‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 43 sur 109 · DULWICH · texte numérisé non relu

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sent, le matin à 9 heures, pour la prière avant la classe. C'est là aussi que dînent 200 boys qui demeurent trop loin pour retourner prendre leurs repas chez eux. Des laboratoires de physique et de chimie, parfaitement outillés et pourvus d'un grand nombre de places pour les expériences et manipulations des élèves; un atelier de mécanique et de travail manuel, où l'on enseigne à travailler le bois et le fer; une machine à vapeur, démontable pour la démonstration en classe; une piscine de natation, chauffée en hiver; une immense prairie oi^i mille boys peuvent s'ébattre à l'aise, sans rencontrer de barrières; tout cela contribue à faire de Duhvich Collège, si l'on oublie la façade trop ambitieuse, un établissement très bien approprié à son objet.

Les enfants sont admis au-dessus de dix ans, après un examen d'entrée. Le collège est partagé en deux : senior et junior sections — grand et petit collège.

Tous apprennent le latin dans le petit collège jusqu'à 14 ans environ. Le grand collège comprend -4 divisions : classique, moderne, scientifique et mécanique. La division classique, suivant le programme ordinaire, prépare soit aux universités, soit aux examens du civil service métropolitain et de l'Inde. Dans la division moderne, les mathématiques, les langues vivantes, les sciences physiques et naturelles et le latin (facultatif), en vue de l'armée ou de l'examen de matriculation de l'université de Londres. La division scientifique conduit aux examens préliminaires de médecine, à la matriculation de Londres et, en général, aux examens 'purement scientifiques. La division mécanique donne aux futurs ingénieurs les rudiments de leur profession.

Dulwich Collège compte 570 élèves de onze à dixneuf ans : 40 se préparent à la carrière militaire; plus de 250 se destinent aux professions commerciales et industrielles; 120 au civii service; 34 à la médecine; 39 au métier d'ingénieur. Ils appartiennent, pour la plupart, à des familles aisées, dont le revenu annuel varie entre 12 500 et 25 000 francs : fds de colonels ou généraux en retraite, de hauts employés des compagnies d'assurances et des banques de la cité, de commerçants, etc. Un grand nombre de familles viennent habiter Dulwich. Les loyers et la vie y sont moins chers que dans l'ouest de Londres; on y a l'illusion de la campagne et le chef de famille se rend aisément à ses affaires.

Les frais d'études sont de 21 livres (525 francs) par an. Autour de l'école, qui ne reçoit que des externes, des boarding houses, autorisées par le Jwadmaster, prennent des pensionnaires à raison de 1580 francs par an, non compris les frais d'études dus aii collège.

Tous les élèves doivent porter veste et gilet noirs, cravate unie, noire ou bleu foncé, chapeau de paille ou cap aux couleurs du collège.

Les heures de classe sont de 9 heures du matin à midi et demi, et de 2 heures à 4 heures de l'aprèsmidi; le mercredi et le samedi, de 9 heures à une heure seulement. Le temps consacré au travail dans les ateliers est pris en dehors de ces heures réglementaires. Les élèves emportent le soir des devoirs ou des préparations à faire chez eux.

La discipline est maintenue par les maîtres, quand ils sont présents, pendant les classes, dans les ateliers, dans les laboratoires. Durant les récréations, les élèves de la classe la plus élevée sont responsables de

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l'ordre. Si un élève est coupable d'une faute sérieuse, il est appelé par les moniteurs dans une chambre réservée et, là, admonesté : Tliorreur de cette humiliation est, paraît-il, presque toujours un frein assez puissant. Pour un cas plus grave, — mensonge, violence, etc., — le coupable est mené au headmaster qui autorise, s'il y a lieu, les moniteurs à lui administrer une correction réglée d'avance : cinq coupsde férule. Dans les cas extrêmes, le lieadniaster recourt lui-même aux verges.

« Pour former l'esprit et lui donner une discipline, me dit M. Gilkes, l'excellent headmaster de Duhvich,. les études classiques sont incontestablement les meilleures. Dans la division moderne, on tâtonne encore, les méthodes sont indécises, les maîtres moins bons '. L'élève lit des classiques français au lieu de lire desclassiques latins ou grecs, mais il est surtout préoccupé de saisir la trame de l'ouvrage, au galop; il s'attache peu aux idées et à l'expression qui leur est donnée; il recueille, sans doute, chemin faisant, une certaine connaissance des langues vivantes, mais non pas defaçon à se former l'esprit. L'élève de la division classique sera bien plus apte à trouver l'expression adéquate à sa pensée, à dire juste tout ce qu'il aura à dire, avec le moins de mots possible -. »

1. Dans beaucoup d'écoles, même assez riches, il est impossible de faire les frais de maîtres spéciaux pour les mathématiques, pour les sciences naturelles et pour les langues vivantes. C'est ainsi qu'à Dulwich on réunit sur la même tête les mathématiques et le français. Il est malaisé de trouver un professeur qui enseigne également bien les langues vivantes elles sciencesexactes.

