‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 48 sur 109 · cland and Smith, p. 2o · texte numérisé non relu

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son. Personne ne consentit à se ranger dans la classe inférieure. Bientôt d'ailleurs la réforme de l'enseignement primaire, en relevant les écoles primaires, rendit inutiles les lower niiddle scliools . A Birmingham, ■comme partout où Ton avait appliqué le système de la commission royale de 1865, il fallut tout remanier une fois encore; et Ton n'est parvenu à l'état actuel •qu'après une dernière et inutile tentative (1878). Les lower middle scliools ont été définitivement abolies à Birmingham en 1883; il resta deux Idglt schools, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles, et huit (jrammar schools (A écoles de garçons, 4 écoles de filles). Toute distinction sociale disparut dans les noms; il ne fut plus question de parquer la loicer tniddle class dans une certaine catégorie et la middle class dans une autre; en fait, toutes les classes sont mêlées aujourd'hui dans les écoles du roi Edouard. Ces (^^coles ont rendu de tels services, elles ont acquis une telle renommée, qu'aucune école privée n'a pu soutenir la concurrence et vivre à côté d'elles.

Les grammar scJwols sont surtout destinées aux enfants qui ne pousseront leurs études que jusqu'à leur seizième année; les liigli scliools gardent leurs élèves jusqu'à dix-huit ou dix-neuf ans et donnent une instruction correspondante à celle des meilleures public schools. Toutes ces écoles sont des externats : les élèves des grammar schools paient 3 livres sterling (75 francs) par an; ceux des public schools, 12 livres sterling (300 francs). Un tiers des enfants sont boursiers de la fondation ; la moitié des bourses sont réservées aux élèves des écoles primaires publiques de Birmingham.

Les « grammar schools. » — Bien que ces écoles

préparent surtout aux carrières industrielles et commerciales, elles maintiennent le latin dans leur programme, d'ailleurs tout à fait moderne. Les headmasters de Five Ways et de Camp Hill considèrent l'enseignement du latin, même écourté, même très imparfait, comme la meilleure gymnastique intellectuelle; ils ne veulent pas admettre que le même résultat puisse être atteint par l'enseignement des langues vivantes. Les enfants arrivent entre huit et douze ans, plutôt vers douze ans, car la moitié d'entre eux passent d'abord par l'école primaire. Beaucoup d'enfants apportent de l'école primaire, où l'enseignement est forcément mécanique, quelques défauts qu'il convient de combattre ; ils manquent de souplesse d'esprit, ils savent peu et ne cherchent point le (( pourquoi » des choses apprises; mais, ce qu'ils savent, ils le savent bien. Ces enfants sont fils de boutiquiers ou bien de clergymen, solicitors, médecins. Car les bourgeois de Birmingham ne craignent pas d'envoyer leurs fils à l'école primaire d'abord. Au sortir de la grmnmar school, tous ces enfants, à très peu d'exceptions près, commencent l'apprentissage, dans le commerce ou l'industrie. L'enseignement a été combiné de façon à former un tout complet.

Les nia.[tves de ces grammarscliools ne cherchent pas seulement à instruire leurs élèves; ils travaillent aussi à en faire sinon des gentlemen accomplis, au moins des hommes bien élevés. Il ne s'agit de rien moins parfois que de transformer un petit sauvage, rude et inculte, en un jeune Anglais de la classe moyenne, conscient de ses devoirs et de ses droits. Le maître commence par lui apprendre à se tenir, à parler sans crier, à respecter le prochain et à se respecter soi-

même, toutes choses qu'on est forcé de négliger un peu pendant le court passage à l'école primaire, au milieu de la foule qui s'y presse.

Quelques-uns des maîtres de ces gniinmar schools sont sortis des vieilles universités, et, en particulier, les headmasters; leurs lieutenants sont, pour la plupart, d'anciens instituteurs primaires qui se sont élevés au-dessus du commun.

