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CHAPITRE V

Birmingliam : un ensemble organisé

Si Londres, au point de vue de l'instruction secondaire et supérieure, peut être comparé à un vaste désert, coupé de quelques oasis clairsemées, Birmingham est un exemple, unique en Angleterre, d'ensemble bien organisé. Birmingham jouit d'un gros revenu affecté aux œuvres scolaires, en v^^tu d'une fondation royale; cet argent a été intelligemment dépensé dans la deuxième partie de ce siècle, grâce à l'esprit de selfgovernment que les citoyens de Birmingham possèdent à un haut degré, et qu'ils ont appliqué à toutes les entreprises d'intérêt commun et, en particulier, aux choses de l'instruction publique. Si l'on ne se laisse pas rebuter par l'enveloppe sale et triste, par l'aspect peu engageant et l'abord un peu rude, on découvre que Birmingham est une république bien gouvernée -. Ville de grande et de petite industrie, où

2. Nous avons décrit ailleurs les institutions et les mœurs locales de Birmingham. Voir Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1891, « Une l'épublique bien gouvernée. »

tous les chefs sont des self-mnde men; cite indépendante, énergique et laborieuse, où tous les citoyens, patrons et ouvriers, commerçants et membres des professions libérales, se sentent solidaires et sont socialement unis; démocratie éclairée, qui a su, depuis plus de vingt ans, choisir les citoyens les plus méritants et les plus dévoués pour les placer à sa tête et les investir des charges et des honneurs municipaux, cette grande cité a mené de front les améliorations matérielles et morales : des rues bien aérées, un réseau d'égoûts complet, de l'eau pure, du gaz à bon marché et de bonnes écoles, — on cite les écoles primaires de Birmingliam comme des modèles ', — et pour compléter l'ensemble harmonique, tout un système d'écoles secondaires, modernes et classiques, des établissements d'enseignement technique et supérieur, une école des Beaux-Arts, des bibliothèques publiques. En 1552, le roi Edouard VI fondait à Birmingham une école gratuite de grammaire, à laquelle il attribuait le revenu d'une terre. Ce revenu, qui était alors de 21 livres sterling par an, s'élevait déjà, en 1795, à

1. H En 1S70, au moment du vote de la loi Forster, il y avait place, dans les écoles primaires de Birmingham, pour 30 000 enfants, alors qu'il en aurait fallu recevoir aoOOO. Mais 16 000 enfants seulement allaient à l'école; 50,3 pour 100 du nombre des enfants inscrits participaient à l'instruction. En quinze ans, le school hoard, ou comité des écoles, institué par la loi Forster, a bâti 32 groupes scolaires, et il y avait place, en 1885, dans les écoles de la ville, pour 65 212 enfants. La place a été plus que doublée en quinze ans. D'autre part, les chiffres de présence ont monlé de 50,3 pour 100 des inscrits à 85 pour 100. L'aménagement intérieur de ces écoles est parfait; le corps enseignant nombreux, capable et plein d'ardeur. Aussi, l'enseignement donné dans les écoles primaires de Birmingham dépasse-t-il sensiblement le niveau habituel de l'enseignement primaire. » (Acland apd Smith, ibid., p. 459.)

1200 livres ; en 1818, il montait à 3000 ; en 1867 à 11 000, et en 1881 à 21 983 ; on calcule que, à la fin de ce siècle, il devrait atteindre 50000 livres, soit 1250000 fr. L'école elle-même n'avait pas suivi une marche aussi rapide : elle était riche, mais mal administrée. En 1828, elle ne comptait pas plus de 115 élèves et les bâtiments tombaient en ruines. Le Parlement vota un Act en vertu duquel deux écoles, l'une classique et l'autre « anglaise » (on dirait moderne aujourd'hui), devaient être construites avec les ressources de la fondation. L'architecte dépensa tant d'argent pour l'école classique qu'il n'en resta plus pour l'école anglaise. En 1865, la commission d'enquête constata que l'Église anglicane avait mis la main sur la fondation du roi Edouard, et qu'elle l'administrait à son profit, dans un esprit étroitement confessionnel et aristocratique. Les gens mal pensants, — les dissidents, — et les gens mal vus, — ceux qui ne comptaient pas dans la bonne société, — étaient tenus impitoyablement à l'écart. Cet abus avait soulevé des protestations : une association s'était constituée pour obtenir la réforme scolaire; elle demandait que l'école du roi Edouard fût ouverte à tous, moyennant une juste rétribution dont seuls seraient exempts les plus dignes ^

La fondation fut remaniée conformément au plan général de la commission d'enquête, qui voulait créer partout trois sortes d'écoles : des lower middle schools pour les enfants des artisans et de la petite bourgeoisie; des middle schools pour la moyenne bourgeoisie; et des higli schools pour les classes dirigeantes. La vanité publique fit échouer cette savante combinai-

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