‹ L'EnferChapitre 24 sur 116 · XL APPENDICE · texte numérisé non relu

XL APPENDICE

Et tiré du milieu des entreprises braves,

leur mettant au devant quelques faulses images. Affin que tu dechasses entierement la peur,

Je te diray du tout ce que j'ay dans le cueur, Pourquoi je vins ici, et de ceste voix douce

Que j'ouys quand de toy une pitié me pouce.

J'estois entre ceux-là lesquels sont en suspens, Quand je fus appellé des amoureux accents D'une dame sur toute et belle et gratieuse,

Tant qu’à elle obeir l’ame ay devotieuse.

Plus qu’astres radieux luisants estoient ses yeux; Lors elle commença d'un aer fort gratieux À me parler ainsi d’une voix angelicque,

Qui agreablement jusques au cueur me pique :

0 le courtois esprit du docte Mantouan,

Dont le fameux renom passera d’an en an,

Tant que sera du monde un mouvement durable, Mon vrai amy et non de fortune muable

Dans ce vaste desert est ores empesché,

Si bien qu'il ha de peurs son chemin delaissé ; Et crains qu? tellement soit la voye escartée Que trop tard je me suis à son secours hastée, Coume parler de luy j’ay au ciel entendu.

Esmeux toy maintenant par ton discours tendu Et tout ce qui sera pour son ayde propice,

Si bien que consolée enfin je m'esjouisse.

J'ay à nom Beatrix, qui t'y faict en aller ;

Je viens icy du lieu où je veux revoler.

Amour, qui m'a esmeu, m’a donné la parole.

Quand je seray devant le Seigneur que j'adore, De toy me loueray à luy souventes fois.

Elle se teut alors, et j'eslevay ma voix:

O dame de vertu, par qui l'humain lignage Surmonte de plaisirs l’inferieur estage

Du ciel, autant me plaist ce tien coumandement Qu’à t'obeir je crains d’aller trop lentement.

11 n’est plus de besoins de me faire paroistre Ton vouloir ; mais fais moy, je te pry, recognoistre Coume cest ample ciel tu peux ainsy laisser Pour venir icy bas et puis t'y rehausser.

Puisque tu veux sçavoir chose si curieuse,

Page 1