Ferai com cil qui plore et dit tousdis : sembla
Tost qu'entendi ces ames en sofrences, Clinai le vis, et tant le tin je bas, Que li poete dist à moi : « Tu, que penses ? » Ce-que sonjoie vint en ces mos : « Hé las!
Quant douz penser, quant ardent desirier 414 Ces deus menerent au dolereus trespas! »
Puis me tornai vers eus sans detrier, Et començai : « Françoise, tes sofrirs Me fait piteus et triste à larmier.
Mais di, di moi : au tems des douz souspirs, Par quoi, coment vous otroia Amor 4120 Que conussiés si les douteus desirs? »
Et ele à moi : « Il n’a douloir greignor Que remembrer le bon tens de jadis En la misere ; demande à ton doctor.
Mais se conoistre la premiere raïs De nostre amor tu as tel desirance, 426 Ferai com cil qui plore et dit tousdis.
Un jor avint que lisions par plaisance De Lancelot, come amors l'estreigni ; Seul nous estions et sans nule doutance.
Plus d’une fois, ce lisant, en oubli Les ieus levames, et nous mua li vis; 132 Mais sol uns poins fu cil qui nous vainqui. Quant nous leûmes qu'uns desirés sousris Se fist baiser par un si grant amant, Icil qui n’ert de moi jamais partis,
blement Ugolin, Enfer, XXXIII, 9, dit: Parlare e lagrimar vedrai insieme.
428. Lancelot: chevalier de la Table ronde, amant de la reine Genièvre. Les poëmes de la Table ronde et les chansons de geste étaient lus alors dans toute l'Europe ou
en français ou en des traductions.
La bocca mi baciò tutto tremante, Galeotto fu il libro e chi lo scrisse.
138 Quel giorno più non vi leggemmo avante. » Mentre che l’uno spirto questo disse, L'altro piangeva sì, che di pietade Io venni men così com’ io morisse, 142 E caddi come corpo morto cade.
137. Galeot: il servait d'intermédiaire entre Lancelot et Genièvre.
142. El je chei, come cil qui choit mort : il faut savoir, pour mieux comprendre l’intérèt que Dante porte à Fran-
À moi baisa la bouche tout tremblant.
‘ Galeot fu li livre et qui l’escrit.
438 Nous n’i leümes en cel jor plus avant. »
Tant que l’espris disoit ainsi son dit, Ploroit li autres ; et pitiés qui me mort . Si m’argua, que li cuers me faillit ; 142 Et je chei, come cil qui choit mort.
çoise, que son dernier refuge fut auprès d’un neveu de la malheureuse femme, Guido Novello da Polenta, à Ravenne, où il mourut le 14 septembre 1321.
TROISIÈME CERCLE ; LA PLUIE ÉTERNELLE ; LES GOURMANDS ; CER- BÈRE ; CIACCO ; PLUTUS.
Les discordes de Florence et les luttes sanglantes entre les Noirs et les Blancs apparaissent dans ce chant. Le poëte met dans la bouche d’un personnage qui le reconnaît et qui l'arrête la prédiction de ce qui va arriver en cette ville troublée. C'est, bien entendu, une prédiction après l'événement. Dante ne flatte point sa patrie; elle ne renferme que deux justes, et encore nul ne les écoute. L'orgueil, l'envie et l'avarice sont les trois étincelles qui embrasent tout.
Le personnage qui lui parle ainsi est Ciacco (pourceau), gratifié de ce surnom par les Florentins à cause de sa gourmandise. Cependant, au témoignage de Boccace, ce gourmand était d’ailleurs homme d'esprit, de bonnes mœurs, de bons sentiments et bien venu partout. Un homme moderne, émancipé du moyen âge, trouve dur que ce pauvre Ciacco soit condamné à un supplice éternel à cause d’un goût trop vif pour la bonne chère. Une peine moindre semblerait plus équitable; mais ni l'esprit du temps ni l'esprit du poëte n'étaient indulgents et charitables.
Al tornar della mente, che si chiuse Dinanzi alla pietà de’ duo cognati, Che di tristizia tutto mi confuse, Nuovi tormenti e nuovi tormentati Mi veggio intorno, come ch’ io mi mova 6 E ch’io mi volga, e come ch’ io mi guati.
Io sono al terzo cerchio della piova Eterna, maladetta, fredda e grave; Regola e qualità mai non |’ è nova.
Grandine grossa, e acqua tinta, e neve Per l’aer tenebroso si riversa; 12 Pute la terra che questo riceve.
Cerbero, fiera crudele e diversa, Con tre gole caninamente latra Sovra la gente che quivi è sommersa.
Gli occhi ha vermigli, e la barba unta ed atra, E il ventre largo, e unghiate le mani, 48 Graffia gli spirti, gli scuoia ed isquatra. Urlar gli fa la pioggia come cani; Dall’ un de’ lati fanno all’ altro schermo ; Volgonsi spesso i miseri profani.
Quando ci scorse Cerbero, il gran vermo, 13. Là est Cerbere : le Cerbère mythologique est repris
par Dante pour le tourment des damnés. On l’apaise, lui aussi, avec une poignée de terre qu'on lui jette dans
Au retorner du sens que por l’amor Des deus parens me tolli la pitiés,
Me confondant tout entier de tristor,
Novaus martires et novaus martiriés Entor je vi, où que les ieus je guie,
Où que me vire, et que meuve les piés.
Sui au tiers cercle, le cercle de la pluie Froide, eternel, maleoite et pesant;
Ne qualités ne regle n’en varie.
Eves noirastres, neiges et gresles grant Sempre s’espanchent par l’aure tenebreuse; Puit la terre qui ce reçoit cheant.
Là est Cerbere, beste estrange et crueuse, Qui, o trois gueules, com chiens de mautalent, La gent aboie en ceste aire pluieuse.
leus vermeus, barbe orde et come arrement, Un ventre large, ongles agus es mains,
Il grife et mort les espris malement.
Les fait la pluie uller com chiens vilains ; D'un costé font à l’autre garison;
Sovent se tornent, et lor torners est vains.
Lorsque nous fumes veü du grant gaignon,
la gueule ; c’est le procédé de la Sibylle, voy. l'Énéide,