LOGIQUE ET GRAMMAIRE
dans le second, il annonce la cau&e du fait exprimé par la proposition principale.
On voit déjà, par ces exemples, que souvent les formes du langage ne distinguent pas des rapports qu’il est absolument nécessaire de différencier en logique.
De même, entre l’affirmation la plus formelle et une question, il n’y aura parfois que la différence d’une intonation : « Eh bien! père François, la récolte est bonne. »
Laissez tomber la voix sur le mot bonne, vous constatez; élevez-la du commencement à la fin de la phrase, vous vous informez.
S’agit-il de garder aux faits et aux idées leur importance relative? La phrase qui renferme plusieurs propositions reliées entre elles, va en présenter une, qui sera nommée parla grammaire joroposition principale. Mais il s’en faut bien que cette proposition soit toujours la principale en logique. Quand La Fontaine écrit :
« La grenouille s’enfla si bien qu’elle creva »,
c’est le fait dernier, le résultat définitif qu’il veut mettre en relief, c’est la mort de l’animal qui est l’essentiel, et cependant elle est annoncée dans la proposition subordonnée.
Autre exemple. Il est question d’électricité.
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Quelqu’un rapporte : « On dit qu’on a trouvé im accumulateur léger ». Est-ce vraiment « on dit » qui renferme le fait important? Et le sens ne serait-il pas le même, si la phrase était celle-ci : « On a trouvé, à ce quon diU dit-on^ un accumulateur léger »?
C’est surtout à propos du verbe qu’on parle logique. On enseigne que les modes marquent des nuances de la pensée. C’est vrai en gros. Néanmoins il faut y regarder d’un peu près. « Je sais qu’il est guéri » affirme la certitude, le mode indicatif est nécessaire dans la subordonnée. Cela est juste. Mais « je suppose qu’il est guéri » n’exprime plus une certitude; et cependant on garde l’indicatif.
Inversement : « je doute fort qu’il vienne » a un subjonctif vienne, qui s’explique par le sens du verbe de la principale : il y a doute. Toutefois dans « je ne doute pas qu’il ne vienne » pourquoi encore le subjonctif, puisqu’il y a maintenant assurance? C’est que, comme souvent, la forme Vemporte sur le sens, et cela est commun dans toutes les langues.
On objectera qu’en faisant remarquer tout cela aux élèves on leur enseignerait la logique. Réellement, n’y a-t-il pas des moyens plus sûrs et plus directs de leur donner cet enseignement?
Si la grammaire est une école médiocre de logique, la logique est une très mauvaise maîtresse
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de grammaire. Déjà on a reconnu au passage, parmi les erreurs des logiciens de la Grammaire générale, quelques théories encore accréditées. On pourrait en citer bien d’autres. Et cependant, la langue française a profité des efforts que l’on a multipliés pour en faire « la langue de la raison » . Le renom universel dont elle a joui au xviii® siècle tient, en grande partie, à sa probité impeccable, à sa netteté rigoureuse, à la puissance qu’elle avait acquise d’exprimer sans défaillance les moindres nuances de la pensée abstraite. Ce sont là d’inappréciables avantages, auxquels personne ne songe à renoncer.
Je ne voudrais pas non plus être injuste, et faire porter à la logique plus de responsabilités qu’elle n’en a. Elle ne régnait pas encore que la manie de subtiliser régnait déjà.
Les règles de l’accord de tout, avec leurs exceptions et sous-exceptions, la grande théorie qui impose de considérer la fonction adverbiale du mot dans le cas A , l’oreille et l’usage dans le cas B, est de Vaugelas. Yingt autres décisions arbitraires avaient été prises avant lui, particulièrement sur l’accord du participe. Seulement, à un mal ancien la logique est venue en ajouter un autre. Et si notre grammaire d’usage est pleine de pièges, un peu par la faute de ceux qui l’ont faite, la logique en a sin-
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gulièrement augmenté les difficultés par les définitions inutiles et fausses, par les raisonnements erronés, les théories sans fondement.
C’est elle qui a mis au sommet de toutes ces abstractions la proposition, triiiité souveraine, qui est partout, quoiqu’invisible, et qu’il est souvent aussi impossible de reconstituer que de définir, car on ne peut expliquer, sans rire, que « Venez! » a un sujet, un verbe, un attribut, et que ce seul impératif est l’expression d’un jugement!
C’est encore la préoccupation de la logique qui a conduit le livre de grammaire à ne contenir que des définitions et des règles abstraites, dont on a retiré tout ce qui était vivant.
A cette erreur fondamentale combien d’autres se rattachent! Ici ce sont les théories sur la construction directe, qui font considérer comme des irrégularités des tours aussi vieux que la langue : A peine était-il arrivé. Ce sont ailleurs des considérations et des raisonnements sans fin, pour rendre compte des phrases impersonnelles avec leur sujet qui n’en est pas un; des dissertations sur les raisons profondes qui doivent décider si l’on dira : des hommes en habit ou en habits, et si des coupe-circuit doivent avoir une autre orthographe que des coupe-cigare, ce qui serait « illogique », au cas où un même appareil servirait à couper plusieurs cir-