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CHAPITRE XVII

L'extension universitaire par les examens.

Lorsque les vieilles universités commencèrent de secouer leur torpeur, de généreux esprits leur représentèrent qu'à côté de leurs devoirs vis-à-vis d'ellesmêmes, elles en avaient d'autres à l'égard du peuple tout entier; on leur rappela qu'elles étaient des institutions nationales, que les temps du conservatisme étroit et de l'exclusivisme dédaigneux étaient passés, et qu'elles devaient, comme autrefois l'Église, pour se retremper à une source pure, retourner à leur origine. Le fondateur de Clare Collège (Cambridge) avait écrit, dans son acte de donation, en 1341, qu'il voulait voir le nombre de gens d'étude augmenter à l'université « pour que la science, cette perle de grand prix, quand les étudiants l'auront trouvée et se la seront appropriée par l'instruction et l'étude dans ladite université, ne soit pas mise sous le boisseau, mais afin qu'elle soit répandue au dehors, par delà l'université,

et puisse ainsi éclairer ceux qui marchent dans les sombres chemins de l'ignorance. » L'élite devait considérer le savoir comme un dépôt à elle confié, mais appartenant aussi à la foule.

Dès novembre 1845, le conseil hebdomadaire d'Oxford recevait une adresse dans laquelle oh lui demandait des mesures destinées à ouvrir l'université aux personnes de condition modeste : parmi les signataires de l'adresse se trouvaient le duc de Westminster, M. Gladstone, Sir Thomas Acland, M. Samuel "Wilberforce (qui devint évêque d'Oxford), M. Tait (qui est mort archevêque de Cantorbéry), etc. Huit ans plus tard l'idée reparut sous une forme plus précise; devant la commission royale de 1853 plusieurs des témoins la répétèrent et l'un d'eux la résuma en ces termes : (( I look for the extension of the University to the poor '. »

Après les réformes libérales d'ordre intérieur imposées par le Parlement aux universités, la force des choses allait leur imposer une action extérieure, d'une part sur leurs propres sources de recrutement, sur les écoles secondaires, par des examens et des inspections, et de l'autre, par l'enseignement de leurs missionnaires, sur les classes sociales qui ne pouvaient parvenir jusqu'à elles. Cette double action a reçu le nom d'exten.non universitaire.

1. Mark Pattison avait déjà dit devant la Commission d'Oxford H830) : « L'université vraiment nationale doit avoir pour idéal de s'étendre aussi loin que la nation elle-même. Elle devrait être le réservoir commun, où le pays viendrait puiser toute instruction secondaire ou supérieure.... Elle devrait plonger ses racines dans les couches profondes de la société, pour en extraire une sève nouvelle et les éléments d'un pouvoir intellectuel et moral renouvelé. »

Les écoles secondaires étaient, il y a trente ou quarante ans, autant et même plus isolées qu'aujourd'hui. Piéparties sur toute la surface du pays, se touchant parfois mais s'ignorant toujours, coopérant inconsciemment au même ouvrage, elles travaillaient, chacune pour soi, à l'éducation des classes dirigeantes et des classes moyennes; point d'unité de direction, point d'autorité commune. Sans doute elles subissaient toutes, plus ou moins, mais indirectement et confusément, rinfluence des universités; celles-ci étaient les mères nourricières des futurs maîtres des écoles secondaires et, par l'attraction naturelle qu'exerçaient leurs bourses, leurs felloivships, leurs honneurs et leurs privilèges, elles étaient le but suprême vers lequel toutes les écoles poussaient les plus brillants de leurs élèves. Mais rien ne régularisait cette action et, comme les universités restaient obstinément attachées à la culture classique, les écoles se gardaient bien de renouveler leurs programmes surannés et leurs méthodes vieillies.

