‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 15 sur 109 · LE MOUVEMENT LIBÉRAL VERS · texte numérisé non relu

LE MOUVEMENT LIBÉRAL VERS

de constructions mises bout à bout sans ordre et sans plan. Dans ses protestations véhémentes Brougham, en 1816, réclamait que toute la bâtisse fût reprise en sous-œuvre. Il obtint des Communes la nomination de commissions d'enquête qui n'aboutirent à aucun résultat sérieux. Mais le parti whig vit tout le profit à tirer d'une pareille campagne : plusieurs de ses membres et de ses chefs, mus par un dévouement sincère pour le peuple et par la pitié que leur inspirait sa condition misérable, résolurent de le relever par la culture intellectuelle et par la mise en œuvre de ses qualités morales. A la voix des grands orateurs whigs, un grand mouvement de sympathie fonda les mechanics institutes et les Birkheck schools, écoles d'adultes, instituts techniques, sortes de clubs studieux où les ouvriers s'associaient pour apprendre.

Les whigs, à cette époque déjà, comptaient dans leurs rangs un grand nombre de non-conformistes : ils dénoncèrent l'exclusivisme du clergé anglican. L'Eglise établie, maîtresse des grammar schools et des universités, en avait fait des établissements confessionnels (sectarian). Les dissidents ne participaient plus aux fondations faites au profit de tous. En outre, on reprochait aux écoles secondaires d'avoir laissé l'enseignement se dessécher dans l'étroite prison classique. L'université de Londres, fondée alors, reste comme un témoignage des idées qui animaient ces réformateurs. Son unique mission fut de conférer des grades; elle n'était pas enseignante, mais seulement examinante. Si restreint que fût son champ d'action, le prestige de ses diplômes délivrés à la suite d'examens difficiles, ses programmes, où une large place était faite aux sciences naturelles et aux sujets mo-

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ciernes, devaient exercer une influence considérable dans le pays tout entier.

L'opinion publique, distraite de ces questions pendant plus de trente ans, y fut soudainement ramenée en 1863 par un publiciste en vogue, grand chasseur d'abus et redresseur de torts : on l'appelait le « grand détective ^ » Il découvrit que le collège d'Eton, fréquenté par les lîls de Taristocratie, donnait une fort médiocre éducation. Il mit en regard les sommes énormes léguées à Eton, ses revenus considérables dépensés chaque année, le prix élevé payé par les parents des élèves, et les misérables résultats de cet immense effort. Il dénonça de graves abus dans l'administration de toutes les dotations scolaires. L"émotion fut vive dans les classes dirigeantes; elles se sentaient atteintes dans leur orgueil et leur sécurité : Eton ne devait même pas être suspecté. Une commission royale, présidée par lord Clarendon, fut chargée d'une enquête sur la situation des public schools, au nombre de neuf: c'est amsi qu'on nomme les plus célèbres et les plus riches des grammar schools, devenues peu à peu les éducatrices des classes dirigeantes : Eton, AVincliester, Westminster, Charterhouse, Saint-Paul, Merchant Taylors', Harrow, Rugby, Shrewsbury -.

4. Ces dt'Lails el beaucoup d'autros que l'on trouvera dans ce cliapiU-e historique, sont empruntés à l'excellent rapport de MM. .Marguerin et Motheré sur V Enseignement des classes moijcnnes el des classes ouvrières en Angleterre. Paris, 1864, in-4°. — Nous avons aussi puisé dans l'ouvrage bien connu et justement estimé de MM. Demogeot et Monlucci : De l'Enseignement secondaire en Angleterre et en 7ic«sse (rapport au ministre de l'instruction publique;. Paris, 1868. in-S".

2. Le nom de public scliools a, en Angleterre, un prestige considérahle, grâce au glorieux el lointain passé, à la vogue

LES « PUBLIC SCUOOLS » E.\ 18G3 7

Plusieurs de ces écoles ont eu l'heureuse fortune de recevoir leur dotation en terres : le temps seul suffit à décupler, parfois à centupler la valeur de ces biens-fonds . Rugby , sous Elisabeth , recevait une terre située alors à un demi-mille du mur de Londres et rapportant 8 livres; en 1807, le champ de Rugby se trouvait dans Londres même et rapportait 2032 livres. Les exemples de ce genre abondent. Chaque public achool, par cela même qu'elle possède une fortune particulière provenant d'une fondation, est soumise à un « corps gouvernant » (governing hody).

La composition, le mode de recrutement et les attributions des c( corps gouvernants » varient suivant les dispositions du donateur : tantôt c'est un collège, tantôt un conseil de trustées, ou fidéicommissaires. Un coller/e est une société d'hommes adonnés à l'étude, se recrutant par cooptation : les membres du collège (felloics), voués au célibat, vivent en commun sur les revenus de la fondation. A Eton (1862), le collège et l'école sont parfaitement distincts. L'école est comme un appendice du collège. Le chef du collège (provost), assisté de fellows au nombre de six ou sept, presque tous anciens professeurs de l'école (assistant masters),

aristocratique des institutions qui le portent. Public s"opposD à private, qui caractérise les écoles particulières, si nombreuses et si décriées. La public school est publique seulement en ce sens qu'elle n'est pas la propriété, la chose d'un particulier, mais une fondation d'intérêt général, accessible à quiconque peut payer le prix de la pension ou remplir certaines conditions imposées par le l'ondateur; elle est, en tout cas, indépendante de l'Élat et de ses agents. Si les (Communes ou les Lords ordonnent une enquête, comme en 1S(!2, c"est en vertu du droit qu'a le Parlement de réglementer et de surveiller la gestion des legs et fondations d'intérêt public \endowmenls).

administre les propriétés et les revenus. Le collège est tenu d'entretenir un certain nombre de boursiers (70), qui vivent ensemble dans le collège, tandis que les nombreux élèves payants de l'école sont répartis comme pensionnaires (boarders) dans les maisons particulières des maîtres. A Westminster, c'est le chapitre de la cathédrale qui tient lieu de collège.

A défaut de collège, le corps gouvernant est formé de trvslees institués par le fondateur. Colet, au xvi" siècle, pour l'école de Saint-Paul, confia la gestion à la compagnie des Merciers de Londres. Le plus souvent, comme à Rugby ou à Harrow, des gentlemen, des propriétaires de la ville ou des squires de la campagne environnante, forment le board of trusices, qui se renouvelle par cooptation : ce hoard n'exerce qu'un lointain patronage.

Le headmaster (dii'ecteur) de l'école est nommé généralement par le corps gouvernant. Il est investi d'un pouvoir absolu; tout repose sur lui; il peut tout. Dans la société anglaise, aucun autre office ne confère des pouvoirs aussi étendus. Les puhlic schools choisissent, le plus souvent, pour remplir ces fonctions, un ancien élève de l'école, qui a pris ses grades à l'Université, est entré dans les ordres, puis a fait ses débuts comme assistant master : religieusement atttachées à leurs traditions, elles répugnent à introduire dans la place un étranger, si méritant qu'il soit, qui pourrait modifier les vieux usages, sous prétexte de supprimer des abus. A Eton (1862), on ne veut même comme assistant waslers que d'anciens Etoniens. Les maîtres, choisis et nommés par le headmaster, qui, lui-même, enseigne dans la plus haute classe, ont, outre leur traitement fixe, une source de revenus considérables

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