VI PRÉFACE
non sans quelque impatience, que les Français opposent à toute la poésie étrangère le Roman de la Rose? J'avoue que je suis comme Pétrarque un médiocre admirateur du Roman de la Rose; pourtant cette composition n'est pas sans talent, et, en tout cas, c’est un texte de langue.
Sans vouloir, plus modeste que les Frangais du quatorzième siècle, rien opposer dans notre vieille littérature à la Divine Comédie, et laissant de côté les chansons de geste, grand cycle où se trouvent des pièces d’un mérite incontesté, je prends le poëme de Garnier de Pont-Saint- Maxence sur le meurtre de Thomas, archevêque de Canterbury. Le sujet est grave; il s'agit de la lutte terrible entre le pouvoir sacerdotal et le pouvoir royal. De Thomas, qui en fut le martyr, l'Église a fait un saint. Ce sujet appelle des discussions théologiques et politiques, il est contemporain du poëte, et, je dirai, compatriote ; car Garnier, comme l'archevêque, est soumis au roi Henri. Toutes les passions ont été soulevées par les péripéties d’un drame qui a duré plusieurs années et qui a si tragiquement fini. Voyons donc si notre auteur a trouvé dans tout cela quelques vers dignes de la tâche qu'il s'était donnée; ce n'est pas une analyse que je fais; ce sont des échantillons de pensée et de style que je mets sous les yeux du lecteur. Notons que Garnier est antérieur à Dante de près de deux siècles.