High School. — La lilgh scliool occupe ce bâtiment qui fut élevé vers le milieu du siècle et coûta si cher. Il n'était certes pas nécessaire d'entasser tant de pierres délicatement fouillées, de mettre bout à bout tant de frises, de rosaces, de clochetons et de frêles colonnades, pour loger une modeste école. Mais l'œuvre est belle, sans conteste, et l'on doit beaucoup pardonner à l'architecte qui a dressé, au bord de la Tamise, dans le ciel brumeux de Londres, la fière et mystérieuse silhouette du palais de Wesminster : l'école de Birmingham était le début de ce maître ouvrier. Il a légué aux licadmasters un hall gigantesque qu'il faut bien utiliser. M. Yardy, l'excellent directeur de la hhjh school, s'est vu obligé de revenir aux pratiques d'un autre âge : quatre classes se tiennent à la foisdans cette énorme salle; deux, heureusement, sont muettes : ce sont des classes d'écriture.

L'école comptait, en 1888, 350 élèves, dont une quarantaine avaient passé par l'école primaire. Quelquesuns en viennent directement; d'autres, après un stage intermédiaire dans l'une des quatre grmnmar schools. La moitié des bourses universitaires (quatre sur huit) que la higJi school met chaque année au concours parmi les élèves de sa plus haute classe sont échues, en 1887, à d'anciens élèves des écoles primaires. C'est

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ainsi que le fils d'un mécanicien de chemin de fer est allé à Cambridge. Toutes les classes sociales sont mêlées sur les bancs de la ]ii(jh school : fils d'ouvriers, fils d'instituteurs primaires, fils de boutiquiers et d'employés, entants des riches bourgeois, commerçants et industriels de la ville.

Pour les études, l'école est divisée en trois sections. La première comprend tous les élèves de onze à quatorze ans, avec un programme uniforme : une ou 2 heures d'anglais par semaine; 5 heures de latin;

2 ou 3 heures de français; 6 heures de mathématiques; 2 heures de sciences naturelles; 2 heures d'histoire et de géographie. Cette section comptait 120 élèves en 1890.

Vers l'âge de quatorze ans, les élèves choisissent entre la division moderne et la division classique. Les élèves de la division moderne (125 élèves en 1800) ne font plus que 4 heures, puis 3 heures de latin par semaine; ils cessent enfin dans les deux dernières années. Ils continuent aussi le français (2 heures), mais pour l'abandonner dans les deux dernières années; ils commencent l'allemand (4 heures par semaine pendant trois ans); les sciences (physique, chimie , histoire naturelle) prennent d'abord

3 heures, puis 5 heures et enfin 16 heures par semaine pendant les deux dernières années. Sur ces 16 heures, un grand nombre sont passées au laboratoire. Dans la division classique (135 élèves en 1890) on commence le grec (4, puis 5 heures par semaine) ; on continue le latin (6 heures, puis 5 heures), le français (5 heures) et les mathématiques (6 heures). Tous les élèves abandonnent la géographie à Tàge moyen de treize ans et demi.

Les élèves des classes supérieures de la division moderne sont étroitement spécialisés, puisque tout leur temps est consacré aux mathématiques et aux sciences naturelles : un assez grand nombre d'entre eux quittent l'école à mi-chemin, vers seize ans, sans avoir achevé; les élèves qui sortent au même âge des gramrnav schools sont allés jusqu'au bout du programme.

Les études sont fortes, les maîtres excellents dans la division classique : les étudiants qu'elle envoie aux universités y font bonne figure '.

Deux faits sont frappants à Birmingham. D'une part on a su vaincre les préjugés de classes, puisque beaucoup de bourgeois, au lieu de cantonner leurs fils dans de médiocres écoles privées avec d'autres petits bourgeois, les envoient d'abord à l'école primaire avec les enfants du peuple; d'autre part l'enseignement primaire a atteint un niveau élevé, d'où il suit que la distance est moindre entre l'école primaire eilsi grammar school, et la transition plus facile de l'une à. l'autre.

