‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 12 sur 89 · CHAPITRE ÏIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏIÎ

Où la même Providence ne se presse pas d’intervenir. La simplification de l’orthographe.

Si l’analyse stérile et verbale est un mal, encore est-ce un mal intermittent : l’orthographe, elle, est le fléau de tous les jours.

Il s’abat sur l’enfant dès les premières leçons de lecture, quand on lui fait apprendre que eu ou œu ou œ n’est qu’un son unique, le même que e (comparez : neuf, bœuf, œil à : donne le) ; il le poursuit alors qu’il s’en va de l’école, muni de son C. E. P., mais sachant désormais assez écrire pour se rendre compte qu’il se trompe à chaque instant.

L’enfant arrive d’ordinaire en classe joyeux et plein d’entrain : il ne demande pas mieux que d’apprendre à lire ; mais ce qui serait si facile avec une orthographe raisonnable devient un casse-tête, grâce aux incohérences de l’orthographe académique.

Aujourd’hui, l’enfant apprend que la lettre c écrit le son k : cave, école; demain, il faut qu’il lui donne le son de s : ceci, cela; après-demain, il ne devra

l’orthographe et l’enfant

plus lui donner aucun son : broc. Un jour, il trouve le son consonne s écrit par une s : savon, soir; bientôt il le verra écrit par deux ss : assuré, puis par SC : scie, ensuite par ç ; façade, par ce : douceâtre, par X : soixante, voire par t : action. Tantôt le maître lui fera lire gu avec la valeur de ^ •

aigu, tantôt il devra se convaincre que le même groupe ne fait plus qu’un g : bague, mais qu’ailleurs il reprend un son double : g w : aiguille.

Le lundi, ill se prononce i l : ville; le mardi, c’est i l mouillée : cheville; le mercredi, encore du nouveau, c’est l mouillée toute seule ; paille.

Quel début pour ce pauvre enfant! et quelle action délétère produit un exercice si déconcertant sur une intelligence neuve à laquelle, au bout de quelques leçons, tout apparaît incertain, contradictoire, chaotique!

Sans doute, l’ingéniosité des maîtres s’est appliquée à atténuer les funestes effets de ces contradictions, en ajournant autant que possible les exceptions les plus criantes, en écartant tant bien que mal les bizarreries, et ainsi, grâce à eux, se résout, malgré les difficultés, le problème de l’apprentissage de la lecture.

Mais à quel résultat réel arrive-t-on? C’est là une question à laquelle les gens compétents n’osent pas toujours répondre franchement, de peur de

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