2. On remarquera combien les témoignages diffèrent sur cette question tant controversée de l'enseignement moderne : l'avis-

M. Gilkes a imaginé de consacrer cliaque journée à un sujet unique, latin, grec, français, etc. Chaque sujet revient moins souvent, mais le sillon qu'il laisse dans l'esprit est plus profond et s'efface moins aisément '.

La spécialisation se fait, en général, à seize ans, quelquefois à quatorze. Les parents sont toujours pressés de voir leur fils choisir une profession et s'y préparer exclusivement. Malgré les répugnances du headmaster, l'école a dû céder et pencher de ce côté.

La géographie n'est enseignée que dans le petit collège et dans Varmy class, parce qu'elle ligure aux programmes de Sandhurst et de Woolwich. Je demande à M. Gilkes pourquoi la géographie est aussi mal traitée : c( Ne craignez rien, me répond-il très sérieusement; ils l'apprendront en courant le monde. »

On a renoncé, comme à Eton, aux devoirs écrits d'histoire, faute de résultats satisfaisants. Dans la classe supérieure de la division moderne, les élèves ont parfois à faire des compositions anglaises sur des sujets généraux : la découverte de l'Amérique et les destinées de l'Angleterre; le patriotisme; etc. Les leçons à apprendre sont rares et courtes : on vise toujours à l'économie de temps et d'effort.

La division mécanique produit les plus beaux fruits de la spécialisation prématurée : les élèves de cette

de MM. Bowen (Harrow) cl H.-\V. Eve (Universily Collège School) est, au contraire, favorable.

1. Je sais un maître de public school qui s'enferme pendant trois mois, lui et ses élèves, avec les auteurs grecs, trois mois avec les auteurs latins, trois mois avec les auteurs anglais : il arrive ainsi à créer dans sa classe une atmosphère intellectuelle particulièrement favorable aux rapides progrès dans une même matière.

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division ont le plus parfait dédain pour tout ce qui est l'expression écrite de la pensée humaine, pour tout ce qui a trait à l'homme même. Les mathématiques appliquées et le travail mécanique les absorbent. Ils sont fermés au reste. En quittant l'école ils sont à même d'entrer dans une usine ou chez un ingénieur et d'y occuper une place rétribuée : leurs services sont considérés comme valant déjà un salaire.

Dans la division scientifique, on mène les élèves jusqu'à l'examen de matriculation de Londres, puis, cet examen passé, jusqu'au premier examen de médecine, qui porte sur la chimie, l'histoire naturelle. En quittant le collège, ils entrent dans les écoles des hôpitaux de Londres.

Enfin dans la division classique les études doivent être fortes, si l'on en juge par les succès remportés tous les ans à Oxford, à Cambridge et dans les examens de YIndia civil service.

MIDDLE CLASS SCHOOL, COWPER STREET '. — En 1866,

quelques hommes d'initiative, banquiers, gros négociants de la Cité, hommes politiques, furent frappés de ce fait que la petite bourgeoisie, la middle class, placée entre le peuple qui a les écoles primaires, et la bourgeoisie riche qui a les public schools, était presque ■entièrement dépourvue de moyens d'éducation. Ces hommes de bonne volonté fondèrent une association qui, en vertu d'une charte royale, prit le nom de <( Corporation pour l'éducation de la classe moyenne

i. Octobre 1888. Mai 1890.

dans la Métropolis et ses faubourgs. » Ils avaient surtout en vue de créer dans la Cité un externat pour les entants d'employés de toutes sortes, dont le revenu ne dépasse pas 4000 francs . Dans cette école les enfants recevraient, pour un prix modique, une éducation commerciale.

L'école existe, en pleine Cité, dans une rue sale et misérable du quartier de Finsbury, Cowper Street. On est allé au plus pressé, on a trouvé un local assez vaste pour loger un millier d'élèves; c'était une vieille bâtisse sans apparence; on s'en est contenté.

