LES COLLEGES PROVINCIAUX
toire de biologie d'Owens Collège chercher un diplôme de médecin ou de professeur d'histoire naturelle, et rien de plus. Les maîtres, qui, aimant la science pour elle-même, déplorent cet état de choses, sont impuissants à détruire les préjugés : tel professeur de chimie, qui enseigne dans un collège du Nord, n'ose pas entreprendre des recherches scientifiques, parce que les riches fondateurs du collège, qui le font vivre, considéreraient que c'est du temps perdu; pour tout concilier, il explore un coin de la science qui a quelque rapport avec l'industrie locale; il étudie les gaz contenus dans la poussière de charbon.
Ces collèges provinciaux sont venus trop tôt ou trop tard : trop tôt, comme autrefois les Mechanics' Institutes qui périrent ou durent se transformer, parce que les classes ouvrières auxquelles ils s'adressaient n'étaient pas préparées alors à profiter de leur enseignement; trop tard, si l'on entend que ces collèges doivent, par leur influence, relever le niv'eau de l'enseignement secondaire : des institutions naissantes, qui ont ellesmêmes à lutter pour la vie, sont mégales aune pareille tâche.
Les collèges provinciaux, s'ils veulent remplir leur destinée, doivent conquérir cette sérénité indispensable au culte désintéressé de la science. Le passé doit leur inspirer confiance. En Angleterre, les institutions n'ont jamais été construites tout d'une pièce. Les savants qui enseignent dans les collèges provinciaux ne se découragent pas parce qu'ils ne sont pas entrés de plain-pied dans des universités aux lignes harmonieuses; ils savent qu'il ne suffit pas de définir l'idée pour la faire passer dans le domaine des faits accomplis; ils sont résignés à partir d'une réalité grossière
32 2 L EDUCATIOX EX ANGLETERRE
et imparfaite et laissent au temps et à l'expérience le soin de l'épurer. Gomme les philosophes anglais, et au rebours des ascètes, ils ne se tournent vers l'idéal qu'après avoir assuré le pain de chaque jour.
CORPS EXAMINANTS
Université de Londres. — L'université de Londres n'est pas à proprement parler une université, ou plutôt c'est une université incomplète puisqu'elle examine et n'enseigne pas. Supposez une Monnaie qui, ne frappant pas elle-même, se composerait uniquement d'un bureau de poinçonnage; elle fixerait le titre, la valeur, les dimensions, l'effigie des pièces, laisserait aux entreprises particulières le soin d'exécuter le programme et se contenterait d'examiner, d'approuver ou de rejeter les pièces qui lui seraient soumises. Tous les fondeurs de l'Angleterre et des colonies travaillent d'après les règles fixées par la Monnaie de la Métropole. L'université de Londres est devenue une sorte de bureau central d'examen pour tout l'empire britannique.
Au commencement du siècle, la campagne de Brougham pour la liberté de conscience et l'éducation du peuple amena, outre les effets déjà notés, la création d'un établissement d'enseignement supérieur à Londres : University Collège, bâti dans Gower Street à l'aide de souscriptions privées, fut ouvert en 1828. L'enseignement était donné dans trois facultés : arts, droit, médecine. Pour conserver à l'établissement sa neutralité religieuse, tout enseignement théologique était exclu. Au rebours de ce qui se passait