Sur 221 élèves payants admis dans les grammar schools, en 1890, 98 venaient des écoles primaires municipales (board schools), 34 d'autres écoles primaires (confessionnelles) ; et, sur 73 boursiers nommés au concours en 1890, 47 avaient été préparés dans les board schools et 18 dans les autres écoles primaires. Il y a plus : sur 8i élèves pagants admis dans la hlgli school en 1890, 10 arrivaient directement des écoles primaires et 9 des grammar schools.

M. Vardy, le headmaster de la liigh school, préfère

1. Parmi les anciens élèves de King Kdward's School, on doit ciler l'écrivain Grant Allen, le peintre Burne Jones, les évéques Benson, Lighlfoot, Westcott.

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à tous les autres les boys qui, après avoir débuté par l'école primaire, ont passé ensuite une couple d'années dans une grammar school; à cette seconde étape on les a dégrossis, mis à l'épreuve, et Ton peut distinguer s'ils sont assez bien doués pour franchir la troisième étape.

Un enfant intelligent, qui se distingue à l'école primaire, obtient une bourse d'instruction pour l'une des trois grammar scliools. Dans bien des cas, cela ne suffit pas : la famille ne peut subvenir à l'entretien de l'enfant jusqu'à quinze ou seize ans. Pour parer à cet inconvénient, le school hoard distribue chaque année, sous forme de bourses d'entretien, des sommes de 5 livres et même de 15 et 25 (de 125 à 625 francs); ces bourses sont assurées pour un certain nombre d'années. Il en est même qui permettent au boursier, en sortant de la grammar school, de poursuivre ses études à Mason Collège, à l'école des Beaux-Arts ou à l'école technique.

La fondation du roi Edouard est administrée par un comité (governing hodij) : huit délégués du conseil municipal, trois membres nommés par les universités d'Oxford, de Cambridge et de Londres; un membre élu par le corps enseignant des diverses écoles de la fondation; cinq membres à vie, pris dans le comité qui était en fonctions au moment de la réorganisation; et quatre membres choisis par le comité lui-même. Une commission de spécialistes, parmi lesquels figure de droit le headmaster de la high school, s'occupe des questions purement scolaires. Enfin, un conseil des maîtres (teachers' council) réunit les directeurs et directrices de toutes les écoles de la fondation, pour

discuter les sujets d'intérêt général. Le comité général de la fondation constitue, en quelque sorte, pour la ville de Birmingham, un conseil de l'enseignement secondaire. Suffit-il à sa tâche? Les neuf écoles entretenues sur les revenus de la fondation du roi Edouard, subviennent-elles à tous les besoins d'une population de près de 500000 âmes?

En 1890, les quatre écoles de garçons comptaient 1283 élèves. Elles ne pouvaient guère en recevoir davantage. Or, dans cette même année, elles n'avaient pu admettre qu'un tiers des élèves qui demandaient à entrer : 396 sur 1275. La demande dépasse considérablement l'offre, alors que, en matière d'enseignement secondaire, c'est l'offre qui doit créer la demande.

La fondation donne un revenu de 33 000 livres sterling et les sommes versées par les parents produisent 6820 livres. Les dépenses sont évaluées en moyenne à 28 livres par tête dans la high school, et à 10 ou 11 livres dans chacune des granimar scliools. Or on ne demande aux parents que 9 livres par an pour chaque enfant dans la high school, et 3 livres dans les grammar schools. Il semble qu'on ait abaissé le prix de pension un peu trop et trop vite, surtout dans la high school. Il est abusif de donner à des enfants de la bourgeoisie aisée, pour 9 livres, une instruction qui revient à 28 livres, surtout quand les sommes dépensées, pour combler la différence, auraient pu augmenter le nombre de places disponibles dans les grammar schools pour la petite bourgeoisie et la classe ouvrière. On aurait pu accroître le nombre des bourses en élevant légèrement partout le prix de pension.