Les frais d'étude sont de 180 francs par an environ (3 terws à 45 shillings). Les élèves doivent être présents de 9 heures et demie du matin à 3 heures et demie de l'après-midi, tous les jours, excepté le samedi, qui est jour de congé. Beaucoup de ces enfants viennent de loin; ils arrivent le matin avec leur père qui se rend à son bureau; on ne peut guère les faire venir avant 9 heures et demie, étant données les habitudes de la Cité. Le congé du samedi leur est accordé pour la même raison : les affaires cessent le samedi à 1 heure de l'après-midi.

Cette école a déjà rendu de grands services; elle s'est acquis une honorable réputation. Elle est obligée de refuser des élèves. Tout serait pour le mieux si elle ne souffrait d'un déficit chronique. Les sommes versées par les élèves ne suffisent pas à couvrir les frais. En 1889, l'école comptait 1000 élèves; les recettes s'élevaient à 5000 guinées par an, les dépenses à 6000 : déficit 1000 guinées, un peu plus de 26000 francs. Les trous sont bouchés tant bien mal par des dons volontaires '.

1. En 1892, les Charity commiss'wncrs ont prélevé sur les fond?.

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L'enseignement porte sur l'anglais et la littérature^ l'histoire, la géographie commerciale, les mathématiques, l'écriture, la tenue des livres, le dessin graphique, le dessin d'art, le dessin ornemental, le français, la musique vocale, les éléments de physique et de mécanique. Tous les élèves apprennent la sténographie ^ Pour la dernière année, ils ont à choisir entre quatre classes qui préparent, soit à l'examen dematriculation de Londres, soit aux affaires en général, soit à l'apprentissage mécanique, soit aux examens ducivil service.

Ce programme, par beaucoup de points, rappelle nos écoles primaires supérieures. Cowper Street s'adresse à la même clientèle et répond aux mêmes besoins que- Turgot ou J.-B. Say à Paris.

L'école est dirigée par M. Wormell,- docteur es sciences de l'université de Londres, qui fait en outre les cours de physique et de chimie. Le D'' AVormell est, à vrai dire, le créateur, à Londres, du type de la middle class sc/iool, comme jadis, à Paris, M. Marguerin, de nos écoles municipales primaires supérieures : plein de finesse et d'entrain, simple et enthousiaste, savant maître et puissant organisateur, il est l'âme de cette immense école qui a grandi peu à peu. Des milliers d'élèves sont sortis des mains du

de la dolalion Alleyn (Dulwichl une somme assez ronde pour doter l'école de Cowper SLreel.

1. Depuis que l'usage de la machine à écrire s'est répandu dans les maisons de commerce pour la correspondance, tout employé chargé de faire la correspondance doit être sténographe en même temps que dactylographe. On sait en elTel que dans les maisons où l'on se sert de la machine "i écrire, le chef expédie oralement sa correspondance pendant qu'un employé prend des notes sténographiques qu'il développe ensuite sur la machine.

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D'' "Wormell, tous ont conservé du « bon docteur )) un souvenir reconnaissant et attendri.

On reçoit à Cowper Street les enfants de liuit ans; on préfère même les avoir très jeunes, au sortir de leur famille, avant l'école primaire. Mais, le plus souvent, c'est de l'école primaire qu'ils viennent. On les garde jusqu'à quinze ou seize ans : c'est l'extrême limite. A seize ans, il faut qu'ils commencent à gagner leur vie : ils entrent alors comme clerks dans quelqu'une des innombrables maisons de commerce qui peuplent la Cité tout alentour. Les élèves de Cowper Street sont connus des négociants londoniens et recherchés. Beaucoup de négociants s'adressent au D"* Wormell quand ils ont besoin d'un jeune employé qu'ils veulent former. Il est rare que le sujet qu'on leur recommande ne soit pas un travailleur consciencieux.

Chaque année, l'école est inspectée par un commissaire généralement emprunté aux universités d'Oxford ou de Cambridge, et spécialement délégué à cet etïet. M. J.-G. Fitch, inspecteur de l'enseignement primaire, qui fut chargé d'inspecter Cowper Street en 1877, disait dans son rapport : « Dans cette école, il y a une proportion inusitée d'enfants qui paraissent aimer leurs devoirs et en sentir la valeur... Je n'ai jamais visité une école qui soit plus complètement pénétrée de vigueur intellectuelle, et qui semble mieux préparée à former une génération de citoyens énergiques et réfléchis. » Le commissaire de 1887, M. P. Lyttelton Gell, de Balliol Collège, Oxford, dit à son tour : « Au cours de mes visites et à la lecture des copies de toutes sortes qui m'ont été remises, de nombreux et irrécusables témoignages m'ont prouvé que l'école est robuste

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