‹ L'école et la vieChapitre 96 sur 113 · I. ÉCOLK KT LA VI K · texte numérisé non relu

I. ÉCOLK KT LA VI K

pour prétendre que tout est pour le mieux et que le baccalauréat est une institution intangible. Non. Des réformes s'imposent.

Les défenseurs les plus résolus du baccalauréat reconnaissent qu'il a des défauts graves. Ces défauts, il faut les faire disparaître. Comment? Deux systèmes sont en présence : le système de l'honorable M. Rambaud qui propose de dispenser, sur le vu du livret scolaire, certains élèves de tout ou partie de l'examen. C'est une thèse soutenable; elle offre des avantages. Mais en Franco, l'existence de l'enseignement libre la rend inapplicable. M. Rambaud lui-même l'a reconnu et il a renoncé à la défendre.

Il y a le système de M. Combes qui consiste à organiser pour les élèves des lycées et collèges de l'État un examen à l'intérieur de l'établissement.

Les élèves des établissements de l'État seraient jugés par un jury composé de leurs professeurs; le jury serait présidé par un délégué du Ministre de l'Instruction publique, par un professeur de faculté. Les élèves de l'enseignement libre iraient subir l'épreuve au chef-lieu de l'académie devant un jury de l'État. Pour eux, il n'y aurait rien de changé.

Je ne saurais me rallier à ce système. Il a été

déjà expérimenté en France et il n'a pas réussi. Il prête à des critiques qui l'ont fait abandonner et qui troublaient profondément la conscience si droite de nos maîtres, à laquelle M. Ponthier de Chamaillard rendait avant-hier un juste hommage.

Les professeurs de l'enseignement secondaire repoussent la mission qu'on leur voudrait confier non par crainte des responsabilités, mais pour ne pas être exposés à la fois aux défiances et aux sollicitations dont ils ne manqueraient pas d'être l'objet.

L'unité de jury et la publicité de l'examen sont deux conditions essentielles, tant pour régler le niveau des études que pour assurer aux épreuves l'autorité qu'elles doivent avoir.

Il y a, dans le projet de M. Combes, d'autres propositions qui me paraissent heureuses, et sur lesquelles un accord sera facile à établir.

M. Combes me semble avoir été surtout préoccupé de diminuer dans les épreuves du baccalauréat la part du hasard, de donner à ces épreuves plus de souplesse et de les adapter plus étroitement aux cours d'études secondaires.

Déjà de grandes améliorations ont été apportées au baccalauréat en ce qui concerne la diminution

de l'aléa, par le dédoublement de l'examen et par l'admissibilité acquise.

L'emploi du livret scolaire doit être généralisé. Le livret scolaire est un élément d'appréciation excellent. H rendra service à l'élève, puisqu'il le garantira contre les surprises de l'examen ; mais il rendra aussi service au professeur qui sera garanti à son tour contre un jugement peut-être injuste, contre une appréciation hâtive et qui échappera ainsi à des erreurs regrettables.

Les examens de passage sont une pratique dont on peut attendre beaucoup de bien. Ces examens sur lesquels était fondé le système d'Arnauld et de Rollin ont donné des résultats remarquables, quand ils ont été sérieusement organisés. Ils impriment de la suite et de l'unité aux études. Ils évitent les heurts et les surchauffages de la dernière heure.

Le jury du baccalauréat doit être constitué de manière à associer plus étroitement à l'épreuve fmale les professeurs de l'enseignement secondaire. Il faut donc faire figurer dans ces jurys, avec des professeurs de l'enseignement supérieur, des professeurs de l'enseignement secondaire. Cela fait, il restera encore beaucoup à faire.

Ce n'est pas, en effet, sur le baccalauréat lui-

même que doivent porter les réformes essentielles, car le baccalauréat n'est qu'un résultat ; c'est sur les plans d'études eux-mêmes, sur les méthodes et sur les programmes.

Je demande au Sénat la permission de tracer en quelques mots le cadre de ces réformes, telles que je les conçois. Si nous les réalisons, nous aurons comblé le vœu de l'un des hommes qui ont le plus honoré l'Université et la France, de l'un des plus grands ministres que notre pays ait comptés dans ce siècle, de Victor Duruy. (Trh bien ! Très bien!)

Victor Duruy a donné la définition parfaite de ce que doit être le baccalauréat, de l'esprit dans lequel doivent se placer le candidat et son juge. 11 a dit : « Il faut que le baccalauréat continue à former des hommes et il faut que le candidat sache que le professeur regardera dans son intelligence bien plus que dans sa mémoire. (Nouvelle et vive approbation.)

M. OUVRIER. — Ce qu'on ne fait pas souvent!

M. LE MINISTRE. — Nous arriverons à ce résultat en réformant le cours d'études, ce qui implique la réforme de notre régime des lycées et collèges ; car ici tout se tient.

Ces réformes sont prêtes. Je pourrai les accomplir dans un bref délai. Pourquoi, demandera-1- on, si votre conviction est faite et si vos projets sont arrêtés, avez-vous attendu? — La Chambre des députés a ordonné une grande enquête sur l'enseignement secondaire. J'ai collaboré assidûment avec la commission parlementaire. Nous nous sommes mis d'accord à peu près sur tous les points. Mais j'ai cru que j'aurais manqué à la déférence que je dois à la commission, à son président et au Parlement, si j'avais mis à exécution ces projets avant que la Chambre des députés et vous, messieurs, eussiez été appelés à les discuter. (Très bien! Très bienf)

J'ai parlé de la réorganisation des lycées et des collèges. Voici comment je l'entends : Nombre de nos lycées sont trop peuplés. Des maisons qui contiennent 800, 1 000, 1 500 élèves sont des casernes. On peut du reste adresser le même reproche à beaucoup de maisons congréganistes. Le proviseur ne peut y exercer effectivement, ni une direction intellectuelle, ni une surveillance suffisante. L'idéal, c'est l'établissement modeste avec des classes de 10, 15, 20 élèves. Nous manquons de collèges. Beaucoup de régions en sont dépourvues* Il faut en construire de nou-

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veaux OU, si les villes hésitent à traiter avec l'État, subventionner des associations ou des particuliers à des conditions déterminées. Il faut donner à nos lycées et à nos collèges plus d'indépendance, plus d'autonomie. (Marques nomhreuses d'' approbation.)

Les grands lycées sont construits, nous ne les rebâtirons pas. Mais, dans l'avenir, nous devrons nous inspirer des principes que je viens d'énoncer. Peu de grands établissements, même dans les grandes villes, mais beaucoup d'établissements moyens.

Je ne parle pas, messieurs, de la simplification et du dédoublement de la comptabilité des lycées et collèges. C'est un détail d'administration sur lequel il est inutile d'insister en ce moment. Les aménagements intérieurs de nos lycées et de nos collèges étant réglés de manière à donner toutes les garanties désirables au point de vue de l'h}^giène et du confortable, notre principal effort devra porter sur le personnel. Les proviseurs et les principaux n'ont à la fois ni assez d'autorité sur leurs collaborateurs (Très bien ! à gauche), ni assez d'indépendance. Ils sont trop des fonctionnaires toujours tournés vers l'autorité supérieure. 11 faut leur donner plus d'autorité en améliorant

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