Cette réserve faite, il faut reconnaître qu'aucune ville, en Angleterre, ne possède une organisation

comparable; nombre de riches fondations ont reçu un emploi infiniment moins justifiable.

Le school hoard de Birmingham a reconnu la nécessité de fournir aux artisans et à la petite classe moyenne, en dehors de la fondation du roi Edouard, des moyens d'éducation un peu supérieurs à l'école primaire. Il entretient, dans Bridge Street, une école dite du seventh standard, — l'école primaire ne va que jusqu'au sixième, — ouverte aux élèves des écoles primaires qui veulent étudier pendant quelques années encore.

L'école de Bridge Street fut fondée par un grand industriel de la ville, M. Dickson, qui fournit le local et l'installation matérielle et laissa des fonds pour cinq ans. A l'expiration des cinq ans, le school hoard a pris l'école à sa charge. En 1890, les frais étaient couverts de la façon suivante : 106:2 livres sterling fournies par le Science and Art Department (État); 175 livres versées par les élèves, à raison de 3 pence (de 30 centimes) par élève et par semaine; 141 livres, subvention du Département de l'Instruction publique (État); 77 livres prélevées sur le produit de la taxe scolaire (school hoard).

L'école compte 320 élèves, de treize à quinze ans, presque tous fils d'artisans.

Le programme est en somme celui d'une école technique : mécanique théorique et appliquée; chimie; électricité; dessin graphique et dessin d'art; principes de la construction des machines; géométrie appliquée.

Pour obtenir des ouvriers qu'ils prolongent de deux ans l'instruction de leurs fils, on fait valoir que l'enfant, après avoir passé par l'école technique, sera plus

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adroit de ses mains, aura l'œil plus exercé et Fesprit plus ouvert, et qu'en arrivant à l'usine il aura droit à un salaire plus élevé; — on ajoute que, avec le système de la division du travail, l'ouvrier ne fait plus d'apprentissage général du métier, qu'il ne fabrique plus qu'une partie, une pièce du produit manufacturé^ et que si, par maltieur, cette pièce devient inutile, il se trouve, du jour au lendemain, sans travail et sans moyens d'existence : il ne sait plus faire autre chose; deux années passées à l'école teclmique donneront au futur ouvrier une vue d'ensemble sur le métier; — enlin, l'on fait appel au sentiment de la solidarité sociale et de l'intérêt économique : pour résistera la concurrence étrangère, chaque jour plus vive, il faut former des ouvi'iers plus habiles et plus savants.

L'école de Bridge Street possède deux machines à. vapeur, l'une montée, l'autre démontée. Les élèves les étudient, en dessinent les pièce?. Leurs dessins sont d'une perfection qui étonne d'écoliers aussi jeunes : ils forment le plus étrange contraste avec leur écriture' enfantine, gauche et mal formée. Les élèves, aprèsavoir tracé les modèles sur le papier, exécutent lespièces en bois à l'atelier.

Les élèves de Bridge Street forment l'élite du personnel ouvrier de Birmingham. On peut comparer cette école à notre école Diderot; — mais le conseil municipal de Paris a pu créer de toutes pièces, taillei* en plein drap, dépenser presque sans compter, tandisqu'à Birmingham, on n'a pu faire vivre l'école technique qu'en tournant péniblement la loi '.

1. En vertu de la loi Forster el des actes qui l'ont amendée,, les autorités scolaires {xchool hoard) ne pouvaient employer leproduit de la taxe scolaire [sc/iool raie), unique ressource de-

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leur budget, qu'à entrclenlr des écoles primaires, c'est-à-dire les écoles où l'on enseigne les trois R's : reading, writing, reckoning. Par une adroite fiction, le school board de Birmingham a fait passer pendant plusieurs années l'école de Bridge Street pour une école primaire. Enfin le Technlcal Education Ad, voté depuis notre visite à Bridge Street, a régularisé cette situation et facilité la tache des autorités scolaires.

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