‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 84 sur 109 · IG · texte numérisé non relu

IG

avaient le courage de ranger leurs enfants dans la petite bourgeoisie (middle class). Il fallut que la désignation, officielle et incolore, d' « examens locaux » eût pris racine pour que ce préjugé fût définitivement vaincu. Aujourd'hui le succès est éclatant; presque toutes les écoles anglaises présentent leurs élèves aux locals d'Oxford ou de Cambridge. La préparation à ces examens est une clause de style que les Charity Commissioners insèrent dans les statuts de toutes les écoles dotées ; c'est aussi une garantie que toute bonne école se croit obligée de donner à l'opinion publique. L'émulation des écoles entre elles est, d'ailleurs, stimulée par les examinateurs qui publient, non seulement la liste des candidats reçus, mais encore un classement des meilleurs candidats ' avec indication des écoles auxquelles ils appartiennent.

Le programme de l'examen des jwiiors (Oxford) est divisé en deux parties : la première, tout obligatoire; la deuxième contient onze sujets, dont le candidat doit traiter au moins trois.

!'■'' partie : lecture à haute voix; dictée, exercices de grammaire et de composition anglaises; arithmétique : les quatre règles, système décimal, intérêts simples.

1. A la session de 1891, Cambridge a examiné 9488 candidats, dont 6621 ont été reçus. Se sont présentés à l'esamen des Juniors 5053 garçons et 2523 filles; à l'examen des seniors, 494 garçons et 1418 filles. — En 1893, Oxford a examiné 3961 candidats; sur 2507 juniors, 1942 ont été reçus; et sur 1184 seniors, 816. La proportion des candidats reçus s'est élevée sensiblement dans les dernières années; elle a passé, pour les juniors (garçons), de 64,4 p. o/o en 1880, à 73 en 1889, et pour les seniors, de 68,5 à 82,6 p. o/q. De même, le nombre des garçons, reçus à l'examen des seniors, qui ont, en outre, par suite de leurs notes, obtenu d'être exemptés des responsions {examen d'entrée à l'Université),. s'est élevé de 11 en 1880 à 25 en 1889.

2^ partie : grec, latin, histoire, géographie, Shakespeare, allemand, français, mathématiques, physique, etc.

Le programme des seniors comprend : arithmétique, obligatoire; — deux sections à choisir entre quatre : 1" section d'anglais; 2° section des langues; 3*^ section de mathématiques; 4° section des sciences naturelles; — trois autres sujets sont aussi proposés : instruction religieuse, dessin, musique. Le candidat ne peut, en aucun cas, choisir plus de cinq de ces sujets ou sections.

Section d'anglais : la grammaire anglaise, l'histoire ancienne (grecque et romainej; l'histoire d'Angleterre (1485-1688); une pièce de Shakespeare, des notions sur la vie et l'œuvre de Bacon et Milton; la géographie physique, politique et économique; des éléments d'économie politique.

Section des langues : le latin, le grec, le français, l'allemand, l'italien.

Section de mathématiques : l'algèbre, la géométrie, la mécanique.

Section des sciences naturelles : la physique, la chimie, la botanique, la géologie, la zoologie.

Chaque année, la commission permanente ', chargée par chaque université d'organiser et de diriger les examens, publie un rapport général, résumé de rapports particuliers des examinateurs; chaque matière est l'objet d'un paragraphe, où l'on signale les points faibles ou les progrès, les effets produits par telles ou telles méthodes.

Le rapport annuel contient, en annexe, les noms

1. A Oxford, elle s'appelle la Delegacy, à Cambridge, le S>/ndicate.

des candidats admis, les noms des écoles auxquelles ils appartiennent et des directeurs de ces écoles. Ainsi sont désignés à l'estime publique les établissements soumis au contrôle d'Oxford et de Cambridge. Mais les succès dans ces examens ne sont pas. toujours une sûre garantie ' : il arrive que les maîtres préparent spécialement un petit nombre de sujets, dont les succès à l'examen serviront de réclame, et négligent le •commun de leurs élèves.

Pour fournir aux écoles qui n'emploient pas ce subterfuge le moyen de se distinguer, les universités ■envoient dans toutes les écoles où l'on réclame leurs services, des inspecteurs pour l'ensemble des élèves, l'organisation matérielle, les méthodes employées, les programmes adoptés et les résultats obtenus -.

