Celui que transmua à droit Li apostoles d'Arno au
François d’Accurse aussi; et te loiroit, De tel vermine se fusses curieus, Veoir celui que transmua à droit Li apostoles d'Arno au Bacchiglion, 414 Où se parti de son cors maleoit.
De plus diroie; mais tenir plus sermon Et venir outre je ne puis; car je voi Là s'eslever fum novel du sablon.
Une gent vient o cui estre ne doi:
Je mon Tresor, où je revi au mieus, 120 Te recomande, et plus ne quier de toi.
Puis, se tornant, sembla estre de ceus Qui à Verone corent por le drap vert Par la campagne, et paru estre entre eus 124 Icil qui vaint, et non icil qui pert.
Bacchiglion: il s'agit d'Andrea de’ Mozzi, qui fut transféré de l'évêché de Florence (l'Arno) à celui de Vicence, dans le voisinage de laquelle passe le fleuve du Bacchiglione.
122. Qui à Verone corent par le drap vert : fête qui se donnait à Vérone pour célébrer la victoire remportée eu 1207 sur les comtes de San-Bonifaccio et de Montecchi ; c'était une course à cheval où le vainqueur gagnait un
drap vert.
TROISIÈME GIRON DU SEPTIÈME CERCLE : LES VIOLENTS CONTRE NA- TURE; GUIDO GUERRA, TEGGIHIAIO ALDOBRANDI ET JACQUES RUS- TICUCCI; GUILLAUME BORSIERE; CATARACTE DU FLEUVE; GÉRYON.
Ce qui donne de la vie au poëme de Dante, c'est la rencontre de personnages qu'il a connus sur la terre ou qui ont eu quelque rôle et quelque aventure en son ltalie pendant leur existence. Ces rencontres sont autant de petits drames qu'il trace de main de maitre, où la passion pénètre ct où il nous fait partager ses émotions. Les trois illustres Florentins qu'il trouve sur son passage lui demandent des nouvelles de la patrie commune. Malheureusement ces nouvelles ne sont pas bonnes. Il se contriste et les contriste en les donnant.
Ici, comme dans le chant précédent, je suis frappé de la profonde discordance entre la damnation qui frapp? ces hommes et la vénération dont il les entoure. Rien ne peut surpasser l’honneur et l'amour qu'il leur porte; et néanmoins ils sont soumis à une horrible peine, juste puisqu'elle vient de Dieu- Comment se fait-il que leurs services et leurs qualités ne leur aient pas valu un atténuation de la part de la main divine ? Ou, puisque aucune atténuation n’a été apportée à leur sort, comment se fait-il que Dante conserve de si respectueux sentiments pour ces réprouvés ?
A la fin du chant apparait Géryon, qui, suivant la Fable, fut un géant à trois corps, fils de Chrysaor et de Callirrhoée, et vaincu par Hercule. Dante lui òte ses trois corps et en fait le représentant de la fraude. Il lui est sans doute permis de faire ce qu'il veut de ces êtres mythologiques; mais le rôle qu'il leur assigne est un médiocre ornement pour son ceuvre.
Già era in loco ove s’ udia il rimbombo Dell’ acqua che cadea nell’ altro giro, Simile a quel che l’arnie fanno rombo,
Quando tre ombre insieme si partiro, Correndo, d'una torma che passava Sotto la pioggia dell’ aspro martiro.
Venian ver noi, e ciascuna gridava :
« Sostati tu, che all’ abito ne sembri Essere alcun di nostra terra prava. »
Aimé, che piaghe vidi ne’ lor membri Recenti e vecchie dalle fiamme incese!
Ancor men’ duol, pur ch’ io me ne rimembri.
Alle lor grida il mio dottor s’attese, Volse il viso ver me, e : « Ora aspetta, Disse; a costor si vuole esser cortese.
E se non fosse il foco che saetta La natura del loco, io dicerei Che meglio stesse a te che a lor la fretta. »
Ricomminciar, come noi ristemmo, ei L'antico verso ; e, quando a noi fur giunti, Fenno una ruota di sè tutti e trei.
Qual sogliono i campion’ far nudi ed unti, Avvisando lor presa e lor vantaggio,
Prima che sien tra lor battuti e punti;
Così, rotando, ciascuna il visaggio
(er
Jà j'ere au cercle en cui li retentirs S'oioit de l'eve qui en l’autre cheoit, | Come est des ruches bordonans li bondirs,
Quant d’une route qui devant nous passoit Sous le martire du pleuvoir asproiant,
Se departirent trois ames à esploit.
Vers nous venoient, chascune s'escriant :
« Areste ci, tu qui tote aparance As d’estre aucuns de no cit mescheant. »
Hé mi! com plaies je vi en lor semblance Vieilles et neuves par ces feus maleois !
Encor m'en doil, quant j'en ai remembrance.
Et li miens mestres se ferma à lor vois, Torna le vis à moi, et : « Ore atent,
Dit 11; vers ceus convient estre cortois.
Et se ne fust li feus qui si esprent Ce pesme lieu, je diroie estre mieus À toi qu'à eus le haster avenent. »
Com nous fermames, cil lor plaint dolereus Recomencerent, et, quant furent venu,
Il une roue firent à trois entre eus.
Com champion seulent-faire oint et nu, En avisant lor prise et avantage, | Avant qu'il soient entre eus embateü,
Ainsi, roant, chascuns le sien visage
Drizzava a me, si che in contrario il collo Faceva a’ piè continuo viaggio.
« E, se miseria d’esto loco sollo Rende in dispetto noi e nostri preghi, 39 Cominciò l'uno, e il tinto aspetto e brollo, La fama nostra il tuo animo pieghi A dirne chi tu se’, che i vivi piedi Così securo per lo inferno freghi.
Questi, l’orme di cui pestar mi vedi, Tutto che nudo e dipelato vada, 36 Fu di grado maggior che tu non credi.
Nepote fu della buona Gualdrada:
Guido Guerra ebbe nome, ed in sua vita Fece col senno assai e con la spada.
L’altro che appresso a me l’ arena trita È Tegghiajo Aldobrandi, la cui voce 42 Nel mondo su dovria esser gradita.
Ed io che posto son con loro in croce; Jacopo Rusticucci fui; e certo La fiera moglie più che altro mi nuoce. »
Se io fussi stato dal foco coverto, Gittato mi sarei tra lor di sotto, 48 E credo che il dottor l’ avria sofferto.
57. Il fu li niés Gualdrade la vaillant : Gualdrada fut fille de messire Bellincione Berti de Ravignani, honorable citoyen de Florence ct femme du comte Guido le vieux ou Guido Guerra Il. Le Guido Guerra dont il s’agit ici était le petit-fils de cette Gualdrada. Il commanda avec beaucoup d'honneur l’armée guelfe de Florence et fut un capitaine très-renommé.
41. Tegghiajo Aldobrandi: ce fut un cavalier sage, de grande prouesse et de grande autorité. Il était de la famille des Adimari, famille ennemie de Dante.