‹ L'EnferChapitre 3 sur 116 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

parler des mots et des locutions dont on se fait de cette façon une provision disponible, on finit par acquérir un sentiment du vieil idiome qui permet de s'y mouvoir avec ‘une certaine sécurité et même avec quelque indépendance.

C'est ainsi que les latinistes modernes, surtout ceux de la Renaissance, ont réussi à écrire en un latin qui, en dépit de Boileau et de sa spirituelle caricature, n'est nullement à .dédaigner.

Les critiques, si l'étrangeté de mon essai ne les écarte pas et s'ils ne jugent point un morceau écrit en langue d'oil par un Francais du dix-neuvième siècle, indigne d'être regardé; les critiques, dis-je, auront quelque curiosité de rechercher comment je me suis acquitté d’une t4che en soi fort ténue : in tenui labor. Une pareille translation est un grenier à fautes. La perfection serait qu’elle ne renfermât ni mot ni tournure qui n’eussent été ou ne pussent être dans un texte de la fin du treizième siècle et du commencement du quatorzième ; ce qui est le temps même de Dante. Mais le grand tentateur est là, je veux dire le français moderne, qui à tout moment suggère sa tournure, si naturelle, ce semble, qu'elle se glisse inconsciemment là où elle ne devrait pas figurer. La parenté des deux idiomes n’est pas distante; c’est celle de père à fils, et le fils est toujours disposé à s'étonner que le père n'ait pas parlé comme lui. Oh!

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