‹ L'EnferChapitre 60 sur 116 · Je sui icil... Pierre des Vignes, chancelier de · texte numérisé non relu

Je sui icil... Pierre des Vignes, chancelier de

Mais di qui fus, si qu’il, por amender Auques le mal, rasfraichisse ton non Sus dans le monde, où lui loist retorner. »

« J'aim, dit li trons, si ta douce raison Que ne tairai; et ne vous soit greveus, S'auques me laisse aler à mon sermon.

Je suis icil qui tint les cles andeus Du Ferri cuer, et tous tems les tornai, Cloant, ouvrant, d’un tor si gracieus

Que près tout home de son secret ostai ; Foi je portai au glorieus ofice,

Si que de nuit, de jor, m’en travaillai.

La pute envie, qui son œil de malice Onc du palais de Cesar ne torna,

Des cours des princes commune peste et vice,

Les cuers de tous contre moi enflama ; Flame enflamant Auguste si forment,

Qu’en triste deuil ma liée honors chanja.

M’ame sorprise de desdaigneus talent, Cuidant fuir desdain dans le tombel,

Me fist coupable envers moi inocent.

Par les raiz de cest arbre novel,

Onques, vous jure, je n’oi ma foi mentie Vers mon seignor, qu’honorer me fu bel.

Et s’uns de vous vient au monde autre fie, Qu'il reconforte ma memoire en dehait Sous le mal cop que lui porta envie. »

Après un peu d’atente : « Or il se tait, Dit li poete ; sans perdre tems et hore,

Parle et demande à lui, se plus te plait. »

Frédéric II. Iì se tua en 1249 en se brisant la tête contre les murs de sa prison.

Ond’ io a lui : « Dimandal tu ancora Di quel che credi che a me soddisfaccia ; Ch’ io non potrei; tanta pietà m’accora.»

Perciò ricominciò : « Se l’ uom ti faccia Liberamente ciò che il tuo dir prega, Spirito incarcerato, ancor ti piaccia Di dirne come l’anima si lega In questi nocchi; e dinne, se tu puoi, Se alcuna mai da tai membra si spiega. »

Allor soffiò lo tronco forte, e poi Si converti quel vento in cotal voce:

« Brevemente sarà riposto a voi.

Quando si parte l’anima feroce Dal corpo, ond’ ella stessa s'è divelta, Minos la manda alla settima foce.

Cade in la selva, e non le è parte scelta; Ma la dove fortuna la balestra, Quivi germoglia come gran di spelta.

Surge in vermena ed in pianta silvestra; Le arpie, pascendo poi delle sue foglie,

102 Fanno dolore e al dolor finestra.

Come l'altre, verrem per nostre spoglie, Ma non però che alcuna sen rivesta; Chè non è giusto aver ciò che uom si toglie.

Qui le trascineremo, e per la mesta Selva saranno i nostri corpi appesi,

108 Ciascuno al prun dell’ ombra sua molesta. »

Noi eravamo ancora al tronco attesi, Credendo che altro ne volesse dire, Quando noi fummo d’un romor sorpresi

Similimente a colui che venire Sente il porco e la caccia alla sua posta,

414 Che ode le bestie e le frasche stormire.

Et je au mestre : « Demande, tu, encore Quanque tu crois estre à mon gré assés ; 84 Je ne porroie, trop grans pitiés m’acore. » « Se cil, redit lores li mestre senés, Fait librement ce que tes dires prie, Encor te plaise, espris emprisonés, De dire à nous coment l’ame se lie Ens en ces neus ; et, se peus, di manois 90 Se de teus membres aucune se deslie. »

Alors sofla li trons, et en tel vois Se converti li sofle ainsi poussés :

« Briement aurez le respons, que c’est drois. Quant part du cors li espris forsenés Qui fist meisme la pesme desevrance, 96 Au setme goufre par Minos est mandés, Choit en la selve au lieu où la cheance, Et non li chois, lejete por estage; Et là il germe comme grains de semence, Et en jetons sourt et plante sauvage.

Puis les harpies, paissant raincel et feuille, 102 Dolor i font et à dolor passage.

Nous irons querre, nous aussi, no despueille, Sans i rentrer, com fait autre pechere ; N'est drois qu’on ait ce dont on se despueille. Ci la trairons, et par la selve amere Demorera nostre cors de dolor 108 Pendus chascuns à son fust deputere. »

Nous ententif nous escoutions encor, Cuidant qu’eist de plus parler desir, Lorsque nous fumes sorpris d'une romor, Si come cil qui, à l’affust, venir Oit le sangler par la chasse poussé ; 114 Dont il entent bestes et rains tentir.

Ed ecco duo della sinistra costa, Nudi e graffiati, fuggendo si forte Che della selva rompiéno ogni rosta.

Quel dinanzi : « Ora accorri, accorri, morte!» E l’altro, a cui pareva tardar troppo, 120 Gridava : « Lano, sì non furo accorte Le gambe tue alle giostre del Toppo. »

E poi che forse gli fallia la lena, Di sè e d’un cespuglio fece un groppo.

Diretro a loro era la selva piena Di nere cagne bramose e correnti 126 Come veltri che uscisser di catena.

In quel che s’appiattò miser li denti, E quel dilaceraro a brano a brano, Poi sen portar quelle membra dolenti.

Presemi allor la mia scorta per mano, E menommi al cespuglio che piangea 152 Per le rotture sanguinenti invano.

« 0 Jacomo, dicea, da Sant’ Andrea, Che t' è giovato di me fare schermo ?

