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CHAPITRE XI

L'instruction primaire.

Si l'État anglais fait aujourd'hui de grosses dépenses pour l'instruction primaire, s'il porte maintenant la plus lourde part de la charge ', il n'a pas eu le mérite

1. Dans le budget des dépenses de 189^, 7 951884 iiv. sterl. pour le Royaume-Uni.

de l'initiative prise ; il ne s'est mis en mouvement que fort tard, alors que des groupes d'hommes de bonne volonté avaient déjà largement frayé les voies.

Dès les premières années de ce siècle, plusieurs sociétés s'étaient constituées pour prendre en main la cause de l'instruction populaire : les deux principales, la « National Society » et la « British and Foreign Schools Society », sont encore florissantes. La première se donnait pour mission de fonder des écoles oi^i le catéchisme et les doctrines de l'Église établie seraient enseignés ; la deuxième, étrangère à toute préoccupation de secte, sinon de religion, ouvrait ses écoles à tous les adeptes du culte protestant. Jusqu'en 1832, ces deux grandes sociétés, vivant de contributions volontaires, portèrent presque seules la charge de l'éducation populaire.

C'est alors que l'État intervient pour la première fois; le Parlement vote, au budget de 1833, une somme de 20 000 livres à titre de subvention aux paroisses ou aux sociétés qui entreprennent la construction de maisons d'école. Mais c'est sept ans plus tard seulement que l'on voit se former le premier noyau du « Department of Public Education » : en 1830, un comité, pris dans le Conseil Privé de la Reine, est chargé de surveiller la répartition des fonds votés par le Parlement pour les écoles primaires. Un des premiers actes du comité fut de nommer des inspecteurs pour les écoles subventionnées : tout ce qui concerne l'enseignement, l'administration, la discipline, est en dehors de leur compétence; il leur appartient seulement de rechercher, d'accord avec les autorités de chaque école, le moyen de tirer le meilleur parti de la subvention. Plus tard, le comité veut améhorer le

recrutement des instituteurs : il encourage une école normale, fondée par l'initiative privée; il accorde des bourses aux jeunes gens qui veulent apprendre le métier d'instituteurs, par l'unique méthode alors usitée, celle de l'apprentissage (pupil teachers). Il institue un certificat d'aptitude à l'enseignement primaire, nullement obligatoire d'ailleurs. De 1833 à 184(3, les dépenses de l'État avaient monté de 20000 livres sterling à 100000, dans ce rôle de protecteur toujours prêt, mais s'abstenant avec soin de s'imposer. Les occasions et le chiffre des dépenses augmentant sans cesse, le système allait se compliquant. Une commission d'enquête, présidée par le duc de Newcastle, conclut en faveur d'une simplification; et en '186-2, le vice-président du comité (on pourrait dire, mais dans un certain sens seulement, le ministre de l'instruction publique), M. Lowe, depuis lord Sherbrooke, décida que, désormais, la subvention de l'État serait accordée à chaque école, pour un tiers en proportion de l'assiduité des élèves, et pour le reste en proportion des notes obtenues par les élèves dans les examens : c'est ce que l'on a appelé le payment hy results, la subvention d'après les résultats. Cette combinaison peut paraître encore compliquée; elle était simple au prix de ce qu'elle remplaçait.

En 1870, M. Forster, alors ministre de l'instruction publique, poussa hardiment l'État dans la voie de l'intervention : la loi Forster a, pour ainsi dire, créé l'enseignement primaire public en Angleterre. On tint compte des droits acquis et des institutions existantes. Le pays fut divisé en un certain nombre de districts (districts scolaires, school districts) et, dans chacun d'eux, une enquête minutieuse établit si les écoles en

exercice suffisaient aux besoins; sinon, le département central de l'instruction publique dressait, à Taide des rapports d'enquête, un état des insuffisances, et, dans le district, toutes les personnes payant la taxe locale (rate payers) élisaient un comité (school board) chargé de construire et d'entretenir des écoles publiques. Les écoles des sociétés privées devaient désormais, pour recevoir des subventions, accueillir tous les enfants, sans distinction de culte , n'imposer l'assistance à aucune cérémonie ni enseignement confessionnel , admettre les Inspecteurs de Sa Majesté et suivre les prescriptions du « Code » publié chaque année par le département de l'Instruction Publique. Ce Code, qui doit être approuvé par le Parlement, est à la fois un programme scolaire et un règlement d'administration publique. Chaque f^clwol hoard a la faculté d'établir, pour son district, l'assiduité obligatoire.

En 1876, une loi a rendu générale l'obligation de l'assiduité : elle a créé, là où il n'existait pas de scliool hoard, des sdtool aliendartce comniittnes, des comités de l'assiduité scolaire. Dès 1870, des mesures avaient été prises pour rendre aux familles pauvres l'obligation supportable. Enfin, un Act de 1891 instituait la gratuité : l'État rendait en subventions aux écoles les sommes qu'il leur interdisait de percevoir sous forme d'écolages.

Pour subvenir aux dépenses courantes le school hoard avait : 1° les écolages (fées); 2'' sa part proportionnelle de la somme volée annuellement par le Parlement; et, 3°, en cas d'insuffisance de ces deux sources, une troisième, le school rate, taxe locale proportionnelle au loyer. Pour les dépenses d'intérêt permanent, il avait le droit de contracter des emprunts

remboursables par annuités , avec ses ressources annuelles comme gage.

Au début de son intervention, l'État s'était montré aussi modéré dans ses largesses que timide dans ses démarches : il accordait en tout 20000 livres sterling par an et distribuait la somme sans oser demander des garanties aux liénéficiaires. Mais, peu à peu, il s'est décidé à accorder plus et à réclamer davantage. En 1849, la subvention annuelle votée par le Parlement pour l'instruction primaire avait passé de 20000 livres à 125 000; elle s'élève à 748 576 livres en 1809-70; à 3095176 en 1882; 3 847 398 en 1891; 6124980 livres en 1893 (augmentation de près de 2 millions de livres produite en grande partie par la réforme de 1891 accordant la gratuité). Les dépenses de l'instruction publique sont devenues, au cours des vingt dernières années, l'une des plus lourdes charges da budget.

Également préoccupé de respecter l'indépendance des associations et des school boards, qui devaient seconder ou suppléer les associations, l'État fit en sorte que sa subvention ne paralysât pas les initiatives, en imposant l'uniformité dans la routine. Il mettait une sorte de coquetterie à ne prendre qu'un minimum de garanties; il contrôlait par des inspections les moyens employés, par des examens les résultats obtenus : il payait en proportion des résultats. Ce système, que M. Forster conserva, avait l'avantage délaisser intactes les institutions locales et privées, mais aussi l'inconvénient de ne faire travailler maîtres et élèves qu'en vue de l'examen : on dut constater que l'enseignement tendait à devenir machinal et se desséchait. Le payment by résulta, universellement condamné ', a été aboli par

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