‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 37 sur 109 · Près de 2700 francs · texte numérisé non relu

Près de 2700 francs

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école qui doit se suffire à elle-même et qui rivalise avec les meilleures, ces prix sont modérés.

Les élèves de Marlborough appartiennent à la partie la plus active et la plus intelligente de la classe moyenne. Si on recherche la profession des parents, on obtient le classement suivant : 200 clergymen ; 200 appartenant aux professions libérales, officiers, médecins, hommes de loi; 100 négociants, industriels ou fermiers; 60 sans profession.

S'écartant assez sensiblement du système très coûteux adopté dans les vieilles public scliools (les enfants vivant par groupes de 30 à 40 dans la maison d'un maître), le régime de Marlborough est plus uniforme, plus simple et plus économique. Pour l'organisation matérielle, Marlborough se rapproche de nos lycées. Le repas principal est pris en commun dans un immense réfectoire qui réunit tous les élèves, même ceux des maisons extérieures au collège. La tenue des boi/s est uniforme; elle exclut les dépenses de pure coquetterie ' et la fantaisie individuelle : petite veste noire, cravate sombre, casquette aux couleurs du collège. Les élèves sont bien tenus.

En dépit de cette uniformité sur certains points et de ces repas en masse, qu'imposait l'économie, rien ne sent la caserne. On a tenu et on a réussi, me semble-t-il, à s'assurer, sans les payer aussi cher que de coutume, les avantages des autres grandes écoles anglaises : action directe et permanente, influence morale du maître sur toute la vie de l'écolier; discipline organisée par les boys eux-mêmes, sous le con-

i. On lit, dans le prospectus distribué aux lamilles : « Les parents sont invités à seconder les niaitres qui s'efforcent d'empêcher les dépenses exagérées. "

Ofi L EDUCATION EX ANGLETERRE

trôle des maîtres; esprit de solidarité entre tous les élèves de l'école; esprit de corps créé dans des unités moins grandes et entretenant des rivalités salutaires à Tensemble,

On a établi dans ce collège d'une façon fictive la division en « maisons » ; les hoijs sont répartis par groupes de 30 ou 40 comme ceux qui habitent les villas de Harrow ou de Charterhouse. Les bâtiments sont divisés en six fractions, chacune sous la direction d'un maître non marié, qui partage toute l'existence de ses élèves. Ce liousc-master remplit auprès des hoy.^ tous les devoirs que remplit un tidor de Harrow auprès de ses pupils, sauf qu'il n'a pas à les nourrir et qu'il ne leur donne des leçons particulières {private tuition) que dans des cas exceptionnels. Il correspond directement avec les familles de ses hoys, qu'il garde sous sa direction pendant toute la durée de leur séjour à l'école; il organise et maintient la discipline; il jouit d'une assez grande indépendance pour donner à sa ft maison », — qui a sa devise et ses insignes particuliers, — une personnalité, un esprit de corps. Le house- ■ni aster a son appartement personnel au centre même de sa (( maison. » Ses hoys ont en propre leurs dortoirs, leurs salles de bains, leurs lavabos. Les dortoirs, très bien tenus, contiennent généralement de 5 à 10 élèves; il y en a de plus grands avec une vingtaine de lits : la police est faite par un grand, nommé, suivant les cas, prefect ou captain.

Chaque élève de la classe la plus élevée, celle qui fournit les prefects, a son petit cabinet de travail ' ; les

1. Dans les maisons séparées (oul-houscs) chaque élève, quel que soit son âge, possède en propre un pelit cabinet de travail;

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élèves d'âge moyen travaillent, une dizaine ensemble, dans la salle de classe de leur house-masler; enfin, les plus petits de toutes les maisons sont réunis dans une grande salle commune, sous la surveillance d'un maître : on leur permet de causera voix basse, pour leur travail, mais ils semblent abuser un peu de la permission. En somme la liberté, moindre qu'à Eton et à Harrow, reste très suffisante et permet à l'individualité de se développer.

Au repas principal d'une heure et demie assistent tous les élèves, sans exception. Le headmaster préside; tous les house-masters y prennent part, chacun à la tète de la table où sont réunis les élèves de sa « maison. » Tous les autres maîtres, qui ne sont pas house-masters mais qui, étant célibataires, ont leurs appartements dans le collège, prennent part également au repas. La nourriture est excellente.

Pour les classes, les élèves ne sont plus groupés par « maisons », mais suivant leur âge et leur force; les housc-rnaslers ont, comme les autres, une classe à diriger.

Le collège se divise en deux pour l'enseignement : grand collège et petit collège. Le grand collège comprend une division classique et une division moderne.

Dans la division classique, l'instruction est, tout entière, dirigée vers les universités, presque exclusivement classique, avec un peu de mathématiques, de français, d'allemand (facultatif), de sciences physiques, d'histoire et de géographie. Dans la division moderne, on enseigne les mathématiques, le français, l'allemand,.

quelquefois, si la pièce est assez grande, il la partage avec un Irèrii ou un ami.

