Arrêté du 16 mars 1900 instituant le Comité d'hygiène
appliquées avec une recherche plus a|tentive des degrés de la faute et de la responsabilité. Réprimer est chose facile. L'œuvre digne de l'éducateur c'est de prévenir et d'améliorer. On peut réduire sans danger l'action de la règle à condition que l'action du maître s'étende dans la même proportion. L'action de la règle peut être brutale; l'action du maître est plus douce et partant plus forte. Elle atteint le fond; elle n'empêche pas seulement le mal, elle en élimine le désir.
Aucune réforme n'a été plus bienfaisante. L'ancienne discipline visait surtout à assurer l'ordre matériel. Elle se préoccupait insuffisamment des caractères et des habitudes d'esprit. Trop souvent pour elle la fin justifiait les moyens : les tendances naturelles du jeune âge étaient comprimées sans mesure et sans motif. Des générations d'écoliers n'ont pu prononcer une parole du lever au coucher du soleil, sauf aux rares heures de récréation, sans être réprimandées ou punies. Une telle règle était inhumaine et contraire aux principes élémentaires de l'éducation. A ce régime, les caractères s'aigrissaient, ou se révoltaient.
La discipline nouvelle, en proscrivant les rigueurs inutiles, a réconcilié les esprits avec la
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règle. A la guerre sourde et parfois déclarée, elle a fait succéder un régime de paix. Elle a renouvelé l'atmosphère morale du lycée. Les conséquences en vont plus loin qu'on ne pense et ce n'est pas seulement le lycée qui y a intérêt. Il est bon que l'enfant jouisse de son enfance, l'adolescent de sa jeunesse, et qu'ils emportent du lycée, avec une provision de connaissances utiles, le souvenir heureux de quelques belles années qui leur souriront pendant le reste de la vie.
Il dépend surtout du maître chargé de la surveillance et du chef de l'établissement que les élèves trouvent dans nos lycées et dans nos collèges, sous le régime d'une règle tutélaire, quelque chose de l'heureuse liberté et de la douceur de la famille. Un maître qui n'aime ni son mélier, ni la maison où il exerce, est incapable de rendre cette maison aimable. Il n'y a de bons maîtres que les maîtres contents de leur sort.
Nos répétiteurs ne l'étaient pas. Us avaient des raisons de ne pas l'être. La vraie raison était moins dans la modicité de leur traitement que dans la disconvenance entre la nature de leur tâche et leur légitime ambition. Ils voulaient avoir le titre et exercer la fonction du professeur. Leur prétention était justifiée puisque c'est dans ce but
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qu'ils avaient contracté avec l'Université, et conquis leurs grades.
La solution s'est trouvée dans la distinction des services de l'externat et de l'internat.
Désormais le lycée est une maison d'enseignement, une école et à cette école est annexé un internat.
Dans cette école, d'après le nouveau régime, des répétiteurs sont adjoints aux professeurs et leur service spécial est de collaborer à l'enseignement. Leur domaine propre, c'est l'étude, vestibule de la classe. Là, ils surveillent et conseillent. Après la classe, par des explications et des interrogations, ils assurent et confirment, pour les élèves faibles ou d'esprit lent, les résultats acquis. Des cours leur sont réservés. Ils sont à la fois auxiliaires des professeurs et professeurs débutants.
Le service de l'internat, sauf les cas accidentels, où le répétiteur de l'externat peut être momentanément requis, n'est plus d'ailleurs imposé d'office à personne. Pour l'assurer, le proviseur dispose d'un certain crédit. Ce n'est plus le ministre qui lui envoie de loin et lui impose des surveillants qu'il ne connaît pas : c'est lui-même qui les recrute et les choisit sous sa responsabilité. Imposé d'office, le service de l'internat ressem-
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blait aune servitude; assuré par des volontaires, il n'y a pas de raison pour qu'il ne soit pas accompli avec bonne volonté et bonne humeur.
La prospérité ou la décadence de nos lycées et de nos collèges ne dépendent pas toujours de la valeur du personnel enseignant ; elles tiennent pour beaucoup à la confiance que le proviseur inspire aux familles, et à l'ascendant qu'il exerce autour de lui. Pour qu'il inspire confiance, il faut que les familles et les élèves aient le temps de le connaître. Pour qu'il fasse accepter son autorité par le personnel placé sous ses ordres, il faut qu'il présente des garanties de capacité et des grades. Il faut, en outre, qu'il ait des pouvoirs suffisants pour se faire écouter et obéir.
Donc, nécessité de donner plus de stabilité aux proviseurs, de relever leur autorité et d'augmenter leurs pouvoirs, à la condition expresse de les débarrasser des routines administratives et de l'esprit administratif.
Ces réformes en entraînaient deux autres. Il fallait améliorer la situation des proviseurs et, si on augmentait leur pouvoir, il fallait du même coup accroître leur initiative et leur responsabilité.
Nous avons décidé que le traitement de profes-
seur serait conservé au proviseur avec son titre et son classement de professeur et qu'il lui serait alloué, d'autre part, une indemnité de direction suffisante pour lui assurer une situation digne de la fonction qu'il exerce.
A l'avenir, les services des proviseurs seront comptés en raison non seulement de leur valeur intrinsèque, mais de leur durée dans le même établissement.
Les budgets de l'internat et de l'externat ne seront plus confondus, et cette séparation fournira au proviseur les moyens d'exercer une action plus efficace. Le recours perpétuel à l'État ne sera plus ouvert aux chefs d'établissements pour équilibrer leur budget, la caisse des établissements ne sera plus ouverte à l'État pour s'approprier les économies ou les profits résultant d'une administration prévoyante. Le lycée est constitué propriétaire ; et sous la réserve du contrôle du conseil d'administration et de l'approbation du ministre, il aura l'usage et la disposition de ses biens. Il pourra instituer un fonds de réserve, récompenser les maîtres qui se sont signalés par leur zèle ou améliorer les divers services de l'établissement.
Ces mesures intéressent, comme on le voit, l'organisme entier de nos maisons d'éducation.
Elles fonl de chacun de nos lycées et de nos collèges des unités distinctes ayant une vie propre. Sans relâcher le lien qui unit les unes aux autres les maisons universitaires, elles créent entre elles une rivalité féconde en vue de gagner la confiance des familles et l'attachement des maîtres.
Notre personnel administratif est bon. Si on tient la main à ces dispositions, il sera bientôt composé d'une élite.