‹ L'école et la vieChapitre 98 sur 113 · J.ECOLK KT LA VI K · texte numérisé non relu

J.ECOLK KT LA VI K

d'appeler les belles manières. On compare la tenue de nos élèves à celle des élèves qui sortent des établissements libres et on dit que la comparaison n'est pas à notre avantage. Il est vrai, l'éducation universitaire et l'éducation des établissements libres ne reposent pas sur le môme principe. Je trouve notre principe bon et ne suis pas d'avis d'en changer. Dans l'Université, tout en donnant les conseils nécessaires, en marquant les fautes à éviter, en élevant la moralité et en faisant appel à tous les instincts généreux, nous accordons le plus de liberté possible à l'élève, nous développons le sentiment de sa responsabilité, nous laissons s'épanouir sa personnalité dans la plus entière indépendance. Cela ne va pas sans quelques écarts, je le sais, et nos élèves semblent parfois avoir trop de sève.

Nous préférons cet excès de vitalité, ces fautes légères d'ailleurs et qui sont le fait d'âmes droites et loyales, à un système d'éducation plus séduisant peut-être en apparence, mais qui, par une pression douce mais inflexible, incline toutes les têtes devant la même volonté et imprime la même empreinte à tous les esprits. f7Vès bien! Très bien! au centre et à gauche.)

Et maintenant, pour ne négliger aucune diffi-

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culte et pour répondre à la question que je sens déjà naître, parlons du classique et du moderne.

Ètes-vous, me dira-t-on, classique ou moderne?

Je suis l'un et l'autre.

La destruction de l'enseignement classique serait un crime contre la patrie elle-même. Cet enseignement est indispensable en France plus que dans aucun autre pays. (Très bien! Très bien!)

Ce sont les humanités qui ont formé notre génie. (Nouvelles marques d'approbation.) Nous sommes les dépositaires des traditions gréco-latines ; nous n'avons pas le droit de laisser mettre en péril l'héritage que les siècles nous ont légué.

Les humanités, sous un régime libre comme le nôtre, forment l'élite intellectuelle qui constitue la seule aristocratie que nous reconnaissions et qui est aussi nécessaire à un peuple qui se gouverne lui-même que la lumière l'est à la vie des êtres animés.

Les humanités seules créent cette atmosphère de moralité supérieure, cette haute probité morale, ces pures vertus civiques dont parle le philosophe et sans lesquelles les démocraties se ruent vers la démagogie, l'anarchie et la mort. (Applaudissements.)

Nous défendrons l'enseignement classique par

tous les moyens en notre pouvoir. Mais quand nous aurons pourvu à ces nécessités à la fois historiques, traditionnelles et actuelles il nous restera à pourvoir à d'autres nécessités non moins impérieuses.

L'évolution économique et sociale de ces dernières années, la concurrence étrangère qui menace de toutes parts notre production nationale, l'introduction du machinisme, l'invasion de la science dans le domaine de l'industrie, de l'agriculture et du commerce, nous obligent à nous armer plus fortement que jamais pour la lutte.

Il ne suffît plus d'avoir des bras pour vaincre sur les champs de batailles économiques, il faut aussi maintenant des intelligences actives, des esprits éclairés, rompus aux méthodes scientifiques. (Très bien ! Très bien!)

Il nous faut donc, à côté des humanités, un enseignement capable de préparer une partie de la jeunesse française aux fins immédiates, aux carrières pratiques et de nous donner des hommes capables de lutter à armes égales avec les rivaux qui se dressent de toutes parts sur nos frontières. (Vive approbation.)

Avons-nous un ordre d'enseignement qui réponde à ce besoin? — Oui; L'enseignement

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moderne est une institution excellente. Elle n'a pas donné les résultats qu'on en attendait, parce qu'elle a été, peu après sa création, détournée de sa voie véritable, mais elle peut rendre au pays d'inappréciables services.

L'enseignement moderne ne doit pas être une copie de l'enseignement classique; il ne doit pas être un enseignement d'ordre littéraire.

La rivalité entre le classique et le moderne ne pourrait que compromettre les deux enseignements. Le moderne a une grande place à prendre, un rôle admirable à jouer. Mais pour cela, il faut séparer nettement les deux ordres d'enseignement parce qu'ils répondent à des nécessités précises et différentes.

L'enseignement spécial fondé par Duruy était insuffisant. Nous retrouvons avec le moderne plus et mieux : un ordre d'études générales élevées. Le moderne doit retenir les élèves moins longtemps que le classique. Il faut qu'il les libère assez tôt pour qu'ils puissent entrer de bonne heure dans la bataille économique. (Adhésion.)

L'enseignement moderne doit être basé sur l'étude du français, sur l'étude de toutes les sciences, naturelles, physiques, chimiques, tournées vers les applications et sur l'étude des langues étrangères.

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En précisant les frontières des deux enseignements, nous fortifierons les deux enseignements.

Ainsi conçu, le moderne conquiert son autonomie, grandit, se développe et devient un des éléments les plus actifs de la prospérité nationale. Il est l'égal du classique. 11 est l'enseignement secondaire scientifique et pratique qui prépare les hommes d'action. (Marques d'assentiment.)

Je veux dire un mot de l'enseignement des langues vivantes dans nos lycées et dans nos collèges. La réforme de cet enseignement est l'une de celles qui me tient le plus à cœur. Nos professeurs de Jangues étrangères sont savants et habiles.

