‹ L'éducation des classes moyennes et dirigeantes en AngleterreChapitre 87 sur 109 · LA OUESTIOX DU GREC · texte numérisé non relu

LA OUESTIOX DU GREC

men, il ne leur reste rien. La motion du D"" Butler était signée d'un grand nombre de noms considérables dans le monde des lettres et des sciences. Tous les signataires déclaraient ne point vouloir la mort du grec et des études classiques: mais l'épreuve grecque de la preuio us examination (équivalent des responsions d'Oxford), étant inutile et plutôt nuisible dans sa forme présente, ne devait plus être obligatoire pour tous.

Les adversaires du D'' Butler, nombreux et ardents, apportaient dans la lutte plus de passion que de bonnes raisons. Il leur eût fallu établir deux points : d'abord, qu'il ne peut y avoir d'éducation libérale sans grec; ensuite, que la quantité de grec demandée à la moyenne des candidats, dans les examens universitaires, est suffisante pour faire la preuve qu'ils ont reçu une éducation libérale. Et c'est à quoi ils manquaient.

Le vote eut lieu le 29 octobre 1891. Les partisans du grec obligatoire avaient appelé tous les amis mobilisables; un grand nombre de gradués de Cambridge, non résidents, firent le voyage pour défendre la bonne cause. 710 prirent part au vote : la majorité des opposants fut écrasante, 525 contre 185. Ce résultat s'explique, sans doute, par une faiblesse très commune : les hommes d'une génération veulent pour toutes les générations suivantes les mêmes épreuves qu'ils ont eux-mêmes traversées; à ce prix est le salut de l'humanité. N'oublions pas non plus que, en Angleterre, les grades universitaires confèrent une sorte de distinction sociale : les gens « distingués », les M. A., ont craint de voir leur titre vulgarisé et leur dignité compromise. C'est le vieil esprit des universités. Les 525 membres de la majorité refusèrent tout net au

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* C Butler de laisser même examiner par une commission d'enquête la proposition qu'il avait pris la peine de défendre par de bonnes raisons : la thèse serait assez délicate à soutenir, que les universités anglaises sont ouvertes aux nouveautés et accessibles au progrès K Et cependant c'est la tâche que nous allons entreprendre.

1. Le Tunes, lui-même, l'ut indigné. Le lendemain de ce vote mémorable, il déclarait d'un ton menaçant que <■ les universités ne sont pas les arbitres irresponsables de l'éducation anglaise », et que, si elles cessent de donner l'instruction que réclament les classes moyennes, les classes moyennes se passeront des universités : «La fonction que les universités ont remplie avec un si merveilleux succès depuis tant de siècles, passera en d'autres mains qui ne tarderont pas à revendiquer une part des droits, des privilèges et des biens des vieilles universités. »

Quant à l'objet même de la querelle, on sait qu'il divise encore en France les meilleurs esprits; M. Renan soutenait que l'on admire trop Rome, et que l'étude de la Grèce doit être le fond de toute éducation libérale (Mélanges (Thistoire et de royar/es, p. lùO, loi); les langues classiques, et, en particulier, !e grec, sont absolument nécessaires à l'intelligence du passé et, par là, du présent même {ibid., p. 386-388). Ces opinions, M. Renan les a émises il y a assez longtemps déjà; mais, sous la forme qu'il leur a donnée, elles sont éternelles.

D'autre part, M. F. Brunetière soutient (l'Enseignement secondaire français. Revue des Deux Mondes du 10 mai 1891) qu'on peut fonder un enseignement français, vraiment classique, sur l'étude de nos auteurs du xvii" siècle.

11 sacrifie même le latin : « Le latin, dit-il, qui n'est pas indispensable à l'intelligence de la littérature française, est indispensable à ceux qui sont chargés de l'enseigner. »

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