Je latin, les sciences physiques, l'histoire, — principalement moderne, — la géographie physique et politique, la langue anglaise. Des classes spéciales préparent à Woolwich et à Sandhurst. Le petit collège enseigne le grec, le latin, le français, l'anglais, l'histoire et la géographie.

Il y a environ 120 élèves dans la division moderne, •créée pour les enfants qui, ne visant pas aux universités, se destinent aux affaires, à l'armée, au civil service; mais la superstition de l'enseignement classique parait l'avoir emporté une fois de plus, puisque la division moderne ne recueille guère que les épaves de la division classique. La jeune gloire conquise aux universités par lesMarlburians et les sérieux avantages qu'ils y recueillaient, ajoutés à l'antique prééminence des études grecques et latines, devaient nuire singulièrement au succès et au prestige du modem side.

Parcourons les diverses classes, — qui ne comptent jamais plus de 30 élèves, — assistons aux exercices, et voyons quelles sont les méthodes appliquées :

La classe du Rev. Cummins, seco)ul for m, fait partie du petit collège : les élèves ont une douzaine d'années. Ils expliquent le De Viris : on consacre six heures au latin par semaine. Chaque élève se tient debout pendant ■qu'il répond. Le maître distribue des petits papiers sur lesquels tous inscrivent les réponses aux questions les plus difficiles, afin de les graver dans la mémoire. En tête de ce papier, chacun marque, pour son compte, un point ou deux à chaque bonne réponse qu'il a faite. Ils tiennent tous leur propre comptabilité, et le maître a pleine confiance en eux. Les interrogations, très courtes, sautent d'un hoy à l'autre, si bien que .tous sont toujours tenus en éveil. Assis par ordre de

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mérite, le premier près du maître, ils changent de place en raison de leurs réponses bonnes ou mauvaises, montant ou descendant, se rapprochant ou s'éloignant de la place suprême. Ce mouvement incessant ne paraît pas produire trop de trouble; il a, du moins, le sérieux avantage de stimuler et d'éperonner toute la classe à tout moment. L'explication est menée rondement par le jeune maître plein d'entrain. Il ne pose guère à ses élèves que des questions grammaticales, faisant appel surtout à leur mémoire, qu'il tâche de rendre aussi prompte que possible. Sur les murs de la salle quelques cartes murales et, à la place d'honneur, deux tableaux, avec les noms de tous les champions du collège au cricket et au football depuis 1873.

Division classique, quatrième « form » (upper fourth) : les élèves ont environ quatorze ans. M. Brughera donne une leçon de français; c'est le même système de petits papiers, de changements de place, de courtes interrogations. Les hoys traduisent assez convenablement un épisode du roman d'Hector Malot, Sans famille. Les questions portent sur les formes grammaticales des mots difticiles, sur les verbes irréguliers.

Division moderne : M. Richardson fait une leçon d'histoire à des élèves de quatorze ans. Le maître, debout, très actif, toujours en scène, repasse tout haut la leçon que les élèves ont dû préparer dans un manuel (Ransome, toute l'histoire d'Angleterre, des origines à 1886, en 400 pages). Il leur pose, chemin faisant, des questions brèves, sautant de l'un à Tautre, pour extraire de chacun d'eux ce qu'il sait. Les réponses sont presque monosyllabiques, rarement de quatre mots. Beaucoup d'élèves n'ont pas même lu leur manuel, ou l'ont parcouru sans rétléchir. Ils

n'ont retenu que des morceaux très minces d'un très mince précis. Ce n'est pas une classe de travailleurs zélés; visiblement, la division moderne n'enlève pas à la division classique les plus brillants sujets ni les plus ardents. La méthode employée par le maître est excellente dans l'espèce, puisqu'il s'agit d'élèves jeunes encore et assez endormais; mais cette façon d'apprendre l'histoire devient insuffisante dans les classes supérieures.

Division classique {vpper V'^' fovm), élèves de seize ans. Autre classe de français par M. Brugiiera. Je dicte à ces élèves quelques lignes à.' Eugénie Grandet. Sauf G ou 7 sur 2(), ils écrivent assez convenablement et comprennent ce que je leur dicte. Ils prononcent le français assez correctement.

Division classique (VI"' fonn), la classe la plus élevée du collège; âge, de seize à dix-huit ans. M. Upcott traite de la littérature anglaise, sujet généralement dédaigné ou ignoré dans les public scliouls. Au début de la classe, un quart d'heure est donné aux élèves pour répondre par écrit à quelques questions sur un essai de Bacon qu'ils avaient à lire. Puis le maître prend la parole et fait un cours de trois quarts d'heure. Faire un « cours », et un cours de littérature anglaise •dans une public school, eût semblé presque révolutionnaire aux maîtres d'il y a vingt ans! M. Upcott parle d'abord de Milton, une demi-heure; les qualités littéraires du poète sont analysées et rangées sous diverses tètes de chapitres que le maître n'a guère le temps de développer. Les élèves écrivent quelques phrases, mais fort peu d'entre eux prennent véritablement des notes. Les élèves anglais ont l'horreur d'écrire. Le maître lit quelques beaux passages de

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