‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 33 sur 89 · NE COMPTONS PAS SUR LA SEULE LECTURE · texte numérisé non relu

NE COMPTONS PAS SUR LA SEULE LECTURE

été obligé de renoncer à La Fontaine, parce qu’il fallait un commentaire perpétuel pour expliquer à l’enfant ce que c’est qu’un Ipup qui est de frairie, et auquel un os demeura bien avant au gosier, si bien que l’animal enpensa perdre la vie? A chaque vers, un terme mort, ou un sens aujourd’hui inusité, arrêtait et embarrassait des écoliers du xx® siècle.

Or, du jour où la lecture devient la base sur laquelle on va étayer la leçon de grammaire, il apparaît qu’on ne doit rien prendre qui présente des mots ou des termes archaïques, inutiles à connaître, puisque aujourd’hui inusités. Autre chose était de les lire, sauf à éclaircir quelques difficultés, autre chose est de les faire servir à la leçon. Voilà donc les classiques hors des classes.

Parmi les modernes, il faudra encore choisir, et bien attentivement. Au xix® siècle, la langue des écrivains, je ne dis pas seulement des poètes, mais des prosateurs, est, dans une large mesure, individuelle. La personnalité de l’écrivain donne souvent aux mots un sens très intéressant, mais qui n’est pas de la langue usuelle, que doit apprendre l’écolier. Plus l’auteur a de style, plus sa langue se distingue de l’usage commun, moins il peut servir à enseigner le vocabulaire courant. Prenons un vers de V. Hugo :

L’Occident amincit sa frange de carmin,

08 L’ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE FRx\NÇAÎSË OU une phrase de Chateaubriand :

Bientôt Vespace ne fut plus tendu que du double azur de la mer et du ciel.

C’est exquis pour former le goût, non pour enseigner la langue. Et, si je m’en fie à d’autres, aux plus grands, à Michelet ou à Anatole France, pour enseigner à un écolier le sens ordinaire et commun des mots, le premier que je dois connaître, je m’expose à le fourvoyer assez souvent.

Qui ne voit, en présence de ce style figuré et personnel, l’impossibilité de fonder là-dessus un enseignement? Que si, d’autre part, pour trouver des textes où le vocabulaire soit à peu près celui de tout le monde, on veut écarter de mon livre de lectures les plus belles pages, ne lui enlève-t-on pas justement ce qui y était le plus éducatif?

Supposons toutes ces difficultés vaincues, le choix fait, les morceaux trouvés. Que d’obstacles encore dans la pratique !

Si le maître, en face de son texte unique, le commente de façon à en tirer tour à tour des observations sur la grammaire, le vocabulaire, l’orthographe, et en même temps sur le style, ou les idées et les faits, quelle habileté prodigieuse il lui faudra pour ne pas égarer les esprits dans ce dédale ! Quelle méthode rigoureuse il faudra aussi à

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