LA VIE
de plus en plus le recrutement qui est déjà bon ; en attirant vers ces fonctions par la certitude d'un avenir brillant les professeurs distingués qui ont les qualités nécessaires, c'est-à-dire à la fois un esprit cultivé et un esprit pratique, et en exigeant des grades plus élevés et des aptitudes plus caractéri sées . (Applaudissements . )
Il faut surtout, par des avancements sur place et des classes personnelles, fixer pour longtemps, pour toujours, si c'est possible, les proviseurs et les principaux à leurs maisons. (Très bien!)
Proviseurs et principaux doivent se considérer comme des citoyens de la ville dans laquelle ils habitent. Ils ne doivent pas s'isoler, ils doivent vivre de la vie de tous ; être en rapport constant avec les familles de leurs élèves, être toujours à la disposition des parents.
S'ils ne sont que des étrangers au milieu de leur nouvelle famille; s'ils ignorent ce qui se passe au delà du seuil de leur porte ; s'ils n'aspirenl, à peine arrivés, qu'à préparer leur départ pour une nouvelle résidence, ils passent indifférents, ignorés, comme des voyageurs d'un jour et ils ne font aucun bien. (Très bien! Très bien!)
Donner plus de stabilité au personnel administratif de nos lycées et de nos collèges, c'est peu,
et c'est cependant l'une des réformes qui auraient les plus heureuses conséquences.
Nous avons des établissements qui sont très prospères, uniquement parce que les mêmes directeurs sont depuis très longtemps à leur tète. Quelle force a un homme qui, ayant élevé le père, élève les fils. Il inspire plus que de la confiance; il inspire de l'affection. (Très bien!)
M. ANTONiN DUBOSï. — Il faudrait surtout avoir des lycées moins chers I
M. LE MINISTRE. — La qucstiou du répétitorat est posée depuis longtemps ; il faut aussi la résoudre. On ne peut choisir qu'entre deux solutions : ou supprimer complètement le répétitorat, ou lui donner des débouchés et établir une sorte de chaîne d'avancement qui constitue un lien entre les répétiteurs et le personnel enseignant. La situation des répétiteurs est fausse. Elle est pour eux et pour l'Université une source de difficultés. Il faut y mettre un terme.
Il me reste à parler des programmes. Je dirai d'un mot toute ma pensée.
Nos programmes sont des programmes encyclopédiques ; ils sont écrasants, il faut les alléger au plus vile. (Très bien! Très bien !)
A YIE. 315
Le but de renseignement secondaire n'est pas de former des savants, mais, des esprits souples, avisés, clairs, des jugements droits, des intelligences vives, ayant un grand pouvoir de travail et d'assimilation. C'est chimère que de vouloir mettre dans la tête d'un enfant tant de choses et tant de choses si compliquées et si subtiles I Des idées simples et claires, des notions précises, des idées générales, cela suffit. Il nous faut à dixhuit ans des têtes bien faites, plutôt que des têtes bien remplies. Je me suis demandé souvent — tant ces programmes sont vastes — si nos maîtres, dont la science est hors de conteste, ne seraient pas quelquefois embarrassés aux épreuves du baccalauréat si, au lieu d'être d'un côté de la table ils étaient de l'autre. (Rires approhatifs.)
La simplification des programmes doit entraîner logiquement la diminution des heures de classe dans les divisions élémentaires.
Les jeunes enfants ont à fournir une somme de travail trop considérable. (Ti^ès bien! Très bien!)
Ils n'ont plus assez de temps ni pour la récréation ni pour la réflexion. La réflexion, al lez -vous dire, voilà un mot bien gros pour des enfants de sept à douze ans I Non, messieurs, quel que soit l'âge de l'enfant, il a besoin, lui aussi, à cer-
taines heures de se replier sur lui-même et de détendre son esprit.
UN SÉNATEUR AU CENTRE. — Il a les vacauces I
M LE MINISTRE. — A quoi peuse-t-il ? à ses plaisirs, à ses jeux. Qu'importe ! On ne lui parle à ce moment-là ni de géographie, ni de grammaire. Il n'a ni cahier, ni livre ouverts devant lui. Gela suffit. (Très bien! Très bien !)
M. DESTiEux-jUNCA. — G'cst l'internat qu'il faut supprimer si vous voulez obtenir ce résultat I (Bruit.)
M. LE MINISTRE. — Je uc regrette pas l'interruption. Puisque l'honorable M. Destieux-Junca parle de l'internat, je vais lui donner mon opinion. Je ne suis pas partisan de la suppression de l'internat. Je connais comme tout le monde les inconvénients de ce régime. Mais si c'est un mal
— bien moins grand qu'on ne le dit, d'ailleurs,
— c'est un mal inévitable. Il suffit, en effet, de poser la question : Par quoi le remplacerez- vous î (C'est cela ! — Très bien ! au centre.)
Vous pensez à l'Angleterre, à l'Allemagne ?
Mais l'internat existe en Angleterre, en Allemagne, seulement il existe sous une autre forme. Les pères de famille qui n'habitent pas la ville où se trouve le lycée ou le collège sont bien obligés
de placer leurs enfants quelque part. Ils ne les placent pas dans le gymnase ou dans l'école puisqu'il n'y a pas d'internat ; ils les confient à des tutors ou à des professeurs qui les logent, les nourrissent, les entretiennent comme leurs propres enfants. Les mœurs anglaises et allemandes s'accommodent de ce système. En France, les tutors n'ont jamais réussi.
La suppression de l'internat dans les lycées et collèges serait un coup mortel porté à l'Université ; car vous verriez aussitôt tous nos internes se diriger vers les établissements libres qui, eux, se garderaient bien de supprimer l'internat. (Assentiment à gauche.)
UN SÉNATEUR A GAUCHE. — Il faudrait Supprimer l'internat là aussi I (Bruit et interruption sur divers bancs.)
M. LE MINISTRE. — L'intcmat m'amène à parler de l'éducation, car les deux questions sont liées l'une à l'autre.
On critique l'éducation universitaire. On prétend que nos professeurs, très habiles quand il faut instruire, sont de très médiocres éducateurs. On a souvent, il est vrai, confondu l'éducation au sens élevé du mot, l'éducation qui s'adresse à l'esprit et au cœur, avec ce qu'on est convenu