‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 14 sur 109 · LES ORIGINES · texte numérisé non relu

LES ORIGINES

Érasme, les Warham, les Grocyn, les Thomas More, dans leur sollicitude pour Tinstruction du peuple, espéraient, au début du règne de Henri VIII, que l'école naissante s'enrichirait des dépouilles du monastère menacé. Dans le plan de Cranmer, chaque classe de la société, grâce aux libéralités attendues, devait avoir son école propre. Les couvents sont dépouillés, mais leurs biens passent aux mains de quelques favoris; et le plan de Cranmer reste en grande partie inexécuté.

Heureusement les dons des particuliers affluèrent pour fonder les écoles reconnues les plus nécessaires. Il y eut, en effet, au xv:"" siècle, un grand élan de charité intelligente, de générosité éclairée. Plus des deux tiers des endowed schools (écoles dotées) que possédait l'Angleterre en 1867 (500 sur 700) dataient de cette époque : elles avaient été dotées par des princes * ou des particuliers.

A la fin du siècle, la classe moyenne commençait d'avoir les moyens suffisants de s'instruire. Mais on avait oublié le peuple. Les fondateurs et bienfaiteurs des grammar schools n'avaient pas pénétré jusqu'aux couches profondes. A l'origine, il est vrai, les grammar schools étaient bien des écoles de charité, oij l'enseignement était donné gratuitement ou contre une très faible redevance. Le fils du pauvre, pour peu qu'il eût quelque talent, y trouvait le moyen de s'élever jusqu'au seuil des ordres : alors s'ouvrait devant lui une carrière, brillante peut-être, dans l'Éghse. Mais la gentry ne tarda pas à accaparer les

1. Henri VIII fonda dix grammar schools, Edouard VI viniçtsept, Marie et Élisabetli ensemble trente.

riches fondations scolaires qu'elle administrait. L'intérêt de classe effaça jusqu'au souvenir de la pensée première du donateur. La porte des écoles dotées fut, peu à peu, presque fermée aux enfants du peuple. Au milieu du xviii" siècle, il semble que toute trace des grands enthousiasmes religieux et intellectuels du xvr- ait disparu. La haute société qui donne le ton est légère, sceptique, dissolue, souvent brutale dans son langage et dans ses goûts; la culture de l'esprit est tombée en défaveur. Les grammar schools subsistent, mais l'instruction qu'elles donnent est réduite à fort peu de chose, et l'on ne tente rien pour la soutenir et la relever.

En 1816, Brougham attira violemment l'attention du peuple anglais sur les questions d'enseignement; il réussit à imposer à la nation et au parlement des préoccupations qui, jusqu'alors, avaient été seulement celles de l'Église, de quelques particuliers et de plusieurs associations. De même qu'en France, au début de la Révolution, l'Église occupait chez nous, presque seule, le vaste domaine où l'État, prenant charge d'âmes, allait s'installer en maître, en Angleterre, si l'omnipotence du clergé avait été entamée par la Réforme, la religion demeurait encore à la base de l'éducation : la société laïque avait pris pied à l'école pour partager avec le clergé l'administration des mainmortes; mais l'État n'intervenait point. Cette situation ne s'est modifiée que lentement au cours du siècle : elle subsiste dans ses traits essentiels, tandis qu'en France la Révolution a subitement bouleversé les rapports de l'école et de l'État.

A la longue, d'étranges anomalies avaient compliqué ou déformé l'édihce scolaire anglais, singulier amas

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