Se li grans prestres : le pape Boniface VIII
75. Non uns lions mais uns goupas trichiere: les commentateurs s’étonnent de ce jugement porté par Dante sur Gui de Montefeltro, qui, de l’aveu de tous les historiens, fut un des plus vaillants capitaines de son temps, rusé sans doute, mais aussi brave que rusé.
85. Li chefs de nos pharisiens d'adès : Boniface VII, chef des cardinaux et des clercs de l'Eglise de Rome, que Dante nomme les nouveaux pharisiens.
Par tel ceinture me reembre cuidant; Et pas n'erroit à certes mes cuidiers, Se li grans prestres ne fust, Dieus le cravant ! Qui me remist à ma colpe premiere :
72 Come et porquoi je te voil entendant.
Tant que les os j'oi et la char pleniere Que me dona ma mere, en euvres fui Non uns lions, mais uns goupis trichiere.
Toutes les voies covertes je conui Et les destors, et si en menai l’art 78 Qu'en tout le monde li bruis en est ancui. Quant je me vi venu en ceste part De mon eage où chascuns jus devroit Metre la voile et rentrer, car est tart, Lors me desplut ce qui ains me plaisoit ; Et peneant me rendi et confès; 84 Ahi chetis! come mieux m'en seroit!
Li chefs de nos pharisiens d’adès Avoit la guerre là où gist li Latrans, Non à Juis ou Sarasins mauvès; Il n’ostoloit que contre chreslians ; Nus d’eus contre Acre ne vint en sodoier, 90 N°en marcheant en terre des soudans.
Il n’esgarda n'en soi son haut mestier Et les sains ordres, n’en moi l’humble cordon
‘86. Là où qist li Latrans: cela arriva en 1291. Le pape avait guerre avec les Colonne, qui habitaient près du Latran. Le Latran est un quartier de Rome.
#9. Nus d’cus contre Acre: ces ennemis que le pape poursuivait avec acharnement n'étaient ni parmi les soudoyers qui assiégeaient Acre (Acre fut prise sur les chrétiens par Saladin en 1291), ni parmi les marchands qui trafiquaient en terre musulmane ; ce qui était défendu par un concile tenu en 1215 par le pape Innocent III.
® Che solea far li suoi cinti più macri.
Ma come Costantin chiese Silvestro Dentro Siratti a guarir dalla lebbre, 96 Così mi chiese questi per maestro A guarir della sua superba febbre, Domandommi consiglio, ed io tacetti, Perchè le sue parole parver ebbre.
E poi mi disse : Tuo cor non sospelti ; Finor ti assolvo, e tu m’insegna fare 102 Si come Penestrino in terra getti.
Lo ciel poss’ io serrare e disserrare, Come tu sai; però son due le chiavi, Che il mio antecessor non ebbe care.
Allor mi pinser gli argomenti gravi Là ‘ve il tacer mi fu avviso il peggio, 108 E dissi : Padre, da che tu mi lavi Di quel peccato ove mo cader deggio, Lunga promessa con l’attender corto Ti farà trionfar nell’ alto seggio.
Francesco venne poi, com’ io fui morto, Per me; ma un de’ neri cherubini 114 Gli disse : Nol portar; non mi far torto. Venir se ne dee giù tra’ miei meschini, Perché diede il consiglio frodolente,
95. Quist Constantins: une légende du moyen âge, sans fondement d’ailleurs. racontait que l’empereur Constantin, ayant persécuté les chrétiens, fut par punition divine frappé de lèpre, et que Pierre et Paul lui apparurent en songe lui ordonnant de s'adresser au pape Sylvestre, alors réfugié dans le mont Soracte, qui le guérit de la lèpre et le convertit au christianisme.
105. Que cil qui fu avant moi n'aima guere : Célestin V, voy. le Chant III, v. 59 et la note.
. 110. Par moult pramettre et tenir peu et cort: en
Qui sa mesnie souloit amaigroier.
Come à Soracte à saint Silvestre en don Quist Constantins de sa lepre la cure, 96 Si me quist cil qu’en mire sage et bon Je le curasse de sa superbe arsure, Rovant conseil; mais j'estoi en silence, Car sa parole me sembloit desmesure.
‘Puis il me dit : Ne sois mie en balance; Or je t’assol; et, tu, m’enseigne à fere 102 Com je cravante Palestrine à outrance.
Tu sais je puis le ciel sans nul contrere Clore et desclore ; por ce sont les dui clef. Que cil qui fu avant moi n’aima guere.
Lors ses raison furent d’un pois si gref, Que me sembla que taire fust li pis ; 108 Et je di : Pere, com tu laves mon chef De ce peché où je tumbe à envis, Par moult prametre et tenir peu et cort Triumpheras en ton soutil devis.
François vint puis, quant je fui dans la mort, Por me tencer ; uns des noirs cherubins 114 Dit : Ne le prendre, et ne me faire tort. Aler s’en doit jus par mi mes mescins; Car il dona le conseil tricheor,
4298, un accord se traita entre les Colonne et le pape. Les Colonne vinrent à Rieti, où était la cour pontificale, et se jetèrent aux pieds du pape, qui leur pardonna et leva l’excommunication lancée contre eux. Ils devaient rendre Préneste, moyennant quoi ils seraient rétablis en leur état et dignités. Mais ils n’obtinrent rien, et le pape fit démolir Préneste, qui était sur une hauteur, et la fit rebâtir en plaine. |
112. François vint puis: saint François, le fondateur de l’ordre des Cordeliers.
Dal quale in qua stato gli sono a’ crini; .
Ch’ assolver non si può chi non si pente, Nè pentére e volere insieme puossi 420 Per la contradizion che nol consente.
O me dolente! come mi riscossi, Quando mi prese, dicendomi : Forse Tu non pensavi ch’ io loico fossi.
A Minòs mi portò ; e quegli attorse Otto volte la coda al dosso duro, 426 E, poi che per gran rabbia la si morse, Disse : Questi è de’ rei del foco furo.
Perch° io là dove vedi son perduto, E si vestito andando mi rancuro. »
Quand egli ebbe il suo dir così compiuto, La fiamma dolorando si partio, 152 Torcendo e dibattendo il corno acuto.
Noi passammo oltre, ed io, e il duca mio, Su per lo scoglio infino in su l’ altr’ arco Che copre il fosso-in che si paga il fio 156 A quei che scommettendo acquistan carco.
125. Que de logique je seüsse chevir: dans le xu° siècle, Benoît avait dit: Mult est li deables gringnos, E mult par est achaisonos, Argumens set faire od soffime, Ckronique, t. II, p. 353, v. 25667.
Por quoi, depuis, je lui sui sempre aus crins. Sans repentir nus n'est assous dès or ; Voloir ensemble pecher et se pentir 120 Se contredit, au dam du pecheor.
Ilé mi dolent, com fui en grant air, Quant il me prist : Ne pensoies, dit il, Que de logique je seüsse chevir.
Il me porta devant Minos; et cil Huit fois sa queue ceigni son dos entor; 126 Puis, la mordant par rage mal gentil :
Icis, dit-il, est du feu robeor.
Pero je sui là où tu vois perdus, Et, cheminant si vestus, j'ai dolor. »
À nous parler quant ainsi n’i ot plus, En doulousant la flame se parti, 152 Et, si faisant, crolloit ses cors agus.
Je et mes dus passames oultre ci Sus par le roc jusqu’à l’autre arc en son Couvrant la fosse où l’on paie, de fi, 126 Por mal esclandre peineuse raengon.