PRÉFACE. V
avec combien plus de raison le père s'étonnerait-il, s’il pouvait voir ce que son descendant, parfois malavisé et follement prodigue, a fait de vraies richesses, de bonnes règles et d'excellentes tournures |
La curiosité sur laquelle je viens de dire que je comptais un peu, j'ai pensé qu'elle serait davantage éveillée, si, au lieu de quelque composition arbitraire et de mon chef, je m’adressais à une œuvre glorieuse et conforme par son âge vénérable au vêtement dont je voulais la couvrir. Dante satisfait excellemment à ce
double objet. D'une part, c'est le plus grand nom de la poésie médiévale, par opposition à * ?
la poésie antique vue surtout alors dans la belle Énéide, et à la poésie moderne vue aujourd'hui comme le développement ondoyant et divers des germes déposés et des aptitudes ; d'autre part, 1l se prête sans disconvenance au déguisement (toute traduction est un déguisement) que je lui inflige. Il aurait pu être traduit dans les années qui précédèrent nos effroyables désastres sous Philippe de Valois et Jean, son fils, et je regrette (que ne regrette pas un érudit?) que Pétrarque ou Boccace, qui vinrent plus d’une fois à Paris, n'aient pas suggéré l’idée de ce travail éminent à quelqu'un de nos versificateurs. Mais quoi! Pétrarque, qui déjà prenait conscience de la commençante supériorité littéraire de son pays, ne note-t-il pas,