ÉDUCATION INTELLECTUELLE
de douze à quinze ans travaillant chacun pour son compte et de son côté, chacun sachant ce ciu'il avait à faire, dessinant, maniant des produits chimiques ou des appareils de physique, tous faisant, en toute liberté, silencieusement et sérieusement leur besogne, sans perdre une minute. Or, dans celte école, on ne donne point de punitions : les élèves doivent se bien conduire, travailler et laisser les autres travailler, sous peine d'être priés de rester chez eux. Cela suffit.
Depuis la Renaissance jusqu'à ces dernières années les plus petites grammar schools, de même que les public achools, eurent les yeux tournés vers Oxford et Cambridge : leur ambition à toutes était d'y voir admettre et réussir les plus brillants de leurs élèves. Les vieilles universités en étaient restées au culte exclusif de l'antiquité classique : les écoles n'enseignèrent que le grec et le latin. Après les enquêtes de 1862 et 1865 les idées se sont modifiées; on a demandé autre chose aux écoles, même aux public schools; un peu malgré elles, on les a fait sortir du cercle étroit oi^i elles s'étaient enfermées, pour suivre enfin le grand mouvement de tous les peuples modernes dans le champ illimité des sciences. A la fidélité scrupuleuse aux traditions classiques, a succédé une liberté voisine de l'anarchie. Chaque école, maîtresse de son programme et de son temps, subit les influences qui la dominent et suit les courants très divers qui partagent le monde de l'enseignement. L'enquête nous découvrira peu à peu cet ensemble complexe. Nous ne sau-
rions toucher ici, dans ce chapitre préliminaire, que quelques points de détail.
Sur un seul point peut-être les maîtres anglais sont restés d'accord : ils ont tous la même crainte du surmenage, une égaie horreur de la sédentarité imposée à Técolier. C'est la conséquence naturelle des idées régnantes sur l'éducation physique. Les heures de classe ou d'étude sont courtes, coupées d'exercices qui font diversion : le maître anglais ne redoute rien tant que de fatiguer l'attention de ses élèves. L'écolier anglais travaille huit heures par jour au maximum, tandis que le collégien français fournit dix à onze heures de travail sédentaire, et même davantage, quand Tépoque des examens approche. Dans toutes les écoles anglaises, chaque semaine trois après-midi, ou au moins deux, sans compter le dimanche, sont consacrés aux jeux de plein air.
Le grec et le latin sont toujours de hauts et puissants seigneurs, qui dominent dans les grandes écoles et les vieilles universités : ils ont des rivaux, mais point d'égaux. Le grec est étudié avec autant, peutêtre môme plus de soin que le latin. Une éducation classique accomplie comporte en Angleterre une connaissance bien plus approfondie du grec que chez nous '.
L'étude des langues mortes est restée toute scolaire. Farrar écrivait, en 1867 : « L'importance attachée aux
]. " Le niveau des études helléniques en Franec senii)Ie des plus misérables h un Anglais (|ui'l(|ue peu instruit. » (ILiiiiei-ton, 1. 19.)
Le Times du 1 septembre 1S92 inibliait en fac-similé un frau'ment de papyrus de la Version des Septante, et imprimait audessous le texte en grec. Seule une revue spéciale se passerait une pareille fantaisie en France.