Longtemps après que les examens locaux eurent fait leurs preuves, toute une catégorie d'écoles continuèrent aies bouder; et c'étaient justement les séminaires naturels d'Oxford et de Cambridge, les public schools et beaucoup de grammar schooh. Les deux universités résolurent de s'unir pour vaincre leur résistance. La Sijndicate de Cambridge et la Delegacij d'Oxford, qui opéraient séparément, en se faisant concurrence, formèrent ux\ joint hoard, qui devait, au moyen d'inspections et d'examens, rallier les écoles restées à l'écart. Ce hoard a commencé à fonctionner en 1873; il inspecte les écoles et examine les élèves, tout ensemble; ses

1. Exemples : Liverpool Instilute, Liverpool Collège. Voyez plus haut, p. 146.

2. En 1887, la Delegacrj d'Oxford avait inspecté G6 écoles secondaires parmi lesquelles toutes les écoles de la fondation du roi Edouard, à Birmingham, la grammar school et l'école cathédrale de Bristol, le Wesleyan Collège de Taunton, etc.

En 1893, la Syndicale de Cambridge a inspecté 96 écoles.

délégués font un rapport sur l'école et délivrent des certificats aux élèves qui ont satisfait aux conditions de l'examen.

Dans l'état actuel, le joint board délivre des certificats de deux degrés. Le premier est réservé aux élèves parvenus à la fin des études de la public school, dans la yP'' form ; le second, aux élèves plus jeunes d'un an ou deux. Ce dernier est d'institution récente : il est destiné à agir comme stimulant, tandis que l'autre, sanction finale des études, ouvre à la plupart des candidats reçus les portes de l'université ^

Le board publie chaque année un rapport d'ensemble, rédigé sur le même plan que le rapport relatif aux examens locaux. Les sciences physiques et naturelles ne sont pas encore très en honneur dans les grandes écoles anglaises, si l'on en juge par le nombre des candidats qui, dans la division supérieure, ont obtenu le certificate : ils étaient, en 1889, 21 pour la physique, 24 pour la chimie, 7 pour la botanique, 16 pour la géographie physique, 2 pour la biologie.

1. En 1889, ces examens ont eu lieu dans 84 écoles de garçons, parmi lesquelles : King Edward's School (Birmingham), Bradford Grammar School, Clifton, Duhvich, Eton, Exeter Grammar School, Liverpool Royal Institution, Manchester Grammar School, Marlborough, Rugby, King's Collège (Taunton), etc.

Harrow, qui s'était soumise à l'épreuve en 1888, ne l'a pas réclamée en 1889.

Le board a examiné H61 candidats en 1889 : '86 ont obtenu le diplôme; sur ces 786 candidats reçus, 430 environ se trouvèrent exemptés de tout ou partie de l'examen d'entrée à Oxford (responsions) ou à Cambridge (previous examination).

Le nombre des candidats va en augmentant chaque année : 1334 en 1891; 1683 (dont 252 filles) en 1893, et 928 diplômes accordés.

Tels sont les chiiTres pour l'examen du degré supérieur.

Pour l'examen inférieur : 71ii candidats et 419 admis en 1891 ; 838 candidats et 406 admis en 1893.

En 1893, on peut, cependant, noter un progrés sensible : 110 candidats ont obtenu le certificat pour la botanique; 43, sur 69 qui se sont présentés, pour la physique ; 58, sur 119, pour la chimie ; 57, sur 57, pour la botanique; 28, sur 35, pour la géographie; 6, sur 16, pour la biologie.

Le joint hoarcl a institué, il y a peu d'années, un diplôme dit commercial : en juillet 1888, il y eut 97 candidats, dont 17 admis; en 1889, 66 candidats et 25 admis; en 1893, 26 candidats et 10 admis. La proportion des admis a sensiblement varié; le nombre des candidats a été en diminuant rapidement : deux effets produits par une même cause : d'une part, le programme de l'examen commercial du joint board est trop compliqué; de l'autre, l'enseignement dans les public et (jrammar schools n'est pas organisé pour cet examen difficile; enfin, l'apprentissage commercial commence de très bonne heure et exclut le séjour prolongé à l'école qu'exigerait la préparation à cet examen.

Le succès du joi7it hoard est un fait significatif : les grandes écoles, les public schools, autrefois si jalouses de leur indépendance, si impénétrables, ont dû cédera l'opinion et justifier, par un témoignage public, leurs antiques privilèges et leur haute réputation : Eton a consenti à concourir avec Rugby, bien plus avec Dulwich, Bradford et tant d'autres qui ne sont pas aristocratiques.

Quelle part doit-on faire au grec dans un système d'éducation libérale? C'est sous cette forme — la question du grec — que l'éternelle querelle des classiques

Page 1