Che colpa ho io della tua vita rea ? »

Quando il maestro fu sovr’ esso fermo, Disse : « Chi fusti, che per tante punte 138 Soffi con sangue doloroso sermo? »

E quegli a noi : « 0 anime che giunte Siete a veder lo strazio disonesto.

Che ha le mie frondi sì da me disgiunte,

115. Etvex ci deus:Jacomo de S. Andrea et Lano. Lano ou Ercolano de Sienne, homme très-riche, mangea toute sì fortune. S'étant trouvé à la défaite que les Aretins infligèrent aux Siennois près la Pieve del Toppo, il préféra, pouvant se sauver par la fuite, se précipiter parmi les ennemis et s’y faire tuer.

Et vezci dui du senestre costé, Esgratigné, nu, si forment fuiant Que tout rompoient parmi le gaut ramé.

« Vien, o mort, vien » crioit cil en avant.

L’autre, cuidant la fuie peu hastée, 120 Disoit : « Lano, à Toppo si corant Ti pié ne furent dans la fiere meslée. »

Et puis qu’espoir lui defailloit l’halene, Fist d’un buisson et de soi assemblée.

Tout deriere eus estoit la selve plene De chienes noires fameilleuses, ardens 126 Si come veltre issant de la chaene.

À cel qui ert flatis mirent les dens, Le despiecerent si com par male fain, Puis enporterent tous ces membres dolens.

Lores me prist li miens guis par la main, Et me mena au buisson tout brisé, 132 Qui o son sanc jetoit plaintes en vain.

« Oh, disoit il, Jacques de Saint-André, De t’abrier de moi que t’a servi ?

Et quel coulpe ai au vivre qu'as mené? »

Quand fu li mestre aresté près de li :

« Qui fus, dit-il, qui, par tantes ferues, 138 Ole sane sofles sermon si esmarri? »

Et ilà nous: « 0 ames, qui venues Estes tantost à tel desfacion Qui si de moi a mes branches tolues,

133. Oh, disoit il, Jacques de Saint-André : Jacomo de S. Andrea, fils d’Odorico de Monselice et de Speronella Delesmanini, dame très-riche qui eut six maris. Il fut célèbre par ses prodigalités. Les commentateurs croient qu'il fut mis à mort par Ezzelin en 1239. Si cela était, ‘pourquoi Dante le placerait-il parmi les suicidés?

Raccoglietele al piè del tristo cesto.

Io fui della città che nel Batista 144 Mutò il primo padrone ; ond’ ei per questo Sempre con l’arte sua la farà trista.

E se non fosse che in sul passo d’Arno Rimane ancor di lui alcuna vista, Quei cittadin’ che poi la rifondarno Sovra il cener che d’Attila rimase, Avrebber fatto lavorare indarno.

154 Io fei giubbetto a me delle mie case. »

143. De la cité fui: les commentateurs ne sont pas d'accord sur ce personnage. Les uns pensent que ce fut un juge de la famille des Agli qui, ayant donné un mauvais conseil, prit si à cœur les reproches qu'on lui fit qu'il se pendit. Les autres y voient un certain Rocco de Mozzi. qui, très-riche et s’étant ruiné, se pendit dans sa maison.

144. Por le Baptiste guerpi son vieil patron : Florence paienne avait Mars pour patron; devenue chrétienne.

Aünez les au pié ce mal buisson.

De la cité fui qui, d’ancesserie, 144 Por le Baptiste guerpi son vieil patron, Qui ne lairra de la faire marrie:

Et se ne fust qu’encores en voit on Au pont d’Arno quelque image taillie, Cil qui, après Attila, sur l’arson Florence emprirent à bastir de novel, Lor peine auroient emploiée en pardon.

451 Je me pendi de ma main à l’ostel. »

elle se mit sous la protection de saint Jean-Baptiste. Mais Mars n'aurait pas laissé de la faire périr par la guerre, si une statue de ce dieu païen n'avait été conservée et placée sur le pont de l’Arno. Singulière superstition retenue par Dante. Il n’est pas vrai qu'Attila ait passé sur Florence. Dante suit ici des traditions qui n'ont rien d'historique.

TROISIÈME GIRON DU SEPTIÈME CERCLE : LES VIOLENTS CONTRE DIFU ; CAPANÉE ; LE VIEILLARD DE CRÈTE s LES FLEUVES INFERNAUX.

Nous rencontrons encore ici les personnages de la mythologie. Il est singulier de voir Dante prendre fait et cause pour Jupiter; évidemment, il regarde l'impiété contre les dieux du polythéisme comme une impiété générale qui se serait aussi bien révoltée contre le Dieu des chrétiens.

Mais ce qui est étrange, c’est le vieillard de Crète, statue faite d’or, d’argent, de cuivre, de fer et d'argile (en un pied du moins), debout sur une montagne de l'ile, ayant le dos tourné vers Damiéte et le regard vers Rome, et recevant dans les fissures qui la sillonnent les larmes qui vont former en enfer les fleuves infernaux. Cette conception est manjfestement tirée du songe de Nabuchodonosor dans le livre de Daniel. Dante l'entend autrement que l'écrivain hébreu. Mais comment l'entend-il? Les commentateurs pensent que ce vieillard est l’image de l’histoire universelle, dont le cours est d'Orient en Occident, et que, Rome étant la seule espérance de la monarchie, c'est pour cela que le vieillard la regarde comme son miroir. On sait que l'idéal de Dante était la monarchie impériale associée à l’Église. Voyez dans les notes une interprétation plausible de M. Ratisbonne.

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