LES MÉTHODES USUELLES. LEURS DÉFAUTS
choses sont contestées : celle-là ne l’est point et ne peut pas l’être.
Ce que beaucoup se demandent, c’est si l’enseignement de la grammaire, tel qu’il est, mène au but que l’on se propose, et je crois qu’ils ont tout à fait raison de s’interroger et de douter, car, s’il y a une « crise du français », ce n’est pas qu’on enseigne trop peu de grammaire, c’est qu’on l’enseigne mal.
Abstractions incompréhensibles, définitions prétentieuses et néanmoins le plus souvent vides, règles fausses, énumérations indigestes, il n’y a qu’à feuilleter quelques pages d’un manuel pour trouver des spécimens variés de ces fautes contre la raison, la vérité et la pédagogie.
Rien n’est plus contraire, en effet, aux principes élémentaires de la science de l’éducation que cet appel à la mémoire rendu nécessaire par l’étude de formes mises bout à bout : « Les pronoms personnels sont ; je, me, moi, tu, te, toi, etc... Les adjectifs possessifs sont : mon, ton, son, notre, votre, leur... » Encore ces kyrielles sont-elles courtes, possibles à apprendre, possibles à réciter : l’élève n’en tire rien; mais, du moins, elles se font accepter sans trop de peine par la mémoire. Il n’en est pas de même des interminables tableaux de conjugaisons, de cet océan de formes où l’enfant se débat pendant des mois, tour à tour écri-
vant, copiant, recopiant, récitant, énumérant, sans v savoir à quoi sert tout ce matériel immense de temps et de modes aux noms baroques? Bienheureux les mécaniques, ceux qui savent parler et écrire sans comprendre ! Le royaume du verbe est à eux!
Ailleurs, le mal est plus grave : on travaille non seulement sans la raison, mais contre elle. Comme le pronom s’appelle de ce nom malheureux, il faut que partout il remplace un nom. Et le pauvre Jean Bonhomme de se demander quel nom je peut bien remplacer, quand il dit : Je m’appelle Jean Bonhomme! Or, par un malencontreux hasard, /e est justement le premier des pronoms, celui auquel s’applique tout d’abord la définition, car ce serait un scandale, n’est-ce pas, de ne pas commencer par la première personne? Yoilà l’enfant tout de suite orienté! Et le chapitre se terminera, hélas! sans lui apporter d’éclaircissements. En effet, quelqu'un^ on, sont des pronoms, tout comme je, et il est encore une fois tout à fait impossible de savoir de quel nom personne tient la place, quand le maître demande ; Y quelqii un au tableau? et que la classe répond : Non, Monsieur, personne.
J’aurai l’occasion de montrer plus tard une série de règles contraires à la vérité des faits,