Gréard, Éducation et Instruction., pp. 6 et suiv
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il le met aux prises avec des rivalités et des conflits où son caractère se forme, où son jugement et sa personnalité se développent, sans l'éloigner de sa famille. Il est peu coûteux et par conséquent il est plus facile à organiser, mais il n'est possible que pour les élèves qui habitent les villes
Depuis Rabelais, Erasme et Montaigne l'internat n'a cessé d'être attaqué. Pourtant il vit toujours. D'abord nous sommes loin du fameux collège de Montaigu, et puis l'internat est la conséquence inévitable de conditions sociales qui ne sont pas près de changer : quand les écoles sont éloignées des élèves il faut bien que les élèves se rapprochent des écoles et que les familles se séparent d'eux. Supprimer l'internat ce serait supprimer les études secondaires pour tous les enfants qui ne résident pas dans les centres où sont établis les lycées et les collèges; ce serait aussi les supprimer pour tous les enfants de condition modeste, dont les parents agriculteurs, ouvriers ou artisans vivent de leur travail et n'ont ni assez de loisir, ni assez de savoir pour diriger ou survedler des études.
On a proposé de substituer à l'internat des lycées et des collèges l'internat familial tel qu'il
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existe en Angleterre et en Allemagne. On a oublié de faire remarquer que l'internat familial en Angleterre est le privilège des familles riches, car il se paye très cher, et qu'en Allemagne il implique pour les élèves et pour leurs familles une soumission et une résignation que l'on trouverait difficilement en France.
Il serait impossible de faire accepter chez nous que des enfants placés dans une même famille, mais payant des prix différents, fussent traités d'une manière différente, eussent une chambre moins confortable, des menus moins copieux et moins soignés, du linge blanchi moins souvent. Enfin, l'antagonisme du professeur et du tuteur familial, qui crée en Angleterre et en Allemagne de si grosses difficultés, ne permettrait pas à l'institution de vivre chez nous.
Les inconvénients de l'internat sont d'ordre hygiénique et d'ordre moral. Ils résultent les uns et les autres de l'accumulation des élèves. On peut aisément les combattre par la vie au plein air et par le développement des exercices physiques.
11 faudrait organiser tous nos internats hors des villes, dans des sites riants, sur des points élevés d'où- le regard peut embrasser un vaste horizon.
D'immenses progrès ont été réalisés à cet égard. Des millions sont consacrés chaque année par l'État, le département et les communes pour l'amélioration des locaux, du mobilier, de l'hygiène, pour l'acquisition de parcs et de terrains de jeux^
Plusieurs de nos lycées sont déjà installés à la campagne. Vanves et Lakanal possèdent de beaux ombrages, de vastes prairies, des manèges, des salles d'escrime, des bassins de natation. On y vit librement et largement. Et, il n'est pas excessif de dire que beaucoup d'élèves qui fréquentent ces internats y trouvent autant de bien-être et y sont entourés de soins aussi vigilants que dans leur propre famille. Et pourtant la routine est si forte, que beaucoup de familles préfèrent encore envoyer leurs enfants dans les lycées de la ville et qu'il y a quelquefois des places vides à Lakanal et à Vanves, tandis que Louis-le-Grand, Henri-IVet Saint-Louis regorgent d'élèves.
La discipline intérieure a été profondément modifiée. Le lycée n'est plus « une geôle de jeunesse captive ». Sans doute la règle subsiste, les punitions ne sont pas abolies, mais elles sont