UN SÉNATEUR. — Trop érudits I

M. LE MINISTRE. — Ce sont dcs hommes d'un goût fin et sûr. Mais les méthodes qu'ils emploient sont défectueuses. Les langues vivantes doivent être enseignées non pas pour faire sentir aux élèves le génie d'un Gœthe ou d'un Shakespeare et les nuances des langues anglo-saxonnes. Le but serait trop au-dessus de l'efPort. Les langues vivantes doivent être enseignées pratiquement... (Très bien! Très bien !)., . pour les usages de la vie, et non comme des langues mortes, comme le grec et le latin.

Le but est de parler et d'écrire, de déchiffrer

aisément les journaux, les revues, les budgets, les lettres de commerce. (Assentiment général.)

L'espagnol et l'italien, trop délaissés, doivent prendre une place officielle dans nos programmes.

Aussi, ai -je créé pour le prochain concours d'agrégation trois places pour la langue italienne et pour la langue espagnole.

Il est des régions de la France, celles, par exemple, qui font commerce avec l'Espagne et l'Amérique du Sud ou avec l'Italie, pour lesquelles l'anglais et l'allemand sont inutiles ; il faut leur donner le moyen de communication qui leur est nécessaire.

J'ai entendu tout à l'heure un mot, que j'ai saisi au passage. M. Antonin Dubost a dit : « Il faudrait diminuer le prix de la pension des lycées et des collèges. » Il a raison ; et c'est par là que je voulais terminer. Nos prix de pension ont deux défauts. Ils sont trop élevés et ils sont d'une fixité immuable. Nos proviseurs et nos principaux n'ont pas le droit de les réduire selon les circonstances ou les individus. Il faut diminuer et assouplir nos tarifs. Je suis sûr que ni la Chambre ni le Sénat, quand je viendrai leur demander le sacrifice budgétaire indispensable pour réaliser cette réforme, ne me refuseront leur concours*

M. ANTONiN DUBOST. — Oui, mais Cette réforme n'est réalisable que si on organise les lycées dans d'autres conditions que les conditions actuelles !

31. LE MINISTRE. — Mousicur Dubost, il m'est impossible de traiter séparément et à fond toutes les questions soulevées au cours de ce débat.

J'ai peut-être déjà abusé de l'attention du Sénat, et je m'en excuse (Mais non! mais non I). Si nous voulons instituer une discussion de détail sur le régime intérieur des lycées et des collèges, je suis prêt à la soutenir; seulement, cela nous demandera plusieurs heures.

Je n'ai eu aujourd'hui d'autre ambition que de tracer les grandes lignes des principales réformes qui s'imposent et d'indiquer l'esprit dans lequel nous devons les entreprendre.

Je termine. On a beaucoup critiqué l'Université depuis trois jours. J'ai été le premier à signaler les progrès à réaliser et les abus à corriger. J'ai pu parler tout haut, parce que nous sommes forts de la confiance du pays, parce qu'on connaît notre passé, les longs services rendus et parce que ceuxlà seuls pourraient s'étonner qui affecteraient de croire que les institutions humaines sont parfaites. Nous croyons, nous, que tout est perfectible et que chaque jour doit apporter son progrès.

L'Université a conscience de la haute mission qui lui est confiée. Elle la remplira tout entière.

Nulle part, au monde, l'enseignement de l'État n'a à soutenir une concurrence plus vive ; nulle part il n'a, en face de lui, des rivaux plus actifs et plus passionnés. L'Université ne les redoute pas. L'État républicain saura garantir la liberté par les moyens que la loi met en son pouvoir. L'Université se défend par l'excellence de ses méthodes, par les résultats de son enseignement, par la supériorité incontestable de ses maîtres.

Son personnel est un personnel d'élite, savant, désintéressé autant que courageux et dévoué à la chose publique. Les résultats? Ils parlent clairement : Pour l'école normale supérieure, 100 pour 100 des élèves sortent des établissements universitaires ; pour l'École polytechnique, la proportion est de 82 pour 100 ; pour Saint-Cyr, elle est de 75; pour Navale, de 70 pour 100. L'Université répond aux besoins du pays, à ses aspirations laïques et démocratiques, car elle seule est capable de se plier aux nécessités de la vie moderne, aux exigences de la société issue de la Révolution. (Très bien! à gauche.)

Les reproches qu'on lui a adressés, les accusations qu'on porte contre elle ne sauraient l'at-

teindre. Elle est respectueuse du passé, dont elle a recueilli les traditions glorieuses, mais elle vit dans le présent, et elle a les yeux tournés vers l'avenir ; elle ne s'attarde pas en d'inutiles regrets, car elle sait que les nations ajjpelées à grandir sont celles qui marchent hardiment dans les voies du progrès. Elle est tolérante, parce qu'elle est respectueuse de toutes les opinions et parce que, selon le mot de l'un de ses maîtres les plus éminents, elle estime que la liberté de croire est inséparable de la liberté de penser. (Très bien! Très bien! à gauche et au centre.)

L'Université continuera l'œuvre qu'elle a poursuivie sans jamais faiblir ni désespérer au milieu des vicissitudes de notre histoire ; elle donnera à la France des esprits libres, fermes et éclairés, des hommes dignes de leur temps, préparés à remplir avec allégresse les devoirs civiques et militaires que les démocraties soucieuses de leur indépendance imposent à tous les citoyens. L'Université est et restera la gardienne fidèle des Franchises de la pensée française et de l'unité morale de la nation. (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

SECONDAIRE, CLASSIQUE ET xMODERNE

IIS PAR LE MINISTRE DE l'iNSTRUCI

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