Les écoles fréquentées par les fils de la petite bourgeoisie, qui presque jamais ne vise aux universités, souffraient particulièrement de cette situation; les maîtres n'avaient en vue aucun but défini pour les guider dans leur tâche; le public, aucun moyen efficace de distinguer les bonnes écoles des mauvaises. En 1854, la Society of Arts de Londres, qui avait déjà groupé en union 300 Mechanics' Institutes, institua des examens destinés à faire l'épreuve des résultats obtenus dans les cours d'adultes. L'un des examinateurs de la Society of Arts, le D' Temple, aujourd'hui évéque de Londres, imagina, de concert avec M. Acland — depuis Sir Thomas Acland, — et le révérend J.-L. Bre-

reton ' d'instituer un examen analogue pour les enfants des classes moyennes (middle class examination) dans l'ouest de l'Angleterre. Un comité formé à Exeter, avec M. Aciand comme secrétaire, obtint le patronage ■d'une importante société locale (the Bath and West of England Society for the Encouragement of Agriculture, Arts, Manufactures and Commerce). Le premier jury d'examen se composait de sir Stafford Northcote, Prof. Max Mûller, Georges Richmond, John Hullah, D'' Aciand et deux inspecteurs primaires-, délégués par le gouvernement sur la demande du comité local. Le premier examen eut lieu en juin 1857; d'autres comtés suivirent bientôt l'exemple donné par le Devonshire.

M. Aciand et les promoteurs de l'entreprise espéraient amener les universités à la reprendre, en donnant à cette organisation naissante l'appui de leurs grandes ressources et de leur universelle autorité : « Les universités, écrivait M. Aciand en 1858, peuvent rendre au pays un service immense, si elles répondent à son appel... Elles sont tout particulièrement qualifiées pour exercer sur l'éducation donnée à l'école une influence salutaire et libérale ^. »

De tous les points du pays, des voix s'élevèrent, qui s'unissaient à celle de M. Aciand et sollicitaient Oxford et Cambridge d'instituer un système d'examens locaux (( pour ceux qui ne sont pas membres de l'université. » Les universités acceptèrent de tenter l'épreuve et se mirent à la tàclie.

1. Nous avons déjà rencontré ces noms (luand nous avons parlé du Devonshire.

•2. C'était le W Temple et M. Bowstead.

3. Universily extension : paxt, présent and future, by H .-J.^Iackin- <ler and M.-)']. Sadler, third cdit., London, 18'Jl, p. IG.

Toute ville d'Angleterre, qui désire faire examiner les élèves de ses écoles secondaires, forme un comité et nomme im secrétaire *, qui servent de traits d'union entre les autorités universitaires et les pères de famille ou les directeurs d'écoles. Au jour indiqué les candidats inscrits se réunissent; on leur distribue des séries de questions imprimées qui ont été expédiées, avec toutes les précautions voulues, d'Oxford ou de Cambridge; un surveillant, choisi par l'université parmi ses membres qui résident dans la ville ou dans le district, préside. Une commission, nommée par l'université, choisie généralement parmi les jeunes fellows et rémunérée sur les frais d'examen, reçoit, corrige et classe les compositions. Les examens sont de deux degrés, l'un pour les junior hoys (jusqu'à 15 ans); l'autre pour les senior hoys (jusqu'à 18 ans). Dès le début les universités inscrivirent au programme la littérature anglaise, l'histoire moderne, les langues vivantes, les sciences physiques et naturelles, toutes matières qui, jusqu'alors, avaient été dédaignées par les écoles secondaires, parce qu'on croyait, non sans raison, que les universités s'en désintéressaient.

Le succès fut lent à venir : les préjugés, les usages s'étaient ligués contre cette innovation. On continuait, dans le public, à donner à ces examens le nom de mlddle class examinations, qui rappelait en effet les intentions des initiateurs, MM. Acland, Temple, Brereton. Mais la société est ainsi faite que peu de gens

1. Chaque candidat paie un droit de 1 livre sterling, qui est versé à l'université, plus un supplément destiné à subvenir aux frais d'organisation locale. Tout comité local, pour obtenir que {'université d'Oxford entreprenne d'examiner ses candidats, doit garantir un minimum de 2o livres (62o francs).

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