‹ L'EnferChapitre 23 sur 116 · XXXVI APPENDICE · texte numérisé non relu

XXXVI APPENDICE

Qui toujours au cercueil les personnes envoye. Aprez que j'en posé un peu mon corps lassé,

Je repriz mon chemin par un peys delaissé,

Si que la plante ferme estoit tousjours plus basse. Et voicy qu'à l’abort du solitaire espasse

Un once au corps legier de moy fut descouvert, Qui d’un cuir martelé avoit le dos couvert ;

Et ne disparoissoit au devant mon visage,

Ains si despitement empechoit mon passage

Que je fuz maintes fois prest à m'en retourner. C’estnit du grant matin, alors qu'on voit monter Le soleil entourné de la claire assistance

Des astres ses suivants, quand la divine essance D'amour quelquefois meut ses diverses beaulez, Si qu’à bien esperer mes sens sont agitez

Du manteau bigarré de la beste cruelle

Par l'hevre du beau temps et la saison nouvelle ; Et non tant toutefois qu’un visage felon

Ma veue ne troublast d’un terrible lion.

Il sembloit qu'il venoit à la teste eslevée,

Contre moy animé d'une faim enragée,

Si que l’aer retentist et que les rocz qui sont

Au penible coustau en sourcillent le front.

Une louve en aprez de convoitise ardante Avecques sa maigreur sembloit toute pesante, Qui de long temps a fait les gens vivre en langueur. Elle me jeta lors si grande crainte au cueur Avecques l’aspreté qui sortoit de sa veue,

Que j'eu d’en haut monter l’esperance perdue. Et coume est de celuy qui volontiers acquiert, S'il parvient en un temps que son labeur il pert, Pleure en tous ses pensers et sans cesse s’atriste ; Tel aussi me rendit ceste beste despite,

Qui, me rouant autour, peu à peu me poussoit Au lieu où le soleil du tout disparoissoit.

Comme je tournoiyois en la basse vallée,

A mes yeux aparut une ombre reculée,

Dont le silence long a la voix enroué.

Quant je l’eu aperceu en ce peys esgaré,

Je luy criay pitié, soit qu’il fust un fantosme

De quelque esprit errant, ou qu'il fust un vrai home.

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