L ETAT ACTUEL
dation. Parmi les écoles les plus prospères et les plus utiles, beaucoup sont nées des libéralités de quelques riches citoyens; là où l'intervention des grandes fortunes faisait défaut, l'association y suppléait par des souscriptions publiques. Les groupements locaux ont rendu d'immenses services. Toute œuvre a prospéré ou végété, suivant que l'esprit public l'a soutenue ou abandonnée : c'est avec lui ou par lui que tout a été fait ; sans lui il eût été impossible de rien entreprendre. A Birmingham, toute une ville veut de bonnes écoles, sait ce qu'elle veut et le réalise; à Liverpool, l'apathie conservatrice et l'esprit mercantile paralysent les efforts de la minorité éclairée; dans le Devonshire, ce sont quelques hommes de bonne volonté qui, ayant créé une école-type à West-Buckland et s'étant trompés dès le principe, échouent, mais voient leur idée, modifiée et reprise par d'autres, réussir ailleurs. C'est l'histoire des examens locaux : les universités entraînées à agir par quelques hommes déterminés qui ont fait appel à l'opinion publique ; c'est l'histoire de VExtension, qui a poussé une végétation touffue grâce à ses fortes racines locales; ce sont les conseils de comté, qui se groupent et s'entendent pour organiser l'instruction technique, après qu'une association purement privée a gagné la cause, de haute lutte, devant le pays et le Parlement. On n'en finirait pas s'il fallait énumérer tous les exemples.
L'influence de l'esprit public sur les établissements et dans les questions d'éducation n'a pas toujours eu que de bons effets : les fortunes si diverses de Birmingham et de Liverpool en sont la preuve. Cette influence ne fut pas heureuse quand elle aboutit à fonder les catégories de l'enseignement sur des distinc-
tions de classes. Sans doute, encore aujourd'hui, dans presque tous les pays ', la division de l'enseignement en trois degrés : primaire, secondaire et supérieur, est fondée, pour une part, sur les distinctions de classes sociales. En France, cette division « est déterminée, à la fois, par l'âge et le développement des élèves, par leur condition sociale et leurs besoins présumés, par la nécessité de la culture, en général, considérée dans son ensemble ^ » Mais, en Angleterre ^, on a vu avec quelle àpreté les gradués de Cambridge défendent l'entrée de l'université contre l'envahissement des classes dites inférieures — celles qui ne cultivent pas le grec; on sait avec quelle répugnance d'abord les vieilles grammar schools ont vu introduire, par la Charity Commission, des réformes destinées à établir un lien entre elles et les écoles primaires *. Il est vrai que, depuis quinze ans, la société anglaise a évolué : la démocratie a acquis une force irrésistible; elle tend à modifier, progressivement mais profondément, les idées et les institutions; elle réclame de la gentry ce que la gentry a obtenu autrefois de la noblesse : une part des privilèges et du pouvoir. Les gens clairvoyants