PRÉFACE. VII
S'engageant dans l’ardue question de savoir pourquoi Dieu permet la damnation des damnés et le salut des sauvés, il se sert de la comparaison de l'aigle qui éprouve ses petits aux rayons du soleil :
Quant l’egle ad ses pucins fet el ni eschapir, Encontre le soleil lur fet les oelz ovrir ; Cel ki le rai ne poet esgarder et sufrir, Cel fet del ni aval trebucher et chaîr; Ki Deu ne vout amer, Deus nel vout pas nurir (p. 27)‘.
Il continue le même sujet, et représente Dieu, qui, comme une sentinelle, observe les hommes du haut du ciel; ils sont guettés sur les chemins du val de la vie par les larrons, c’est-à-dire les démons, et, aveugles, ils se laissent prendre à escient.
L’eschargueite est là sus, el pinnun de cel munt; Veit les laruns el val, ki embusché se sunt, Pur prendre les errans ki par le chemin vunt. Cil les veient très ben, sevent qu'il les prendrunt. Et tut à escient à eus prendre se funt.
Et quand nous nous volons à escient damner, Quidez vus ke vus voille Deus à force sauver ? Il est là haut el ciel nos œuvres esgarder, Al jugement viendra et boens et maus prover, As maufez en lerra tus lur servans mener (p. 27).
L'escharguete est ce que nous nommons senti-
4. C'est l'édition de M. Hippeau que je cite: La vie de saint Thomas, le martyr archevêque de Canterbury, par Garnier de Pont-Saint-Maxence, poète du douzième siècle, Paris, 1859.