enfant le plus longtemps possible. L'âge le mûrira assez vite; le temps dissipera assez tôt ses illusions. S'il est raisonneur et blasé sur les bancs de l'école, que sera-t-il quand il aura vécu !

L'éducation doit être esthétique, parce que le vrai ne peut pas être séparé du beau.

Les anciens enseignaient à l'homme libre tous les arts : la peinture, la sculpture, la musique, la poésie en même temps que la philosophie et l'éloquence. Ils préparaient tout l'homme.

Pour être vraiment humaine, l'éducation ne doit pas seulement enseigner les vérités morales et les devoirs qui trempent fortement les âmes et font la noblesse de la vie; elle doit enseigner aussi les joies délicates et pures qui font la parure et l'enchantement de la vie.

D'ailleurs, l'œuvre d'art porte en elle un enseignement. Elle révèle non seulement la nature et l'esprit de celui qui l'exécuta, mais encore la race, le milieu et le moment où elle fut conçue. En chaque œuvre d'art sommeille comme un écho

lointain du passé qui s'éveille et qui parle pour qui sait l'entendre.

Connaître Homère, Sophocle, Platon, Aristote, Théocrite, ce n'est pas connaître toute la Grèce.

La Grèce antique n'a pas seulement brillé dans les belles -lettres et dans la philosophie, elle a trouvé dans l'art une expression immortelle. Le Parthénon, les temples d'Olympie et d'Égine, une statue, une frise, des nymphes qui dansent en se tenant par la main, des jeunes filles qui tournent au flanc d'une urne de marbre, un banquet funèbre sculpté à la paroi d'un sarcophage, une scène héroïque ou champêtre peinte sur un vase de terre, disent d'une manière parfaite et parfois plus claire que les documents écrits, la grâce aisée et noble, la clarté de l'harmonie du génie grec.

On peut tirer la même leçon de l'ancienne Rome qui a imprimé à ses monuments la majesté et la gravité impériales; de la période romane qui, assise sur les confins de deux mondes, vit l'agonie des dieux païens et le triomphe du Christ et, mêle dans les chapiteaux de ses cloîtres, les satyres et les nymphes aux apôtres et au bon pasteur, la mythologie à l'ancien et au nouveau testament; du beau mouvement français du xi* et

du xii** siècles si tragiquement interrompu; de l'art si naïf et si libre de nos maîtres maçons et de nos maîtres imagiers du xni® siècle; de la période gothique qui marque si fortement dans son architecture militaire la rudesse des mœurs, l'esprit à la fois violent et chevaleresque de la féodalité, qui raconte si bien dans les fresques, les verrières et les porches de ses cathédrales, « véritables archives du peuple ^ », les terreurs, la foi et l'exaltation sublime du moyen âge ; de la renaissance enfin qui fixe dans l'œuvre de ses peintres, de ses sculpteurs et de ses architectes, le sourire de la nature et de l'homme, qui célèbre l'ivresse saine et franche de vivre, la joie de penser et d'espérer. Et ainsi de tous les grands cycles historiques.

Plus près de nous, Beethoven et Wagner compléteront Kant et Gœthe, et nous dévoileront l'un des côtés les plus profonds de l'âme allemande, et l'étude de Berlioz, de Rude et de Delacroix sera aussi nécessaire que celle de Chateaubriand et de Victor Hugo à ceux qui voudront connaître, dans toute son ampleur, le mouvement romantique français.

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